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	<title>Paris Anecdote</title>
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		<title>Le zouave Jacob, th&#233;urge gu&#233;risseur de M&#233;nilmontant - 1907</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



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&lt;p&gt;Une cour des miracles &#224; M&#233;nilmontant &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; les &#233;clipses d'oubli que traverse sa gloire, le zouave Jacob n'en reste pas moins le plus pittoresque thaumaturge de l'&#233;poque. Bien des gens se demandent, n'ayant pas oubli&#233; qu'il fit fureur sous le second empire : &#171; Le zouave Jacob ? mais il est mort ! &#187; Non, le zouave Jacob n'est pas mort ; il supporte m&#234;me all&#232;grement sa vieillesse et boit son absinthe, comme autrefois. Il s'intitule m&#233;dium gu&#233;risseur, et perche au sommet de la rue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une cour des miracles &#224; M&#233;nilmontant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les &#233;clipses d'oubli que traverse sa gloire, le zouave Jacob n'en reste pas moins le plus pittoresque thaumaturge de l'&#233;poque. Bien des gens se demandent, n'ayant pas oubli&#233; qu'il fit fureur sous le second empire : &#171; Le zouave Jacob ? mais il est mort ! &#187; Non, le zouave Jacob n'est pas mort ; il supporte m&#234;me all&#232;grement sa vieillesse et boit son absinthe, comme autrefois. Il s'intitule m&#233;dium gu&#233;risseur, et perche au sommet de la rue M&#233;nilmontant, pr&#232;s de l'ancien temple Saint-Simonien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que je suis all&#233; le rejoindre, une apr&#232;s-midi, non sans peine. La s&#233;ance n'ayant lieu qu'&#224; trois heures et demie, il fl&#226;nait, son trombone sous le bras, au seuil de sa porte, la t&#234;te et les &#233;paules prises dans cette cagoule de flanelle blanche, qui est son uniforme &#171; th&#233;urgique &#187;. Devant lui, son petit parc s'&#233;tendait, jonch&#233; de feuilles mortes ; et, au centre, un bassin en rocaille, presque dess&#233;ch&#233;, mirait la p&#226;leur du ciel automnal. Nous caus&#226;mes sous les arbres d&#233;pouill&#233;s, tandis que de la rue arrivaient clients et clientes, &#224; d&#233;marche h&#233;sitante, en costume pauvre et triste. On s'imaginerait transport&#233; dans une moderne cour des miracles, aux malades geignants et dont la jambe tra&#238;ne, aux enfants &#224; b&#233;quilles, aux vieilles aveugles tr&#233;buchantes. Le zouave est bon enfant ; il supporte gaiement les pers&#233;cutions des concierges et les emb&#251;ches des propri&#233;taires. Ce sont les inconv&#233;nients de la c&#233;l&#233;brit&#233;, pense-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1022 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/JACOB.jpg' width='493' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le zouave Auguste Henri Jacob
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source ; &lt;a href=&#034;http://military-photos.com/histogardezou.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://military-photos.com&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge adoucit l'&#339;il de l'ancien militaire, qui fit le si&#232;ge de S&#233;bastopol, mais prit quelque repos en Angleterre, pendant la guerre de 1870. Ce visage color&#233; et violent, tel que, du moins, les anciens bustes et les premiers portraits du zouave nous le montrent, a pris des rondeurs de pr&#233;lat ou de vieille douairi&#232;re. Les prunelles sont d'un vert trouble, la barbe s'&#233;pointe, les cheveux, encore abondants, s'allongent, plut&#244;t pareils &#224; ceux des rapins qu'&#224; ceux des guerriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; th&#233;urge &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine corpulence ach&#232;ve de rendre b&#233;n&#233;vole le fascinateur, et son sourire indulgent att&#233;nue la tristesse du nez long. Son accent &#233;trange combine l'autorit&#233; du &#171; th&#233;urge &#187; avec un z&#233;zaiement presque enfantin. Car, il ne faut pas l'oublier, le zouave est &#171; th&#233;urge &#187;. Si vous le traitiez d'hypnotiseur, de m&#233;decin, de magn&#233;tiseur ou de spirite, il n'aurait jamais assez de m&#233;pris pour vous. Il garde une dent contre les p&#232;lerinages de la Salette, de Lourdes, et &#171; autres lieux de m&#234;me facture, &#187; comme il dit ; car ils lui enl&#232;vent du monde. Quoiqu'elle se perde un peu dans les d&#233;dales de l'orthographe et de la grammaire, sa science s'&#233;tonne, chaque jour davantage, de l'ignorance de ces pauvres chr&#233;tiens, qui croient encore &#224; l'Ancien et au Nouveau Testament, alors qu'il est si simple d'avoir le concours &#171; des esprits au fluide blanc &#187;. Ce n'est pas moi qui gu&#233;ris, ce sont les esprits, d&#233;clare volontiers le zouave. Depuis plus de trente ans, il a conscience de ses pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord il gu&#233;rissait, ne s'en doutant gu&#232;re, comme M. Jourdain faisait de la prose. C'est au camp de Chalons en 1866, qu'il se r&#233;v&#233;la.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que nous nous promenions, &#224; travers les all&#233;es, le zouave s'arr&#234;ta, ouvrit ses bras, lev&#233;s comme pour &#233;treindre des multitudes : &#171; il en vint plus de dix mille, monsieur ! c'est quand j'entrai dans la musique des zouaves de la garde, que les esprits &#171; se sont mis avec moi &#187;. Voil&#224; pourquoi j'ai toujours gard&#233; quelque chose de ce costume. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/theurique.jpg' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le zouave Jacob
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5548695b/f1.image.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Almanach th&#233;urgique du zouave Jacob&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les variations d'un zouave&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, o&#249; la suggestion n'&#233;tait encore ni connue, ni scientifique, il eut un succ&#232;s &#233;gal, chez les ignorants et chez les lettr&#233;s. Il gu&#233;rit le comte de Ch&#226;teauvillers, le fameux l&#233;gislateur du duel, et fit marcher le mar&#233;chal Forey, perclus de rhumatismes, frapp&#233; aux bras et aux jambes d'une paralysie crue incurable. Ces dons &#233;tranges g&#234;naient passablement le chef de musique, qui se plaignit &#224; son colonel de ce trombone gu&#233;risseur, mais embarrassant. Cependant, ses chefs lui furent beaucoup plus doux que les m&#233;decins, plus tard, lorsqu'il leur fit concurrence ; d'ailleurs, le zouave avait la presse pour lui, aussi bien que le menu peuple. &#171; On raconte qu'apr&#232;s demain il doit ressusciter un mort, disait Mme Pipelet aux petites bonnes qui lui rendaient visite. &#8212; Ah &#231;a, c'est donc le bon Dieu, que ce zouave ? &#8212; Ma foi, mes enfants, je n'en sais rien, mais, c'est presque aussi pire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, tourn&#233;es triomphales ! mais au retour, notre zouave ne sut jamais bien, si ce fut comme trombone ou comme m&#233;dium, qu'il eut le plus de succ&#232;s, aupr&#232;s des belles ladies spiritualistes. R&#233;ussit-il peut-&#234;tre tout simplement parce qu'il &#233;tait bel homme ?. Il a fait tant de m&#233;tiers qu'il les brouille un peu dans sa t&#234;te acrobate, excellent cavalier chez les hussards, puis lancier, puis forain, puis professeur d'&#233;quitation pour singes savants, au cirque Souli&#233; &#224; N&#238;mes, puis a&#233;ronaute &#224; Marseille, &#8212; enfin zouave-m&#233;dium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'officine &#224; miracles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure de la s&#233;ance approchant, nous entr&#226;mes dans la salle des malades. Elle pr&#233;sente le plus pittoresque aspect. Un triple rang de banquettes charg&#233;es de monde, forme, avec les visiteurs accroupis contre le mur, un quadrilat&#232;re humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recueillement r&#232;gne, comme &#224; l'&#233;glise, sur cette foule d'au moins cinquante personnes, de tout &#226;ge, de tout sexe, mais non de toute condition, car le pauvre abonde. Il est pass&#233;, le temps o&#249; Quatrelle montrait, dans la &#171; Vie Parisienne &#187;, les n&#233;vros&#233;es les plus &#224; la mode, s'exhibant devant le thaumaturge en de tentatrices poses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces modestes femmes du peuple viennent l&#224;, parce qu'il n'y a pas de pharmacie &#224; acheter. Le &#171; docteur &#187; y co&#251;te seulement les quelques sous que l'on veut bien lui donner. Ces clientes n'ont rien de tr&#232;s &#171; parisien, &#187; ni de tr&#232;s ensorceleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont de vraies douloureuses. Avec foi, elles ont apport&#233; leur linge et des bouteilles d'eau, afin que le &#171; fluide blanc &#187; du zouave les p&#233;n&#233;tr&#226;t de sa bienfaisante force. : Le voil&#224; enfin en personne, le zouave Jacob !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fakirisme de faubourg&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne causons plus, dit-il. &#187; Le silence est tel qu'un b&#226;illement, un soupir paraissent des choses &#233;normes. Une odeur de linge douteux plane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le zouave enjambe les bancs, se place au milieu de l'assembl&#233;e, joint les mains, se concentre, et tourne sur lui-m&#234;me lentement, la t&#234;te un peu baiss&#233;e et de c&#244;t&#233;, comme un coin qu'on enfonce. Les yeux se troublent de plus en plus ; le capuchon rabattu donne l'illusion d'une sorte de moine, qui tiendrait beaucoup du fakir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrange minute qui s'&#233;coule, dans cette p&#233;nombre, entre ces murs caca d'oie. Sur un buffet h&#233;t&#233;roclite, le buste du zouave jeune s'&#233;rige, entre les bouteilles apport&#233;es par les fervents. A un des murs, sur une &#233;toffe, ces deux mots : J&#233;sus Chrisna, avec un c&#339;ur de cuivre piqu&#233;. En effet, d'apr&#232;s le zouave, son esprit guide serait le Messie indien, dont la l&#233;gende se rapproche tant des r&#233;cits &#233;vang&#233;liques, &#8212; le dieu des bayad&#232;res et des fakirs, le voluptueux conqu&#233;rant des &#226;mes. Cependant quelques enfants se sont endormis : un gros homme a clos un &#339;il ; des femmes d'ouvriers, en caraco du dimanche, prunelles baiss&#233;es comme &#224; l'&#233;glise, attendent l'invasion des fluides, le b&#233;n&#233;vole d&#233;luge des &#171; esprits &#187;. Un quart d'heure, &#224; peu pr&#232;s, se passe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1025 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/gill.jpg' width='500' height='389' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bouscul&#233;s et gu&#233;ris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gu&#233;risseur, les mains sur le ventre, a vir&#233; maintes fois. Enfin, il s'arr&#234;te. Et s'adressant &#224; une voisine : &#171; Eh bien, avez-vous mal encore ? vous sentez-vous quelque chose de chaud dans le dos ? &#187; Le zouave lui rabotte l'&#233;pine dorsale avec un poing &#233;nergique. Elle pousse de petits cris &#233;touff&#233;s. &#171; Et maintenant vous ne sentez plus rien ? &#8212; Non. &#187; Un vieux grogne : &#171; C'est les boyaux qui me cuisent. &#187; Le zouave lui secoue le ventre, jusqu'&#224; ce qu'il se d&#233;clare gu&#233;ri. C'est ainsi pour chaque malade. A peu pr&#232;s tous avouent la d&#233;faite du mal, mais pas du premier coup. Il faut que Jacob les d&#233;cide, les persuade, du geste et de la voix. Il leur impose la main ou m&#234;me le pied, quelquefois, quand ce sont les parties basses du corps qui souffrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gestes las et suppliants implorent le miraculeux contact, d'o&#249; &#233;mane le fluide, invisible panac&#233;e devant laquelle la maladie la plus incurable, abandonn&#233;e des m&#233;dicastres, s'enfuit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand chacun s'est rass&#233;r&#233;n&#233;, le zouave commence son pr&#244;ne. Ah ! certes, il est bien simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas boire du lait surtout, parce qu'il croit que cela fait du fromage dans l'estomac. Il a une haine sp&#233;ciale contre le lait. &#171; Ne buvez pas trop, ne mangez pas trop. &#187; La viande saignante ne lui pla&#238;t pas. Il recommande de l'eau, le d&#238;ner l&#233;ger, le vin pas drogu&#233;, et pas de caf&#233;. Et voil&#224; tout. Et vous allez gu&#233;rir. Et vous reviendrez dans huit jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le trombone apr&#232;s le fluide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on chuchotte, on s'&#233;tire. Le zouave distribue les brochures de &#171; th&#233;urgie &#187;, et les quotidiens les plus r&#233;cents, o&#249; l'on parle favorablement de lui. Les clients prouvent leur reconnaissance, par un peu de monnaie de cuivre, la monnaie difficile et &#226;pre des pauvres qui ne gagnent pas toujours leur vie. Puis, chacun plie son linge, remporte sa bouteille et les fid&#232;les s'&#233;coulent vers la rue. Le zouave, sur sa porte, l'air martial, embouche son trombone ; il accompagne le d&#233;fil&#233;, au son de &#171; la Pie voleuse &#187; ou au grand air de &#171; S&#233;miramis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des malades guigne de l'&#339;il avec envie l'homme au fluide, qui interrompt sa musique par de petites instructions famili&#232;res, tout en poussant par les &#233;paules une grosse dondon geignante, &#224; qui il reproche de trop manger.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1026 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;213&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/malte.jpg' width='500' height='541' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rue des Cascades 42 bis - derniers vestiges de l'endroit o&#249; se r&#233;unissaient les chevaliers de Malte &#224; Paris (Conduit des eaux de Belleville actuellement) : 20e arrt. M&#233;nilmontant - Dessin : Jules-Adolphe Chauvet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un int&#233;rieur pittoresque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste seul, avec le ma&#238;tre de c&#233;ans, dans le salon o&#249; les bustes de Platon, de Beethoven, de Voltaire, de Dante tiennent compagnie au sien. Aux murs, des cors de chasse tr&#232;s compliqu&#233;s. Un harmonium fait vis-&#224;-vis &#224; un piano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une chaise s'&#233;tale, d&#233;croch&#233; en mon honneur, le glorieux trombone d'argent, offert par les m&#234;mes ladies spiritualistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous visitons la maison d&#233;meubl&#233;e, avec des lits aux draps rejet&#233;s, en des chambres nues, d&#233;nu&#233;es m&#234;me de tout papier au mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m'ouvrant son appartement, le zouave m'ouvre son c&#339;ur. &#171; C'est pour le samedi, me dit-il. Quand on vient faire de la musique, on reste coucher, et te lendemain on mange une omelette. &#187; La salle, o&#249; dort et travaille le zouave, donne aussi cette impression d&#233;labr&#233;e, avec ses rang&#233;es de livres, qu'il montre d'un geste un peu d&#233;daigneux, &#171; car &#224; l'exemple du philosophe grec, il porte toute sa science en lui &#187;, sa table encombr&#233;e, le lit toujours d&#233;fait, et, &#224; c&#244;t&#233;, sur une chaise, des brochures, un verre et des morceaux de vieux citron dess&#233;ch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la chemin&#233;e, adoss&#233;e &#224; une fen&#234;tre &#224; vitre unique, une bizarre pendule immobilise son ressort mort. Ah ! si elle marchait, quel prodige ! elle indiquerait tout, depuis l'heure, le jour, le mois, l'ann&#233;e, jusqu'&#224; la position des plan&#232;tes, celle du soleil, de la terre et de la lune. Et si les petites roues entraient en mouvement, les disques d'un planisph&#232;re mobile nous montreraient en miniature l'&#233;volution des astres, dans le ciel. Je regarde, au-dessus de la myst&#233;rieuse pendule, Paris, l&#224;-bas, plus myst&#233;rieux encore, avec ses ondes de toits qui s'estompent dans la brume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le geste de la mouquette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les g&#233;nies bienfaiteurs de l'humanit&#233;, le zouave a un peu la manie des pers&#233;cutions. Il croit &#234;tre en butte &#224; des inimiti&#233;s sourdes et impitoyables. R&#233;cemment, il fut condamn&#233; &#224; six jours de prison et &#224; deux cents francs d'amende. Ce fut, il est vrai, parce qu'il avait abandonn&#233; le geste du magn&#233;tiseur pour celui de la Mouquette d'Emile Zola. Comme dit l'Eccl&#233;siaste, il y a temps pour tout. Mais, le zouave avait mal choisi son temps. (Les voisins &#233;taient aux fen&#234;tres.) Aussi les t&#233;moins des deux sexes s'acharn&#232;rent contre lui, devant les tribunaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;siste pas au d&#233;sir d'extraire quelques lignes des d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et c'est dans ce m&#234;me parc, poursuit M. le pr&#233;sident Lefresne, que vous vous &#234;tes montr&#233;, en plein midi, dans une posture que je n'ai pas &#224; d&#233;crire. ,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;venu. &#8212; Monsieur le pr&#233;sident, je me croyais cach&#233; par deux arbres extr&#234;mement touffus qui sont au pied de mon mur, et je n'ai commis aucune inconvenance. J'ai &#233;t&#233; pris d'un malaise si subit que je n'ai pu regagner ma maison. Je n'ai m&#234;me pas eu le temps d'enlever mon chapeau &#224; haute forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. le pr&#233;sident. &#8212; Ce n'est pas votre chapeau que la pr&#233;vention vous reproche d'avoir enlev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Rires. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;venu. &#8212; Mais je me suis trouv&#233; positivement malade ! J'&#233;tais en train de causer avec l'employ&#233; de la Compagnie des eaux, venu pour inspecter mes conduites. (Nouveaux rires.) &#171; La v&#233;rit&#233;, c'est que je suis en butte &#224; la jalousie de mes voisins, qui ne me pardonnent pas d'&#234;tre c&#233;l&#232;bre dans les cinq parties du monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une entorse oubli&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi finissant, il fallait quitter la rue M&#233;nilmontant. Le zouave me raccompagna en m'annon&#231;ant ses m&#233;moires. &#171; J'en suis, maintenant, au moment de d&#233;crire l'entr&#233;e des Dardanelles, quand je partis pour la Crim&#233;e. Je crains de me tromper, je dois avouer que j'ai peur de ne pas &#234;tre tr&#232;s exact. Il y a si longtemps ! Heureusement, j'ai pris des notes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En descendant, nous traversons un parterre de chrysanth&#232;mes et de dahlias, orgueil de la demeure. Et, comme je demande &#224; Jacob si parfois ses exercices de fakirisme ne le fatiguent point : &#171; Jamais je n'arr&#234;te, me r&#233;pond-il ; et, quand je suis malade, je travaille &#224; gu&#233;rir les autres avec encore plus d'empressement, car ainsi je me gu&#233;ris moi-m&#234;me. C'est comme cela que je me suis d&#233;barrass&#233; d'une entorse : je l'ai laiss&#233;e, au milieu de mes fid&#232;les. je l'ai oubli&#233;e dans la s&#233;ance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentrai dans Paris et je me retrouvai parmi les ordinaires hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jules Bois (1868-1943) - &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6365474t/f7.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le miracle moderne&lt;/a&gt; - 1907&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1023 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5548695b/f1.image.langFR&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/ouvrages_du_zouave.jpg' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Les porteurs d'eau</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il fut autrefois un m&#233;tier connu, mais qui aujourd'hui est bien ignor&#233;, par la raison toute simple qu'il n'existe plus gu&#232;re. Nous voulons parler des porteurs d'eau. C'&#233;tait, comme on dit vulgairement, un m&#233;tier de chien, bien que les chiens n'aient jamais, que nous sachions, approvisionn&#233; d'eau les m&#233;nages parisiens. D'abord, pourquoi dit-on &#171; un m&#233;tier de chien &#187; ? Nous voudrions bien que le Courrier de Vaugelas, ou l'Interm&#233;diaire des chercheurs et des curieux, nous renseign&#226;t sur ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il fut autrefois un m&#233;tier connu, mais qui aujourd'hui est bien ignor&#233;, par la raison toute simple qu'il n'existe plus gu&#232;re. Nous voulons parler des porteurs d'eau. C'&#233;tait, comme on dit vulgairement, un m&#233;tier de chien, bien que les chiens n'aient jamais, que nous sachions, approvisionn&#233; d'eau les m&#233;nages parisiens. D'abord, pourquoi dit-on &#171; un m&#233;tier de chien &#187; ? Nous voudrions bien que le &lt;i&gt;Courrier de Vaugelas&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;l'Interm&#233;diaire des chercheurs et des curieux&lt;/i&gt;, nous renseign&#226;t sur ce point ; car les chiens n'ont, en g&#233;n&#233;ral, pas exerc&#233; un travail proprement dit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_980 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Porteur_d_eau.jpg' width='500' height='245' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;1841
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bref, les porteurs d'eau, tous Auvergnats, &#233;taient les gens qui tra&#238;naient dans les rues de Paris des grands tonneaux d'eau potable qu'ils vidaient dans des seaux et qu'ils montaient &#224; tous les &#233;tages des maisons moyennant quinze ou vingt centimes par voie de deux seaux, selon la hauteur des logements. Le tonneau contenait au minimum 600 litres et le seau 20 litres, de sorte que 600 litres divis&#233;s par 20 donnent un quotient de 30 seaux, soit 15 voies d'eau, qui, multipli&#233;es par 20 centimes, produisent une somme de 3 francs. Chaque porteur &#233;coulait en moyenne deux tonneaux et gagnait par cons&#233;quent 6 francs par jour. En ce temps-l&#224;, c'&#233;tait une riche journ&#233;e. La nourriture ne co&#251;tait pas si cher que maintenant. Il y a de cela trente ans. Le porteur d'eau mettait de c&#244;t&#233; les deux tiers de son b&#233;n&#233;fice, et quand son magot &#233;tait suffisant, il achetait ou montait une maison de &lt;i&gt;bois et charbon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/922a52266ba70ef6902bc58d0ff75c0f.jpg' width='418' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Montmartre. Porteur d'eau devant le Lapin Agile. Paris, vers 1910. &#169; Albert Harlingue / Roger-Viollet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le bon temps des Auvergnats et la prosp&#233;rit&#233; des bals musettes, o&#249; l'on tapait du pied &#224; casser les sabots en dansant la bourr&#233;e. Telle &#233;tait la mani&#232;re &lt;i&gt;auvergnate&lt;/i&gt; de se d&#233;gourdir les jambes le soir apr&#232;s la journ&#233;e de travail employ&#233;e &#224; monter les escaliers du rez-de-chauss&#233;e au sixi&#232;me &#233;tage et &#224; les descendre du sixi&#232;me dans la rue. Tout ce monde &#233;tait gai et toujours pr&#234;t, apr&#232;s la nuit de repos, &#224; recommencer le lendemain l'exercice de la veille. Il semblait que tout d&#251;t continuer de la sorte, dans la tribu d'Auvergne, jusqu'&#224; la consommation des si&#232;cles. Qui aurait cru qu'on pourrait un jour se passer du porteur d'eau ? C'est pourtant ce qui est arriv&#233;, gr&#226;ce &#224; l'esprit remuant du pr&#233;fet de la Seine Haussmann qui a fait d&#233;molir et reconstruire Paris dans ses principaux quartiers, et dont la manie a &#233;t&#233; imit&#233;e par ses successeurs, de telle sorte que, le savoir-faire professionnel des plombiers aidant, l'eau est mont&#233;e toute seule dans les maisons neuves. Bien plus, les propri&#233;taires des vieilles maisons furent oblig&#233;s, &#224; leur tour, sous peine de voir leurs locaux inhabit&#233;s, d'introduire dans leurs immeubles des tuyaux de conduite remplissant aussi les fonctions s&#233;culaires du porteur d'eau. Alors les Auvergnats durent dire un &#233;ternel adieu &#224; leurs tonneaux, et la jeune g&#233;n&#233;ration parisienne ignore les beaux jours du portage de l'eau, les intrigues amoureuses des fils de l'Auvergne avec les cordons plus ou moins bleus des cuisines de la capitale, dont ils &#233;taient les auxiliaires indispensables. Bien des rendez-vous aux bals musettes, &lt;i&gt;fouchtra&lt;/i&gt;, ont &#233;t&#233; convenus entre la livraison de deux voies d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;81&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/2c5173ce8211709095246e6231b7b0d0.jpg' width='421' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Porteur d'eau. Paris, Montmartre, vers 1910. &#169; Albert Harlingue / Roger-Viollet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il en est rest&#233; cependant un certain nombre, qui exercent leur profession dans les quartiers excentriques et dans quelques vieilles maisons du Marais, o&#249; l'eau ne va pas encore &#224; domicile. Ils sont tenus de pr&#233;senter chaque ann&#233;e leur mat&#233;riel roulant &#224; la visite r&#233;glementaire qui a lieu &#224; la Fourri&#232;re. Les tonneaux reconnus en bon &#233;tat sont marqu&#233;s d'une estampille de couleur rouge. Ceux qui, au contraire, ne r&#233;unissent pas toutes les conditions de salubrit&#233; exig&#233;e sont d'office mis hors de service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dix ans on comptait encore dans Paris 1,172 tonneaux de porteurs d'eau. Ce nombre est all&#233; en diminuant d'ann&#233;e en ann&#233;e, et aujourd'hui ce mat&#233;riel, qui a servi &#224; faire la fortune de bon nombre d'Auvergnats, ne comprend plus gu&#232;re qu'une centaine de tonneaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans dix ans, si la Seine ne tarit pas, les maisons de Paris seront toutes pourvues d'eau &#224; tous leurs &#233;tages, et le dernier tonneau vert aura disparu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;8&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/2013-10-25_134119.jpg' width='410' height='599' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://www.attelage-patrimoine.com/tag/histoire%20des%20voitures%20a%20cheval/2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi nous classons ici ce qui restait de ce travail nagu&#232;re florissant et qui sera bient&#244;t un m&#233;tier r&#233;trospectif. Mais les Auvergnats ne sont pas gens &#224; rester les deux pieds dans un sabot, &lt;i&gt;vougrrri&lt;/i&gt;. Un m&#233;tier perdu, deux de retrouv&#233;s. Ils se sont mis marchands de tonneaux ; ils ont adjoint des d&#233;bits de vins &#224; leur d&#233;bit de charbon de bois ; ils ont mis la main sur les boutiques de fruitiers ; ils sont devenus marchands de beurre, &#339;ufs, fromages de la Limagne d'Auvergne, et ils parviennent presque tous, par leur activit&#233; et leur esprit commercial, &#224; r&#233;aliser des &#233;conomies o&#249; d'autres mangeraient de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;butants se mettent frotteurs d'appartements ; pour faire ce m&#233;tier, il n'y a besoin d'avoir que de bons jarrets. Il ne faut ni mat&#233;riel, ni apprentissage. Dans le frottage, les Auvergnats ont comme concurrents les Savoyards. Mais, de m&#234;me que le soleil luit pour tout le monde, il y a des parquets pour occuper les enfants de l'Auvergne et ceux de la Savoie. Cela leur permet de renouer avec les bonnes traditions galantes qui avaient &#233;t&#233; interrompues, ou tout au moins consid&#233;rablement r&#233;duites par la suppression du portage de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repasseurs de couteaux et de ciseaux, sont aussi des Auvergnats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tourne ma meule, &lt;br class='manualbr' /&gt;Tourne avec ardeur, &lt;br class='manualbr' /&gt;Car je dois &#224; toi seule, &lt;br class='manualbr' /&gt;Tous mes jours de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'ils font profit de tous les petits m&#233;tiers d&#233;daign&#233;s par les Parisiens et les autres habitants de Paris venus de tous les points de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, malgr&#233; la disparition des porteurs d'eau, l'on peut dire quand m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vive les Jouvergnats ! You !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6438648c/f396.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Boh&#232;me du travail par Joseph Barberet - 1889&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le faubourg Saint Marceau - 1828</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=293</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Respicere exemplar vit&#339; morumque jubebo Doctum imitatorem, et veras hinc ducere voces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hor., Art po&#233;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous croyez conna&#238;tre Paris, homme du monde, homme de lettres, dont les m&#339;urs &#233;l&#233;gantes et le langage &#233;pur&#233; semblent aujourd'hui si gothiques au milieu de l'opulent quartier o&#249; le salutaire agiotage va r&#233;g&#233;n&#233;rer la France dans les eaux du Pactole ; d&#233;trompez-vous. Si vos m&#233;ditations sont demeur&#233;es &#233;trang&#232;res au langage de la sc&#232;ne qui voit briller l'immortel Odry ; si vous n'allez pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Respicere exemplar vit&#339; morumque jubebo&lt;br class='manualbr' /&gt;Doctum imitatorem, et veras hinc ducere voces.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je l'inviterai &#224; reporter ses regards, en imitateur averti, sur le mod&#232;le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hor., &lt;i&gt;Art po&#233;t&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous croyez conna&#238;tre Paris, homme du monde, homme de lettres, dont les m&#339;urs &#233;l&#233;gantes et le langage &#233;pur&#233; semblent aujourd'hui si gothiques au milieu de l'opulent quartier o&#249; le salutaire agiotage va r&#233;g&#233;n&#233;rer la France dans les eaux du Pactole ; d&#233;trompez-vous. Si vos m&#233;ditations sont demeur&#233;es &#233;trang&#232;res au langage de la sc&#232;ne qui voit briller l'immortel Odry ; si vous n'allez pas quelquefois, le crayon &#224; la main, &#233;tudier la belle nature dans ces immenses villages que renferme l'enceinte financi&#232;re de l'octroi municipal, vous n'avez pas bien vu la capitale des arts, vous ne savez pas m&#234;me le fran&#231;ais. Diderot avait appris par c&#339;ur les quinze mille termes techniques dont se compose le &lt;i&gt;Dictionnaire des m&#233;tiers&lt;/i&gt;, et il ne parvint jamais &#224; s'asseoir au fauteuil de Racine. Vous, quand vous auriez recueilli toute la science qu'il enfouit dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt;, si vous ignorez l'idiome de la rue Mouffetard, vous serez toujours d&#233;plac&#233; &#224; l'Institut. Vous ne comprendrez pas la moiti&#233; de la pi&#232;ce que je viens de pr&#233;senter au comit&#233; de lecture des Vari&#233;t&#233;s, le th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;national&lt;/i&gt; par excellence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;148&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Odry.jpg' width='373' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Souvenirs dramatiques n&#176;3. Th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s. Les Cuisini&#232;res par Mrs Brazier et Dumersan. Sc&#232;ne XXVII Fran&#231;ois (Odry) C'est ses ma&#238;tres !
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux fois, chaque semaine, je quitte ma grande et belle rue Taranne pour voir d&#233;jeuner l'&#233;l&#233;phant du Jardin des Plantes, et pour aller manger la soupe d'un docte naturaliste , son voisin. Voulez-vous m'accompagner &#224; l'Estrapade, et descendre dans cet autre monde o&#249; croupit la rivi&#232;re des Gobelins ? Je serai votre guide ; et, quand vous aurez besoin d'un interpr&#232;te, vous verrez combien je suis savant. Ce cours d'&#233;tudes vous sera utile pour achever l'interminable recueil alphab&#233;tique sur lequel s'endorment, depuis quarante ans, les quarante immortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acad&#233;micien sourit, et nous arrivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant nous marche une vieille femme , charg&#233;e de son lourd &#233;ventaire, sur lequel &#233;tait pos&#233;e une &#233;norme terrine. Rivale matineuse de la fruiti&#232;re en boutique, elle appelait d'un cri aigu, per&#231;ant et prolong&#233;, autour de son magasin ambulant, les gastronomes en veste, friands amateurs de la poire anonyme que n'ont pas vue m&#251;rir les espaliers de Saint-Germain , mais qui s'est ramollie sur un brasier ardent o&#249; bouillonne l'eau bourbeuse de la Seine. C'&#233;tait une de ces nomades industrielles qui tour &#224; tour fournissent &#224; la petite propri&#233;t&#233; les groseilles, les cerises, le raisin, les noix, les harengs, les poires cuites et la morue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ouvrier l'aborde ; il reconna&#238;t la bonne femme : c'est elle qui a veill&#233; pendant trois nuits la m&#232;re du jeune ma&#231;on ; cela ne s'oublie pas. Il s'&#233;tablit entre eux un dialogue en style de faubourg, tr&#232;s-diff&#233;rent du langage poissard, et qui n'a rien de grivois. J'en fais remarquer les beaut&#233;s &#233;nergiques &#224; mon compagnon de voyage. Ils s'entretiennent de l'excessive chert&#233; de telle denr&#233;e , augment&#233;e d'un liard, et du prix actuel des loyers. On ne loue plus de chambre &#224; moins &lt;i&gt;d'une pi&#232;ce de soixante francs&lt;/i&gt; ; et trois &#233;cus de cent sous par trimestre sont bien lourds &#224; ramasser. Mais, apr&#232;s tout, on trouve moyen de vivre ; et un petit verre d'anis, offert de bon c&#339;ur, sur le comptoir de l'&#233;picier, ranime la m&#232;re Pichard. Et le jeune homme presse de sa main calleuse la main rid&#233;e de la marchande, tout en essuyant une larme donn&#233;e au souvenir d'une m&#232;re qu'il a perdue. Nous observons avec plaisir l'expression na&#239;ve de sa pieuse gratitude, et avec amertume la frugalit&#233; du triste d&#233;jeuner dont se contente la classe ouvri&#232;re, toujours expos&#233;e aux intemp&#233;ries de l'air et livr&#233;e &#224; de si rudes travaux. Le bon petit adjoint-architecte ne mangera plus, jusqu'&#224; l'heure du d&#238;ner, que les six poires cuites qui lui co&#251;tent quinze centimes, et qu'il avale en s'&#233;criant d'un air joyeux : &lt;i&gt;En avant les six c&#244;telettes !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_953 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Saint_marceau1.jpg' width='452' height='704' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t nos r&#233;flexions sont interrompues. Deux chiffonniers, la hotte sur le dos, s'entretenaient d'une voix anim&#233;e : ils &#233;taient les plus heureux des hommes. Associ&#233;s de compte &#224; demi pour une mise de cinquante centimes &#224; la loterie, leur terne d'un sou venait de sortir. Que de jouissances leur promettent ces 275 francs ! Mais comme l'exemple d'un pareil succ&#232;s peut devenir fatal ! Combien de fois les esp&#233;rances qu'aura fait na&#238;tre ce bonheur inou&#239; entra&#238;neront-elles au funeste bureau un honn&#234;te ouvrier encore &#233;tranger aux calculs des jeux de hasard, et qui, jusqu'alors, achetait du pain pour ses enfans, au lieu de payer, du prix de son travail, la vaine attente d'un tr&#233;sor chim&#233;rique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se quittant, les deux nouveaux riches se donnent rendez-vous pour le lendemain au coin de la rue Dablon. &#171; Not' bourgeois pensera bien, disent-ils, que &lt;i&gt;nous avons des affaires de famille&lt;/i&gt;, et nous irons ensemble avec nos femmes &lt;i&gt;&#224; la chambre des pairs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici mon acad&#233;micien se trouve d&#233;rout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue Dablon, lui dis-je, ne figure sur aucun plan de Paris. Vous aurez beau &#233;tudier l'histoire et la morale dans les huit volumes de M. Dulaure, la rue Dablon ne vous en sera pas mieux connue ; elle ne porte ce nom que dans le quartier dont elle est l'ornement. Depuis deux si&#232;cles on se rappelle de p&#232;re en fils qu'elle appartenait tout enti&#232;re &#224; un M. Dablon, marguillier de sa paroisse, qui, pendant soixante ans d'une vie exemplaire, n'augmenta jamais le prix de ses loyers, et n'expulsa jamais personne pour n'avoir pas pay&#233; le terme. Une gratitude traditionnelle s'oppose encore aujourd'hui &#224; la d&#233;cision souveraine de nos &#233;diles, qui, je ne sais &#224; quelle &#233;poque, ont fait inscrire aux deux extr&#233;mit&#233;s les mots &lt;i&gt;rue Neuve-Saint-M&#233;dard&lt;/i&gt;. Suivant une autre tradition, c'&#233;tait anciennement le chemin du village d'Ablon, c&#233;l&#232;bre autrefois par ses vignobles. Cette r&#233;putation s'est &#233;vanouie depuis que la rue se trouve dans l'enceinte de Paris. Quoi qu'il en soit, on &#233;vite avec soin d'y passer &#224; l'&#233;poque des grandes chaleurs. A l'entr&#233;e de l'hiver, nous pouvons y hasarder une visite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Saint_marceau2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Saint_marceau2.jpg' width='500' height='729' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous laissons &#224; droite la vieille &#233;glise de Saint-M&#233;dard, si fameuse jadis par les miracles du diacre P&#226;ris, le patron de ces bons jans&#233;nistes qui nous firent pr&#233;sent, un beau jour, de la constitution civile du clerg&#233;. Le voisinage de cet ancien th&#233;&#226;tre des convulsionnaires se distingue aujourd'hui par l'excellente qualit&#233; des mottes de tan, s&#233;ch&#233;es dans les hangars qui d&#233;corent la rue Censier. Nous montons la rue Gracieuse, nomm&#233;e ainsi par d&#233;rision, rue proscrite, o&#249; les fonctionnaires publics d&#233;sign&#233;s sous le nom de &lt;i&gt;lanciers du pr&#233;fet&lt;/i&gt; d&#233;daignent d'employer leurs balais et leurs pelles. Au coin de la rue de l'Ep&#233;e-de-Bois, nous passons &#224; c&#244;t&#233; des s&#339;urs de la charit&#233;, ces vertueuses consolatrices du pauvre, anges de douceur et de bont&#233;, que r&#233;v&#232;rent les h&#244;tes des tristes r&#233;duits o&#249; elles m&#232;nent &#224; leur suite la r&#233;signation et l'esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traversons vite la rue Tripperet, et pour cause : nous pourrions payer trop cher le plaisir d'examiner la nouvelle fa&#231;ade dont s'embellit Sainte-P&#233;lagie. On vante l'&#233;l&#233;gance des fen&#234;tres cintr&#233;es qui &#233;clairent cette Bastille des industriels ; mais j'irai un autre jour par la rue du Puits-de-l'Hermite pour m'assurer si ce bel &#233;tablissement ressemble autant qu'on le dit aux &#233;l&#233;gantes maisons de la rue des Trois-Fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc enfin la rue Dablon ! Quel horrible cloaque ! A gauche, quelques potiers de terre ; &#224; droite, une quarantaine de chiffonniers occupant des maisons sans crois&#233;es ; partout des all&#233;es noires et infectes. A un rez-de-chauss&#233;e humide et obscur, on voit p&#234;le-m&#234;le entass&#233;s les ustensiles de m&#233;nage, les lits de sangle, des haillons, les provisions destin&#233;es aux repas du jour, le d&#233;go&#251;tant rebut des rues, et les d&#233;pouilles putr&#233;fi&#233;es de quelques animaux. C'est l&#224;, c'est dans ces habitations, priv&#233;es d'air, que naissent, v&#233;g&#232;tent et meurent des g&#233;n&#233;rations qui semblent appartenir &#224; d'autres climats. On se croirait transport&#233; chez les Lapons : leurs traits sont fl&#233;tris ; tous ces visages d&#233;charn&#233;s paraissent livides ; l'enfance n'y eut jamais de gr&#226;ces ; la jeunesse est sans fra&#238;cheur : l'&#226;ge mur y languit sans forces, et la vieillesse offre le tableau d'une d&#233;cr&#233;pitude hideuse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Saint_marceau3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Saint_marceau3.jpg' width='500' height='714' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Philanthropes de la Chauss&#233;e-d'Antin ! &#233;levez &#224; grands frais les brillans colifichets de l'architecture sp&#233;culatrice, et, puisque tel est votre bon plaisir, donnez hardiment le nom de Nouvelle-Ath&#232;nes &#224; cet amas de ch&#226;teaux de cartes charg&#233;s de vernis et de dorures, o&#249; l'on cherche vainement un Socrate ou un Sophocle &#224; c&#244;t&#233; du palais des La&#239;s et des Phryn&#233; ! Mais ne verrons-nous jamais l'architecture bienfaisante et pieuse offrir aux plus malheureux de nos compatriotes un abri o&#249; l'esp&#232;ce humaine puisse conserver au moins la forme que lui donna le p&#232;re commun des hommes ? Il en co&#251;terait &#224; peine la d&#238;me d'une ann&#233;e sur les profits de l'agiotage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est &#224; merveille ! me dit mon compagnon de voyage ; fort bien pr&#234;ch&#233; pour un vaudevilliste ! Mais &lt;i&gt;la chambre des pairs&lt;/i&gt;, o&#249; doivent se rendre demain nos deux lurons, je suppose qu'elle se trouve assez loin du Luxembourg ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! j'oubliais ce lieu de d&#233;lices. A droite, en sortant de la barri&#232;re de Fontainebleau, vous verrez sur la porte d'un cabaret l'enseigne du &lt;i&gt;Pot blanc&lt;/i&gt; ; l'eau d&#233;goutte des murs d'un salon pav&#233; comme nos rues : l&#224; se r&#233;unissent, avec armes et bagages, les artistes de la rue Dablon, qui n'y trouvent, comme vous le pensez bien, que &lt;i&gt;leurs pairs&lt;/i&gt;. Le vin s'y vend huit sous le litre. &lt;i&gt;Avoir des affaires de famille&lt;/i&gt;, c'est passer la journ&#233;e en si bonne compagnie, se donner un cong&#233; illimit&#233;, d&#238;ner &#224; la guinguette, et ne pas s'inqui&#233;ter du &lt;i&gt;bourgeois&lt;/i&gt;. Il faut bien que tout le monde vive et s'amuse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Saint_marceau_4.jpg' width='471' height='794' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ne croyez pas, cependant, que ce mis&#233;rable faubourg ne jouisse de quelques avantages particuliers ; il en a un, surtout, que doivent lui envier les quartiers les plus &#233;l&#233;gans : ici l'on vit en paix , sans redouter l'influence d'un fl&#233;au cruel ; en un mot, les maisons n'ont pas de portier : cette race inquisitoriale y est inconnue. Les tanneries, les filatures de coton ou de laine, les brasseries, ont seules des portes coch&#232;res ; partout ailleurs, on monte aux &#233;tages situ&#233;s au dessus des boutiques par une all&#233;e dont la porte se ferme au moyen d'un &lt;i&gt;secret&lt;/i&gt; que tout le monde conna&#238;t, et que souvent, le soir, un nouveau locataire ne parvient pas &#224; ouvrir. Si dans le reste de Paris, comme l'a dit un de vos confr&#232;res,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;sup&gt;..........................La loge du portier&lt;br class='manualbr' /&gt;Est le vrai tribunal o&#249; se juge un quartier,&lt;/sup&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ici les fonctions judiciaires sont d&#233;volues aux fruiti&#232;res, aux blanchisseuses en gros et en fin, &#224; leurs coll&#232;gues les comm&#232;res en tourn&#233;e r&#233;guli&#232;re de visite, en un mot &#224; toutes les voisines ; et, du moins, la coutume locale ne vous soumet pas &#224; la juridiction domestique. Dans leurs graves r&#233;unions, tout rappelle les myst&#232;res de la bonne d&#233;esse ; les hommes n'y paraissent jamais. Le budget de chaque comm&#232;re absente y est scrupuleusement discut&#233;. On sait au juste quand la femme Baptiste, pour aller voir le m&#233;lodrame, a mis des chemises et des jupons &lt;i&gt;l&#224;-bas&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire au Mont-de-Pi&#233;t&#233; ; quel jour les Martin ont port&#233; leur derni&#232;re pi&#232;ce de quinze sous &lt;i&gt;en Angoul&#234;me&lt;/i&gt;. Vous ne connaissez pas l'origine de cette locution ? C'est encore un souvenir historique dont les &lt;i&gt;Essais&lt;/i&gt; de Sainte Foix ne parlent point. Autrefois, quand les &#233;tablissemens utiles &#233;taient plus rares, les habitans du faubourg faisaient le voyage de la rue d'Angoul&#234;me, au Marais, pour jouer &#224; la loterie ; maintenant, tout est au mieux : il y a plus de bureaux que d'&#233;coles. Mais dans cette esp&#232;ce de province, o&#249; l'on conserve la m&#233;moire de ses a&#239;eux, l'expression proverbiale est rest&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etienne de Jouy - &lt;a href=&#034;http://books.google.fr/books?id=WIJBAAAAcAAJ&amp;printsec=frontcover&amp;hl=fr&amp;source=gbs_ge_summary_r&amp;cad=0#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nouveaux tableaux de Paris, ou observations sur les m&#339;urs et usages des Parisiens au commencement du XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt; - 1828&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6222v/f258.tableDesMatieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'art Po&#233;tique d'Horace&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je l'inviterai &#224; reporter ses regards, en imitateur averti, sur le mod&#232;le original de la vie et des caract&#232;res et &#224; tirer de l&#224; un langage vivant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>On a vol&#233; une maison ! - 1941</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=274</link>
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		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; la page 60 de &#034;Rue des Mal&#233;fices&#034;, de Jacques Yonnet (&#233;dition Libretto de 1987)... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Matin du 15 et 17 juillet 1941 (Ne pas trop pr&#234;ter attention aux naus&#233;abonderies collaborationnistes du canard surtout, m&#234;me si c'est &#233;difiant et peut avoir un int&#233;r&#234;t certain pour quiconque s'int&#233;resse aux d&#233;viances de la presse de cette &#233;poque, &#224; la propagande, voire &#224; la duret&#233; de la vie sous l'occupation...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En r&#233;f&#233;rence &#224; la page 60 de &#034;&lt;strong&gt;Rue des Mal&#233;fices&lt;/strong&gt;&#034;, de &lt;strong&gt;J&lt;/strong&gt;acques &lt;strong&gt;Y&lt;/strong&gt;onnet (&#233;dition Libretto de 1987)...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_911 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/export.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/export.jpg' width='500' height='169' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/export1.jpg' width='500' height='507' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Matin du &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5871565/f1.image.r=labrouste.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;15&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k587158x/f1.image.r=labrouste.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;17&lt;/a&gt; juillet 1941 (Ne pas trop pr&#234;ter attention aux naus&#233;abonderies collaborationnistes du canard surtout, m&#234;me si c'est &#233;difiant et peut avoir un int&#233;r&#234;t certain pour quiconque s'int&#233;resse aux d&#233;viances de la presse de cette &#233;poque, &#224; la propagande, voire &#224; la duret&#233; de la vie sous l'occupation...)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'argot du milieu - 1948</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=240</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'existence d'un langage artificiel et secret, utilis&#233; par les classes dangereuses, est tr&#232;s ancien. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le XIII&#232;me si&#232;cle, on trouve dans les &#233;crits quelques traces de jargon, mais c'est surtout &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVe si&#232;cle que les documents linguistiques sont assez nombreux pour nous permettre de pr&#233;ciser ce que fut le langage employ&#233; par les malfaiteurs de cette &#233;poque. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; Marcel Schwob que revient le m&#233;rite de nous avoir fait conna&#238;tre cet argot, gr&#226;ce &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'existence d'un langage artificiel et secret, utilis&#233; par les classes dangereuses, est tr&#232;s ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le XIII&#232;me si&#232;cle, on trouve dans les &#233;crits quelques traces de jargon, mais c'est surtout &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XVe si&#232;cle que les documents linguistiques sont assez nombreux pour nous permettre de pr&#233;ciser ce que fut le langage employ&#233; par les malfaiteurs de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Marcel Schwob que revient le m&#233;rite de nous avoir fait conna&#238;tre cet argot, gr&#226;ce &#224; la publication des documents jargonnesques du proc&#232;s des Coquillards, qui eut lieu &#224; Dijon, en 1455&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Schwob, Le jargon des Coquillards en 1455. M&#233;moires de la Soci&#233;t&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_794 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/schwob1.jpg' width='285' height='380' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marcel Schwob
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'ann&#233;e 1453, les Coquillards, bandits de grand chemin, faux-monnayeurs, mettaient la Bourgogne en coupe r&#233;gl&#233;e. Lorsque, quelques ann&#233;es plus tard, ils purent enfin &#234;tre emprisonn&#233;s, un membre de la bande r&#233;v&#233;la le vocabulaire jargonnesque employ&#233; par eux. Ces termes ont &#233;t&#233; mentionn&#233;s dans les dossiers du proc&#232;s, conserv&#233;s dans les Archives de la C&#244;te-d'Or. La publication de Marcel Schwob permit de rendre intelligible certaines ballades de Villon, compos&#233;es en jargon des Coquillards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l'argot dans d'autres productions litt&#233;raires du XVe si&#232;cle : c'est ainsi que dans les Myst&#232;res, drames religieux d'un r&#233;alisme souvent vulgaire, une s&#233;rie de personnages appartiennent aux classes dangereuses et parlent un langage sp&#233;cial qui repr&#233;sente le jargon de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVI e si&#232;cle, Rabelais et ses imitateurs emploient aussi des mots d'argot ; puis apparaissent des opuscules qui sont de v&#233;ritables lexiques de jargon. Nous ne ferons que citer les principaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La bibliographie de l'argot est fort riche. Consulter : Yve Plessis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : La vie dangereuse des Mercelots, Gueuz et Boesmiens contenant leur fa&#231;on de vivre, subtilit&#233;s et jargon. C'est un volume de 40 pages, publi&#233; &#224; Lyon, en 1596.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_795 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;124&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/gueux.jpg' width='500' height='443' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les rentes des Gueux sont assign&#233;es sur la marmite des riches (estampe - &#233;diteur : A Paris par I. Lagniet au fort l&#233;v&#234;que)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le jargon ou langage de l'argot r&#233;form&#233; (1625), ouvrage qui eut des r&#233;impressions successives avec de nombreuses additions jusqu'&#224; la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. C'est &#224; cette source que Nicolas Ragot, dit Granval, a puis&#233; les &#233;l&#233;ments de son lexique argot-fran&#231;ais qui figure &#224; la suite de son po&#232;me : Le Vice puni ou Cartouche (1725).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le XVIIIe si&#232;cle ne nous fournit que peu de documents, le XIXe si&#232;cle en revanche, voit s'&#233;panouir une riche floraison argotique. Dans la premi&#232;re moiti&#233; de ce si&#232;cle, ce sont surtout des documents concernant l'argot &lt;br class='autobr' /&gt;
des malfaiteurs : le Vocabulaire des brigands chauffeurs, publi&#233; par Leclair, en 1800, et, surtout le livre du fameux policier Vidocq, ex-for&#231;at, sur Les Voleurs (1837). Et la litt&#233;rature elle-m&#234;me va subir de plus en plus l'influence de l'argot ; Victor Hugo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dernier jour d'un condamn&#233;.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Balzac&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La derni&#232;re incarnation de Vautrin.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Eug&#232;ne Sue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Myst&#232;res de Paris.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vont &#233;mailler certaines de leurs &#339;uvres de termes argotiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_796 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;185&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/vidocq-2.jpg' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re livraison gratuite partout, en vente la 2&#176; livraison &#224; 5 centimes - Vidocq le roi des voleurs le roi des policiers, grand r&#233;cit historique par Marc Mario et Louis Launay
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, une s&#233;rie de dictionnaires d'argot ont fait leur apparition. Ces publications comprennent non seulement l'argot des classes dangereuses, mais encore les locutions populaires, les termes de caserne, d'&#233;coles, et l'argot des diverses professions.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loredan-Larchey, Les excentricit&#233;s de la langue fran&#231;aise (1860) ; A. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, appara&#238;t une litt&#233;rature &#224; tendance profond&#233;ment sociale, d'inspiration populaire qui utilisa largement l'argot. Richepin fut l'initiateur de ce genre. Il fut suivi dans cette voie par Courteline, Rosny ain&#233;, Charles-H. Hirsch, Marcel Schwob.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Jacques_Callot_Beggar.jpg' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jacques Callot : Les Gueux - Le Mendiant &#224; la jambe de bois (1622)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi &#224; cette &#233;poque que les po&#232;tes de Montmartre, comme Bruant et Jehan Rictus, chantaient, dans les cabarets, leurs chansons auxquelles l'argot donnait une note vraiment originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, quelques auteurs, Galtier-Boissi&#232;re, Marmouset, Fernand Trignol, Ren&#233; Fallet, Lucien Blanc, Pierre Devaux entre autres, cultivent avec succ&#232;s ce genre de litt&#233;rature. Mais il y a un nom qui domine, il y a un &#233;crivain qui offre cette originalit&#233; de m&#234;ler &#224; la langue la plus pure, des dialogues d'un argot exact, c'est Francis Carco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue s&#233;mantique, l'argot a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; par une s&#233;rie de linguistes de valeur. Plusieurs noms sont &#224; retenir par tous ceux qu'int&#233;resse l'&#233;tude scientifique de la langue verte. C'est par ordre chronologique, Francisque Michel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francisque Michel, Etude de philologie compar&#233;e sur l'argot et sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui, en 1856, a publi&#233; un volumineux travail, peut-&#234;tre un peu touffu, sur l'argot ; Marcel Schwob&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Schwob et Georges Guieysse, Etude sur l'argot fran&#231;ais, M&#233;moires de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui a fait para&#238;tre, en 1892, d'int&#233;ressants articles sur l'argot ancien et, notamment, l'argot des Coquillards. Enfin Sain&#233;an&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Sain&#233;an, Les sources de l'Argot ancien Champion, Paris (1912).&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et A. Dauzat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Dauzat. Les Argots, Delagrave, Paris (1929).&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, savants &#233;rudits contemporains, nous ont donn&#233; des &#233;tudes linguistiques tout &#224; fait remarquables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Carco.jpg' width='500' height='391' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Francis Carco en 1923
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'argot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; la fin du XIIe si&#232;cle que le mot jargon fut remplac&#233; par celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'est plus, actuellement, un langage secret destin&#233;, comme du temps des gueux, &#224; n'&#234;tre compris que d'un certain nombre d'initi&#233;s. L'homme du &#171; milieu &#187; qui parle argot le fait par habitude et aussi pour se donner l'air &#171; affranchi &#187;, il parle argot, comme il se fait tatouer, parce que &#171; &#231;a fait bien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il faut reconna&#238;tre que la tendance actuelle des individus vivant en marge de la soci&#233;t&#233; est de passer le plus possible inaper&#231;us. Ils ne doivent pas attirer l'attention sur eux par le port d'une casquette &#224; trois &lt;br class='autobr' /&gt;
ponts. Plus de foulard rouge et de larges pantalons &#224; la Bruant. Par leur langage aussi, ils ne doivent pas se faire &#171; rep&#233;rer &#187; de la police et voil&#224; pourquoi l'homme du milieu s'habille et semble parler comme tout le monde, &lt;br class='autobr' /&gt;
apparemment du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant chez les hommes et les femmes du milieu existe un argot, argot que nous osons &#224; peine d&#233;nommer professionnel. C'est l&#224; un ph&#233;nom&#232;ne commun &#224; toute corporation : chaque m&#233;tier a son argot. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puisque la langue fran&#231;aise ne poss&#232;de pas de vocable pour d&#233;signer des objets particuliers ou des actions habituelles &#224; une cat&#233;gorie sociale d'individus, des mots d'argot surgissent pour rem&#233;dier &#224; l'insuffisance de la &lt;br class='autobr' /&gt;
langue. Ces mots, qui n'ont pas d'&#233;quivalent en fran&#231;ais, constituent, dans le cas particulier de l'argot du milieu, un lot important de termes et d'expressions techniques, professionnelles, qui sont les m&#234;mes, &#224; peu de &lt;br class='autobr' /&gt;
chose pr&#232;s, dans toute la France. La p&#232;gre, en effet, n'a pas de domicile fixe ; elle ne peut en avoir. Inqui&#233;t&#233;e &#224; Paris, elle fuit en province. Les maisons d'arr&#234;t, les prisons centrales, les camps de travaux publics constituent des points de contact, groupant des individus de toutes les r&#233;gions de la France. Contrairement aux patois, l'argot du milieu n'a pas de clocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Hugo, qui a consacr&#233; dans Les Mis&#233;rables un chapitre &#224; l'argot, &#233;crit : &#171; L'argot &#233;tant l'idiome de la corruption, se corrompt vite. En outre, comme il cherche toujours &#224; se d&#233;rober, sit&#244;t qu'il se sent compris, il se transforme... Ainsi l'argot va-t-il se d&#233;composant et se recomposant sans cesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richepin confirme cette opinion : &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Organisme vivant, en perp&#233;tuelle d&#233;composition et recomposition, l'argot est essentiellement instable. C'est du vif-argent. Il passe, court, roule, coule, se d&#233;forme, se reforme, meurt, rena&#238;t, flotte, flue, file, fuit, &#233;chappe &#224; la notation. L'instantan&#233; qu'on en prend aujourd'hui n'est plus ressemblant demain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Jean_Richepin.jpg' width='432' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Jean Richepin photographi&#233; par Nadar.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces appr&#233;ciations nous semblent singuli&#232;rement exag&#233;r&#233;es. S'il en &#233;tait ainsi, aucune survivance de l'argot ancien ne subsisterait, or, il est quelques mots d'argot toujours vivaces depuis Villon, et ils sont l&#233;gion les termes mentionn&#233;s dans le vocabulaire de Vidocq, qui sont encore usuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les mots d'argot meurent plus vite que ceux du langage ordinaire, mais ils ne meurent pas tous. Si l'argot se modifie, c'est qu'il n'est plus actuellement codifi&#233; par quelques archisuppots ; c'est aussi que, langue parl&#233;e, il n'a pas l'appui des documents &#233;crits. Il faut ajouter &#224; cela le go&#251;t du nouveau, &#233;l&#233;ment inh&#233;rent &#224; la psychologie du &#171; milieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains mots n'en continuent pas moins leur vie, mais cessent pourtant d'appartenir &#224; la famille de l'argot. D'abord &#171; enfants trouv&#233;s du langage &#187;, ils peuvent ult&#233;rieurement &#234;tre adopt&#233;s par la langue g&#233;n&#233;rale. En veut-on quelques exemples ? Les mots cambrioleur, camelot, escarpe, gouape, p&#232;gre, ligoter, et combien d'autres encore, sont de la plus pure origine argotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres termes passent dans le langage populaire ou familier et y demeurent, pour l'instant du moins. Tels sont : baluchon, bouffarde, se balader, camoufler, frangin, roupiller, etc., etc.. Il y a donc un courant constant qui va de l'argot au fran&#231;ais acad&#233;mique, en passant par &lt;br class='autobr' /&gt;
le langage populaire ou familier. Il faut se f&#233;liciter de cet apport qui vient sans cesse enrichir notre langue. Voil&#224; bien r&#233;alis&#233; ce que Rigaud appelait l'a influence occulte du voyou sur l'idiome national &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;79&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/caillot.jpg' width='309' height='700' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les mis&#232;res et les malheurs de la guerre - 11 - La pendaison - Jacques Callot
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;digeant un dictionnaire d'argot g&#233;n&#233;ral, les lexicographes comme Delvau, Virma&#238;tre, Delesalle, etc., avaient une t&#226;che immense. Il est impossible en effet &#224; un m&#234;me individu de p&#233;n&#233;trer dans tous les milieux &lt;br class='autobr' /&gt;
sociaux, de conna&#238;tre le langage particulier &#224; chaque profession, ou bien alors il faudrait, comme le proposait Rigaud, confier la r&#233;daction de ce lexique aux soins de quarante acad&#233;miciens d'un nouveau genre. Cette impossibilit&#233;, pour un homme, d'&#234;tre encyclop&#233;dique explique les erreurs, les omissions et surtout la pr&#233;sence de mots n'ayant plus cours, rencontr&#233;s dans la plupart des dictionnaires d'argot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre t&#226;che, plus restreinte, &#233;tait moins malais&#233;e ; nous avons trouv&#233; dans les prisons et les maisons closes, aupr&#232;s des criminels, des souteneurs et des filles, des collaborateurs souvent intelligents, parfois instruits ; nous leur devons des remerciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les mots inscrits dans notre dictionnaire sont bien vivants et jamais nous n'avons enregistr&#233; un terme sans nous &#234;tres livr&#233;s au pr&#233;alable &#224; plusieurs recoupements sur son identit&#233;. Chaque fois que cela &#233;tait possible, nous avons signal&#233; l'apparition du mot dans un des lexiques classiques ; c'est le seul &#233;tat civil, bien que tr&#232;s approximatif, l&#233;galisant la naissance d'un mot d'argot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ces dates sont int&#233;ressantes parce qu'elles prouvent au lecteur qu'il y a, malgr&#233; les fluctuations que subit l'argot du milieu, un fond presque aussi solidement permanent que dans la langue commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fait remarquer tr&#232;s justement notre ami, le savant criminologiste, Edmond Locard, &#171; on peut d&#233;couvrir &#224; ceci une raison excellente et tr&#232;s simple : c'est que les techniques du crime varient tr&#232;s peu, la langue professionnelle, qui les exprime, peut donc demeurer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de Victor Hugo : &#171; L'argot est tout ensemble un ph&#233;nom&#232;ne litt&#233;raire et un r&#233;sultat social &#187;, se trouve pleinement justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dr Jean Lacassagne - &lt;a href=&#034;http://archive.org/details/largotdumilieu00laca&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'argot du milieu&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; - 1948&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Schwob, Le jargon des Coquillards en 1455. M&#233;moires de la Soci&#233;t&#233; de linguistique de Paris, t. VII, ann&#233;e 1892,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La bibliographie de l'argot est fort riche. Consulter : Yve Plessis, Bibliographie raisonn&#233;e de Vargot, Daragon, Paris. 1901 ; Sain&#233;an, Le langage parisien au XIX e si&#232;cle, De Doc- &lt;br class='autobr' /&gt;
card, Paris, 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le dernier jour d'un condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La derni&#232;re incarnation de Vautrin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Myst&#232;res de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Loredan-Larchey, Les excentricit&#233;s de la langue fran&#231;aise (1860) ; A. Delvau, Dictionnaire de la langue verte (1866) ; Rigaud, Dictionnaire du jargon parisien (1878) ; Virma&#238;tre, Dictionnaire d'argot fin de si&#232;cle (1894) ; Delesalle, Dictionnaire argot-fran&#231;ais et fran&#231;ais-argot (1896) ; Rossignol, Dictionnaire d'Argot (1901) ; Bruant, L'Argot au XXe si&#232;cle (1901). Il existe &#224; la biblioth&#232;que municipale de Lyon un dictionnaire manuscrit, &#233;crit en prison par un apache-assassin, Nouguier, ex&#233;cut&#233; &#224; Lyon, en 1900. Nouguier &#233;tait intelligent et instruit ; souteneur de profession, il avait toujours fr&#233;quent&#233; la basse p&#232;gre et il a pu, dans la solitude d'une longue d&#233;tention, &#233;crire un vocabulaire qu'il connaissait bien. On lui doit un document argotique int&#233;ressant. Voir L. Sain&#233;an. Les Sources de l'&#233;tymologie fran&#231;aise. De Boccard, Paris, 1930, p. 62 et suiv, Esnault, Le poilu tel qu'il se parle (1919) ; P. Devaux, La langue verte (1930) ; L. Ayne, L'Argot pittoresque (1930) ; E. Chautard, La vie &#233;trange de l'argot (1931) ; J. Galtier-Boissi&#232;re et P. Devaux, Dictionnaire historique, &#233;tymologique et anecdotique d'Argot (1939).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francisque Michel, Etude de philologie compar&#233;e sur l'argot et sur les idiomes analogues parl&#233;s en Europe et en Asie, Paris (1856).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marcel Schwob et Georges Guieysse, Etude sur l'argot fran&#231;ais, M&#233;moires de lu Soci&#233;t&#233; de linguistique, t. VII, ann&#233;e 1892.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Sain&#233;an, Les sources de l'Argot ancien Champion, Paris (1912).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albert Dauzat. Les Argots, Delagrave, Paris (1929).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est &#224; la fin du XIIe si&#232;cle que le mot jargon fut remplac&#233; par celui d'argot, pour d&#233;signer le langage de la p&#232;gre. Les principaux &#233;l&#233;ments de formation de l'argot sont : l'image et la m&#233;taphore, la d&#233;rivation synonymique (M. Schwob), l'abr&#233;viation, l'emploi de suffixes, l'anagramme (Louchers-b&#232;me) ; voil&#224; pour les &#233;l&#233;ments originaux. Ses &#233;l&#233;ments emprunt&#233;s le sont &#224; l'ancien fran&#231;ais et aux patois ; quelques emprunts au fourbesque (italien) et &#224; la germania (espagnol). Depuis &lt;br class='autobr' /&gt;
la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie, l'argot a fait des emprunts &#224; l'arabe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'histoire de la rue Zacharie</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=133</link>
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		<dc:date>2013-03-06T18:42:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce nom de Zacharie est une alt&#233;ration de Sacalie, &#224; cause d'une maison d&#233;nomm&#233;e &#171; M&#233;son Sacalie &#187; qui existait au XI&#232;me si&#232;cle, et qui avait &#233;t&#233; donn&#233;e par le prieur de Saint-Martin-des-Champs &#224; son monast&#232;re. De Sacalie, on fit Sac &#224; lit, Sac-Alie et enfin Zacharie. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1240, c'&#233;tait la rue Orillon ; en 1366 la rue des Bouticles, &#224; cause de bouticles ou boutiques servant &#224; conserver le poisson ; de 1379 &#224; 1421, ce fut la rue Thibaut-aux-Broches (aux Hame&#231;ons). &lt;br class='autobr' /&gt;
La partie situ&#233;e entre le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce nom de Zacharie est une alt&#233;ration de Sacalie, &#224; cause d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
maison d&#233;nomm&#233;e &#171; M&#233;son Sacalie &#187; qui existait au XI&#232;me si&#232;cle, et qui&lt;br class='autobr' /&gt;
avait &#233;t&#233; donn&#233;e par le prieur de Saint-Martin-des-Champs &#224; son&lt;br class='autobr' /&gt;
monast&#232;re. De Sacalie, on fit Sac &#224; lit, Sac-Alie et enfin Zacharie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1240, c'&#233;tait la rue Orillon ; en 1366 la rue des Bouticles, &#224; cause&lt;br class='autobr' /&gt;
de &lt;i&gt;bouticles&lt;/i&gt; ou boutiques servant &#224; conserver le poisson ; de 1379 &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
1421, ce fut la rue Thibaut-aux-Broches (aux Hame&#231;ons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie situ&#233;e entre le quai Saint-Michel et la rue de la Huchette&lt;br class='autobr' /&gt;
s'appelait rue des Trois Chandeliers, nom qui lui venait d'une vieille&lt;br class='autobr' /&gt;
enseigne, le reste de la rue portait le nom de Zacharie qu'elle avait&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; en 1219. En 1851, la rue des Trois Chandeliers fut r&#233;unie &#224; la&lt;br class='autobr' /&gt;
rue Zacharie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/1330893664-Paris-Rue-Zacharie.jpg' width='500' height='477' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au coin de cette rue et de la rue Saint-S&#233;verin &#233;tait autrefois l'Ostellerie&lt;br class='autobr' /&gt;
de la Rose Rouge ; ce cabaret appartenait &#224; un certain Guillaume&lt;br class='autobr' /&gt;
Fouquet, &#233;cuyer d'Isabeau de Bavi&#232;re. C'est l&#224; que &#171; les divins po&#232;tes&lt;br class='autobr' /&gt;
de la pl&#233;iade &#187; se r&#233;unissaient et qu' &#171; ivres d'antiquit&#233;s, ils buvaient&lt;br class='autobr' /&gt;
du vin consacr&#233; dans des peaux de boucs &#187;. Sur la fa&#231;ade de cette&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me maison, on voyait encore au commencement du XVIII&#232;me si&#232;cle une&lt;br class='autobr' /&gt;
pierre de deux pieds carr&#233;s sur laquelle &#233;taient repr&#233;sent&#233;s un homme&lt;br class='autobr' /&gt;
renvers&#233; de cheval et un autre auquel une dame mettait sur la t&#234;te une&lt;br class='autobr' /&gt;
couronne de roses avec ces mots au-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;EN D&#201;PIT DE L'ENVIE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un monument qu'une parente du sire de Clary avait consacr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; ce chevalier qui avait vaincu en champ clos, Pierre de Courtenay,&lt;br class='autobr' /&gt;
chevalier anglais, au temps de Charles VI, et que le duc de&lt;br class='autobr' /&gt;
Bourgogne avait pers&#233;cut&#233;, parce que son favori La Tr&#233;moille n'avait&lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#233;t&#233; aussi heureux que Clary contre Courtenay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue Zacharie s'est appel&#233;e un moment rue Berthe et par alt&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
rue Berthet. De 1611 &#224; 1654, cette petite ruelle, tr&#232;s mal fr&#233;quent&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
fut ferm&#233;e &#224; ses extr&#233;mit&#233;s par ordre du pr&#233;v&#244;t de Paris &#171; pour&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;viter aux accidents qui arrivent, par la mort de plusieurs personnes&lt;br class='autobr' /&gt;
qui y sont tu&#233;es la nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gustave Pessard - &lt;i&gt;Nouveau dictionnaire historique de Paris avec une pr&#233;face de M. Charles Normand&lt;/i&gt; - 1904&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Promenade l&#233;gendaire dans le quartier Mouffetard</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=147</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En s'avan&#231;ant vers le bourg, on &#233;tait d'abord frapp&#233; de la physionomie particuli&#232;rement barbare de ce quartier : c'&#233;tait un r&#233;seau inextricable de ruelles &#233;troites, tortueuses, sombres et puantes ; ruelles toutes ouvertes sans logique, glissantes &#224; d&#233;fier un &#233;quilibriste et perc&#233;es de distance en distance d'immondes culs-de-sac et de hideux carrefours. Enfin, sur ce sol ainsi coup&#233;, on voyait s'&#233;lever des ravins de maisons &#224; fa&#231;ades vermoulues, ratatin&#233;es-et rabougries, des masures dont les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En s'avan&#231;ant vers le bourg, on &#233;tait d'abord frapp&#233; de la physionomie particuli&#232;rement barbare de ce quartier : c'&#233;tait un r&#233;seau inextricable de ruelles &#233;troites, tortueuses, sombres et puantes ; ruelles toutes ouvertes sans logique, glissantes &#224; d&#233;fier un &#233;quilibriste et perc&#233;es de distance en distance d'immondes culs-de-sac et de hideux carrefours. Enfin, sur ce sol ainsi coup&#233;, on voyait s'&#233;lever des ravins de maisons &#224; fa&#231;ades vermoulues, ratatin&#233;es-et rabougries, des masures dont les lucarnes donnaient asile &#224; tous les vents ; des abris, en un mot, dont pour la plupart la pluie avait pourri le bois, gauchi les planches et rong&#233; la toiture. Ajoutons encore &#224; ce tableau deux ou trois carcans et une ou deux poternes ; groupons autour de ces lieux de supplice un populaire souffreteux, jaun&#226;tre, d&#233;guenill&#233; et bruyant, et vous aurez, lecteur, une id&#233;e de ce que voyait, en 14, 15 et 1600, le voyageur aventureux qui se hasardait dans ces parages infects.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/marche_saint_medard.jpg' width='280' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si ce voyageur, pour ramener son &#226;me &#224; de plus douces id&#233;es, allait se recueillir un instant sous la coupole byzantine de Saint-M&#233;dard, et qu'il v&#238;nt ensuite, le couvre-feu une fois sonn&#233;, parcourir de nouveau et solitairement ces tristes ruelles, peut-&#234;tre leur aspect ne lui paraissait-il point alors d&#233;pourvu d'une certaine gr&#226;ce et m&#234;me rev&#234;tu d'un myst&#233;rieux attrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc, la nuit venue, notre voyageur e&#251;t remont&#233; la rue Mouffetard, en se dirigeant vers les abords de la place Maubert, bient&#244;t, au travers des l&#233;zardes capricieuses de la porte Bordet, cette barri&#232;re depuis longtemps enjamb&#233;e de Philippe-Auguste ; bient&#244;t, dis-je, il e&#251;t aper&#231;u la pointe de tourelles d&#233;votes du grand couvent des Carmes et la cime des grands arbres de son jardin ; l'ombre lui aurait cach&#233;, en passant pr&#232;s des enclos des monast&#232;res, les hutte hideuses qui en salissaient le pied, et il n'aurait entrevu &#224; leur fa&#238;te que les capricieux festons des cr&#233;neaux gothiques, se d&#233;coupant en silhouettes noires, sur le ciel bruni. Puis, en s'avan&#231;ant toujours, il e&#251;t infailliblement entendu les chants du Job du moyen &#226;ge ; car pendant trente ans, dit la tradition, un pauvre reclus chanta les sept psaumes de la p&#233;nitence sur un fumier au fond d'une citerne, recommen&#231;ant quand il avait fini, psalmodiant plus haut l&#224; nuit &lt;i&gt;Magna voce per umbras&lt;/i&gt; ; aussi de nos jours encore, l'antiquaire va-t-il demander un souvenir de ces chants aux &#233;chos de la rue du &lt;i&gt;Puits-qui-parle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_517 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;96&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/job.jpg' width='368' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;Un pauvre reclus chanta les sept psaumes de la p&#233;nitence sur un fumier au fond d'une citerne&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et ceci est dans nos privil&#232;ges d'&#233;crivain, si nous supposons que c'est par un beau soir de l'an 1440, que notre voyageur accomplisse sa m&#233;lancolique excursion, bient&#244;t nous le verrons arr&#234;t&#233; autour de la place Maubert, par une rumeur toujours croissante et par les feux de torches toujours plus nombreuses. L'aspect de la place, la sc&#232;ne qui s'y joue, ce d&#233;sordre nocturne, cette foule ameut&#233;e, le coassement de ce peuple sautelant, les lueurs de ces torches rouges se croisant et jouant sur ces masses ondoyantes, puis, au milieu de ce cercle remuant, des huissiers de justice sans chaperon, nu-pieds, tenant chacun une torche ardente du poids de quatre livres, et demandant &#224; tous pardon et mis&#233;ricorde. Toute cette sc&#232;ne lui produira sans doute l'effet d'une myst&#233;rieuse vision ; mais au bruit sans cesse grandissant, &#224; la lueur des torches toujours plus ardentes, le sentiment de la r&#233;alit&#233; revenant &#224; notre h&#233;ros, alors nous le verrons accoster, au milieu de ce mutin populaire, quelque belle ribaude de la rue Traversine ou quelque honn&#234;te gredin de la rue d'Arras, et lui demander le mot de ce sabbat t&#233;n&#233;breux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ribaude ou gredin, fille d'amour ou tireur de laine, voici en substance, ce que devra n&#233;cessairement r&#233;pondre la cr&#233;ature de 1440 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nicolas Aimery, ma&#238;tre en th&#233;ologie, s'est r&#233;fugi&#233;, on ne sait pourquoi, dans l'&#233;glise des Augustins ; or, les huissiers que vous voyez l&#224;, ayant pour le quart-d'heure un pav&#233; pour semelle, se sont avis&#233;s, malgr&#233; la d&#233;fense des Augustins, de violer l'asile, pour se saisir de ma&#238;tre Nicolas. Mal leur en a pris, car les religieux ont de grands privil&#232;ges : ils ont menac&#233; le pr&#233;v&#244;t, et M. le pr&#233;v&#244;t de Paris, pour adoucir les Augustins, a condamn&#233; les huissiers &#224; l'amende honorable dont vous et moi, messire, nous r&#233;galons en ce moment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/carmes.jpg' width='369' height='248' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carmes de la place Maubert. Vue de l'&#233;glise et du clo&#238;tre prise du chapitre - 1790
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant les torches s'&#233;teignent, la foule se dissipe, la queue du cort&#232;ge va bient&#244;t dispara&#238;tre derri&#232;re l'angle que forme sur la place le grand couvent, et sur cette place, agit&#233;e il y a un instant par une rauque multitude et toute embras&#233;e par de fantastiques lueurs, tout est redevenu morne et t&#233;n&#233;breux. Seule, une vacillante lumi&#232;re brille encore derri&#232;re l'ogive &#233;troite de la tourelle orientale des Carmes. Peut-&#234;tre est-ce la lampe du moine &#233;rudit qui a si h&#233;raldiquement d&#233;velopp&#233; l'origine de son ordre ? Mais que ce soit ou non cet illustre savant qui veille, l'historien carme va n&#233;anmoins diriger ici notre plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, son ordre descend en ligne directe du proph&#232;te Elle. C'est en raison de cette descendance, dit-il, que nous portons un manteau semblable &#224; celui que ce proph&#232;te jeta du haut du ciel &#224; son disciple Elys&#233;e. Ce point une fois constat&#233;, l'auteur monacal range dans l'ordre des Carmes tous les proph&#232;tes successeurs d'Elie, tous les chefs de secte et tous les instituteurs de culte. Selon lui, Pythagore fut un Carme tr&#232;s c&#233;l&#232;bre, et Zoroastre un Carme tr&#232;s d&#233;vot. Les Druides de la Gaule &#233;taient aussi des Carmes, et les Vestales de Rome n'&#233;taient autres que des Carm&#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous devons l'avouer, l'auteur montre quelque h&#233;sitation sur la question de savoir si le Christ a &#233;t&#233; moine de cet ordre ; mais toute r&#233;flexion faite, il se d&#233;cide pour l'affirmative, et transforme r&#233;solument en P&#232;re Carme le divin R&#233;dempteur de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/maubert_1848.jpg' width='357' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Souvenirs des journ&#233;es de juin 1848 - D&#233;vastation du poste de la Place Maubert
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, nous allons souffler, pour la dissiper, sur l'ombre gothique que nous avions un instant &#233;voqu&#233;e, et ce sera d'autant plus &#224; propos que sur la place o&#249; nous venons de l'abandonner, rien au monde, au XVe si&#232;cle, n'&#233;tait plus dangereux que de s'y hasarder trop tardivement dans une nuit d'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque surtout, ce coin de Paris &#233;tait redoutable &#224; tout honn&#234;te bourgeois s'avisant de le parcourir &#224; la belle &#233;toile : les officiers du Ch&#226;telet et les sergents de la pr&#233;v&#244;t&#233; ne s'y aventuraient m&#234;me qu'avec de grandes pr&#233;cautions, car les tortueuses ruelles qui s'infiltraient sur le sol boueux de la place Maubert, ainsi que des rigoles dans une mare, rec&#233;laient une effroyable quantit&#233; de filles d'amour, de bandits &#233;m&#233;rites, de coupe-bourse et autres vari&#233;t&#233;s de cette esp&#232;ce. C'est aussi dans les ruelles qui se perdent dans la rue Mouffetard ou, du moins, sont perpendiculaires, parall&#232;les ou tangentes au trac&#233; sinueux qu'elle parcourt, c'est dans ces obscures ruelles, disons-nous, que g&#238;taient les sorciers, les magiciens, les faiseurs de mal&#233;fices et les d&#233;noueurs d'aiguillettes, dont, au dire de l'Estoile, le nombre s'&#233;levait &#224; plus de trente mille ; philosophiques professions qui se sont perp&#233;tu&#233;es jusqu'&#224; nos jours, et qu'exploitent admirablement, au sein du quartier Notre-Dame-de-Lorette, sous le nom de tireuses de cartes, les nombreuses magiciennes du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes de notre &#233;poque, ainsi que celles de 1500, se montrent tr&#232;s avides de ces sortes de proph&#233;ties. Les hommes m&#234;mes ne sont pas toujours exempts de ce faible. C'est &#224; cause de cette cr&#233;dulit&#233; constante pour les choses qui en sont peu dignes, que l'on a gratifi&#233; les Parisiens de l'&#233;pith&#232;te de badauds. &#171; Le peuple de Paris, s'&#233;crie Rabelais, est tant badaud, et tant inepte de nature qu'ung bateleur ou un porteur de rogatons assemblera plus de gens que ne le ferait un bon pr&#233;dicateur &#233;vang&#233;lique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/badauds.jpg' width='221' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce quartier, dans une partie notable de sa population, n'&#233;tait en quelque sorte qu'une annexe &#224; la Cour des Miracles. De ces ruelles sortaient tous les matins et revenaient g&#238;ter chaque nuit, ce tas de vagabonds et de mendiants, de filles d'amour et de sorci&#232;res, de voleurs et de d&#233;bauch&#233;s, gueusant le jour et tuant la nuit, qui obstruaient, infestaient et pillaient tous les recoins du Paris de nos p&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A toutes les &#233;poques, et cela se con&#231;oit, ces pauvres quartiers ont fourni de nombreux contingents &#224; la perturbation. A part les pittoresques bandits que nous venons d'&#233;num&#233;rer, ce qui restait de place dans ce coin perdu de l'Universit&#233; &#233;tait occup&#233; par une populace ignorante, mis&#233;rable et presque constamment en lutte avec les besoins les plus criants. Or, il &#233;tait facile de la soulever, soit en abusant de sa cr&#233;dulit&#233;, soit par l'app&#226;t de quelque convoitise, en lui laissant entrevoir une tr&#234;ve &#224; ses souffrances.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/religieuse_et_sorciere.jpg' width='299' height='458' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Danse macabre des femmes - Une religieuse et une sorci&#232;re - 1491
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, outre les sc&#232;nes accidentelles de d&#233;sordre, dont jamais les occasions ne se faisaient longtemps attendre, il y avait encore des causes permanentes d'agitation, et qui ramenaient, pour ainsi dire, &#224; p&#233;riodes fixes, des tumultes sans fin et des scandales sans nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps imm&#233;morial, certains quartiers se l&#233;guaient leurs haines h&#233;r&#233;ditaires. Ainsi, les habitants du faubourg Saint-Marcel &#233;taient dans un &#233;tat d'hostilit&#233; permanent avec ceux des faubourgs Saint-Jacques et de Notre-Dame-des-Champs ; ils se battaient, se mutilaient et se d&#233;vastaient &#224; qui mieux mieux. La guerre allait m&#234;me si bon train que le Parlement se vit oblig&#233;, pour intimider les batailleurs, de faire planter quatre potences sur les principales ar&#232;nes du combat. La rue Mouffetard vit l'une d'elles se dresser fi&#232;rement sur son pav&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, brochant sur le tout, les pages, les laquais, les &#233;coliers perdus, les moines d&#233;froqu&#233;s, les ouvriers en goguette, et les clercs du palais venaient l&#224; nouer et d&#233;nouer leurs &#233;ph&#233;m&#232;res liaisons et faire retentir l'air de leurs bachiques refrains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Louis Berger - 1844&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Cabaret des Bons Enfants, rue Zacharie - 1767</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;9 F&#233;vrier 1767 &#8212; A une heure et demie apr&#232;s-midi, une maison sise rue de la Huchette, vis-&#224;-vis de la rue Zacharie, tenant &#224; main droite &#224; la maison du sieur Delastre, marchand mercier, la dite maison connue sous le nom de Cabaret des Bons Enfants, s'&#233;tant subitement &#233;croul&#233;e, ensevelit sous ses ruines environ 25 personnes, dont une douzaine au moins moururent sur le champ. Aussit&#244;t ce malheur arriv&#233;, on fut &#224; la paroisse chercher le bon Dieu et l'extr&#234;me-onction qui furent d&#233;pos&#233;s pendant 6 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;9 F&#233;vrier 1767 &#8212; A une heure et demie apr&#232;s-midi, une maison sise rue de la Huchette, vis-&#224;-vis de la rue Zacharie, tenant &#224; main droite &#224; la maison du sieur Delastre, marchand mercier, la dite maison connue sous le nom de Cabaret des Bons Enfants, s'&#233;tant subitement &#233;croul&#233;e, ensevelit sous ses ruines environ 25 personnes, dont une douzaine au moins moururent sur le champ. Aussit&#244;t ce malheur arriv&#233;, on fut &#224; la paroisse chercher le bon Dieu et l'extr&#234;me-onction qui furent d&#233;pos&#233;s pendant 6 heures dans une maison voisine. On fut enchant&#233; du z&#232;le que t&#233;moign&#232;rent dans le premier instant les voisins et les passants pour aider &#224; d&#233;barrasser les malheureux qui &#233;taient sous les ruines. On travailla toute la nuit &#224; fouiller les d&#233;combres, qu'on chargeait &#224; mesure dans des tombereaux et qu'on portait au Parvis Notre-Dame, afin qu'on p&#251;t chercher dedans les effets qui s'y trouveraient. Les bois de charpente furent port&#233;s au March&#233;-Neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Mes loisirs&#034; - par S.-P. Hardy - Journal d'&#233;v&#233;nements tels qu'ils parviennent a ma connaissance (1764-1789)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_432 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/rue_zacharie.jpg' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;5 janvier 1913 - Rue Zacharie - Agence Rol
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le quartier Saint S&#233;verin - 1901</title>
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		<dc:date>2012-11-06T17:59:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; s'&#233;tend maintenant la place Saint-Michel, s'extravasait, au Moyen Age, l'abreuvoir M&#226;con. Adoss&#233; &#224; la rue de la Huchette, il s'allongeait jusqu'&#224; la rue de la Serpent, devenue rue Serpente, jusqu'&#224; la rue de l'Aronde ou de l'Hirondelle, dont, un tron&#231;on existe encore, tel qu'un couloir d&#233;vo&#251;t&#233;, derri&#232;re l'une des maisons de la place qu'elle rejoint &#224; la rue G&#238;t-le-Coeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette rue de l'Aronde, ainsi nomm&#233;e parce qu'une hirondelle peinte sur une enseigne se balan&#231;ait &#224; la porte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L&#224; o&#249; s'&#233;tend maintenant la place Saint-Michel, s'extravasait, au Moyen Age, l'abreuvoir M&#226;con. Adoss&#233; &#224; la rue de la Huchette, il s'allongeait jusqu'&#224; la rue de la Serpent, devenue rue Serpente, jusqu'&#224; la rue de l'Aronde ou de l'Hirondelle, dont, un tron&#231;on existe encore, tel qu'un couloir d&#233;vo&#251;t&#233;, derri&#232;re l'une des maisons de la place qu'elle rejoint &#224; la rue G&#238;t-le-Coeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette rue de l'Aronde, ainsi nomm&#233;e parce qu'une hirondelle peinte sur une enseigne se balan&#231;ait &#224; la porte d'un mauvais g&#238;te, l'on trouvait au treizi&#232;me si&#232;cle deux &#233;tablissements de bains, puis la demeure de deux soeurs sach&#232;tes et le logis qu'habitait dame Kateline qui file l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'abreuvoir m&#234;me, c'&#233;tait un des plus anciens fiefs de la prostitution parisienne. Une ordonnance de saint Louis lui reconnaissait le droit d'h&#233;berger des filles ; mais elles ne s'y confin&#232;rent point et envahirent peu &#224; peu tout le quartier. Dans son po&#232;me du &#171; Dit des rues de Paris &#187;, Guillot les d&#233;nombre complaisamment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_426 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Contreforts_Saint_Severin.jpg' width='452' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Partout, dans son passage au travers de cette paroisse, il les rencontre. En homme obligeant, il recommande de ne pas s'attarder aupr&#232;s d'une telle, hoche la t&#234;te devant une autre, d&#233;clare qu'une troisi&#232;me est de &#171; corps gent &#187;. En quelques mots, il nous montre les fenestri&#232;res et les pierreuses de son temps. Que fut ce Guillot qui, en un indigent &#233;crit, recensa les &#171; bouticles &#224; p&#233;ch&#233;s &#187; de notre ville ? Nul ne le sait, au juste ; une ancienne chronique nous r&#233;v&#232;le pourtant qu'il fut un incomparable cocu et un pieux homme, et c'est tout. Ses renseignements sont, en somme, succincts, et ils seraient, insuffisants pour nous donner un aspect du quartier Saint-S&#233;verin, si la Taille de Paris sous Philippe le Bel, &#233;dit&#233;e en 1837, par M. G&#233;raud, chez Crapelet, ne nous permettait de conna&#238;tre, par le d&#233;tail, les maisons, les m&#233;tiers, les habitants m&#234;me de chaque rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms de ces rues, &#224; peine alt&#233;r&#233;s, figurent encore sur l'&#233;mail bleu des plaques. Pourtant, dans cette Taille de Paris, la rue de la Huchette manque, mais nous savons que, trac&#233;e sur l'emplacement d'un vignoble appel&#233; le clos Laas, elle existait &#224; cette &#233;poque et devait le parrainage de son nom &#224; la marque bien connue d'un bon huchier. Elle &#233;tait, sur la rive gauche, ce qu'&#233;tait, sur la rive droite, la rue aux Ours, primitivement baptis&#233;e du sobriquet de &#171; rue o&#249; l'on cuit les oies &#187;, le camp achaland&#233; des r&#244;tisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au dix-septi&#232;me si&#232;cle, elle leur emprunta m&#234;me son nom, puis elle reprit sa premi&#232;re d&#233;nomination, apr&#232;s l'&#233;parpillement dans Paris des tournebroches. A l'heure actuelle, elle s'ouvre sur le boulevard Saint-Michel, entre un marchand de vin et un caf&#233;. Assez large d&#232;s sa naissance, grossie par l'affluent de la rue de la Harpe qui se jette sur elle en plein flanc, elle va en se r&#233;tr&#233;cissant, chemine entre une haie d&#233;band&#233;e de huttes maussades et d'h&#244;tels louches. Les entr&#233;es de ces maisons sont des fissures ; tant&#244;t l'escalier, plant&#233; au ras des trottoirs, se perd, en montant avec ses marches d'escabeau, dans un fond de nuit ; tant&#244;t, au contraire, il appara&#238;t au loin, tout, au bout d'un couloir de cave, et grimpe, &#233;clair&#233; par un jour sans or, comme pass&#233; au travers d'une potion trouble. C'est, en plein midi, le cr&#233;puscule ; et ces corridors, dont les pierres pleurent, des larmes d'encre, sont pr&#233;c&#233;d&#233;s, pour la plupart, de portes basses et si &#233;troites que l'on ne sait, vraiment quelles personnes sp&#233;cialement &#233;tiques, sp&#233;cialement naines, peuvent, p&#233;n&#233;trer dans ces chas d'aiguilles, m&#234;me en s'effa&#231;ant, m&#234;me en se glissant de profil.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_423 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/entree_rue_severin_vue_du_Boulevard.jpg' width='466' height='265' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Entr&#233;e de la rue Saint S&#233;verin, v&#173;ue du Boulevard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La rue de la Huchette, qui fut autrefois &#233;gay&#233;e par le fri-fri des l&#232;chefrites, n'est plus aujourd'hui qu'une sente triste ; elle donne naissance &#224; deux ruelles qui la rejoignent &#224; la Seine : l'une, assez longue, sale et tortueuse, la rue Zacharie, est surtout fa&#231;onn&#233;e par des meubl&#233;s de dernier ordre et de bas zings ; elle devait &#234;tre moins malpropre au Moyen Age, alors qu'elle s'appelait Sac-&#224;-Lie, car elle ne poss&#233;dait qu'une taverne et &#233;tait surtout habit&#233;e par des fourbisseurs de lames de sabres et des marchands d'&#233;p&#233;es ; l'autre, la rue du Chat-qui-P&#234;che, est si courte qu'elle semble &#234;tre une simple fente pratiqu&#233;e entre deux murs ; elle est bancroche et humide, noire et d&#233;serte, charmante ; malheureusement, elle se g&#226;te d&#233;j&#224;, pr&#232;s du quai. On l'a &#233;largie sans aucune utilit&#233; puisque personne n'y passe ; elle s'&#233;vase &#224; cet endroit entre deux boutiques dont les &#233;talages peuvent au moins &#233;voquer les souvenirs d'un autre temps : &#224; droite, un &#233;diteur de sciences occultes et, &#224; gauche, un bric-&#224;-brac ; mais, h&#233;las ! celui-ci vient de c&#233;der sa place, il y a quelques jours &#224; peine, aux ing&#233;nieurs de la Compagnie d'Orl&#233;ans, charg&#233;s d'achever le saccage des derniers d&#233;bris du Paris d'antan ! Il aurait fallu que cette ruelle e&#251;t, &#224; son autre extr&#233;mit&#233;, au coin de la rue de la Huchette, une &#233;choppe de livres de th&#233;ologie ou d'images de pi&#233;t&#233; et un marchand de parchemin ou de chasubles, pour la mieux sortir du milieu trop moderne qui l'entoure ; mais ses angles sont occup&#233;s par le galetas d'un menuisier et par un mastroquet dont les vitrines &lt;br class='autobr' /&gt;
bond&#233;es de bouteilles aux goulots engorg&#233;s de glandes montrent les stigmates des maux qu'elles renferment. Elles sont les scrofules de la verrerie, l'an&#233;mie des litres ; elles sont en accord avec les alcooliques et les malheureux qu'elles d&#233;priment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forc&#233;ment, elles ont succ&#233;d&#233; aux fioles bien portantes de jadis, &#224; ces flacons aux cous trapus, aux larges panses, dont les liquides tonifiaient, au lieu de les empoisonner, les gens qui leur demandaient un r&#233;confort. En face de cette ruelle, au num&#233;ro 11 de la rue de la Huchette, une boutique aux carreaux d&#233;polis se recule, para&#238;t sur le point de tomber &#224; la renverse ; sa fa&#231;ade est sans gloire, et elle n'est rien moins cependant que celle du caf&#233; Anglais des indigents, du Cubat des gueux. Si l'on veut y d&#238;ner, il faut apporter avec soi son pain, car ce restaurant n'en fournit pas. La salle est grande, avec son fond d'ancienne cour planch&#233;i&#233;e couverte d'un toit vitr&#233;, en dos d'&#226;ne. A droite, pr&#232;s de l'entr&#233;e, un &#233;tal de boucher, des couperets, un tranchoir et des scies ; &#224; gauche, un comptoir derri&#232;re lequel se tiennent la patronne et sa fille. Elles y d&#233;bitent les plats de luxe, le rosbif, le macaroni, le fromage, les confitures, la marmelade, ou distribuent, sur une soucoupe, une poire avec deux noix ; puis, s&#233;par&#233; de leur comptoir par une courte all&#233;e qui m&#232;ne dans une petite pi&#232;ce, un long fourneau sur lequel un homme r&#233;partit le rago&#251;t de mouton, le lapin et le boeuf ; en fait de l&#233;gumes, des haricots blancs ou rouges, de la pur&#233;e de pois et des lentilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce menu est invariable et dans cet &#233;tablissement, le service n'existe pas. L'on doit donc aller chercher, soi m&#234;me, son assiette, son couteau, son couvert d'&#233;tain et faire queue devant le cuisinier si l'on veut obtenir une portion. P&#232;le-m&#234;me, dans la salle enfum&#233;e par l'haleine des mets, des gens marchent avec pr&#233;caution, tenant un bol &#224; la main, puis s'attablent en silence, la casquette &#233;cras&#233;e sur la nuque, et mangent, tandis que les camarades, qui ont d&#233;j&#224; absorb&#233; l'&#233;ponge enfl&#233;e d'une robuste soupe, campent, d'un air faraud, leurs poings de chaque c&#244;t&#233; de l'assiette, les pointes de la fourchette et du couteau en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette salle o&#249; l'on est si serr&#233; les uns contre les autres que les tabourets sans dossiers se touchent, l'on ne boit g&#233;n&#233;ralement que de l'eau. De rares clients r&#233;clament cependant quelquefois un demi-setier, mais alors un gar&#231;on vient et, donnant donnant, il ne livre la topette que contre argent. En somme, dans ce restaurant, la nourriture est simple, mais elle est r&#233;solument saine ; deux sous de bouillon, quatre sous de boeuf, les dix centimes de pain que l'on a apport&#233;, pour quarante centimes, l'on mange. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens riches et les gourmets peuvent, pour six sous, se r&#233;conforter avec du vrai rosbif. Ce n'est plus, en effet, le torchon mol et rose, la carne d&#233;tremp&#233;e dans l'eau de Seine et s&#233;ch&#233;e sur la t&#244;le d'un four des grands bouillons, c'est de la viande juteuse et qui saigne, de la viande aux sucs rouges. Les pauvres diables aupr&#232;s desquels je m'attablais, au temps o&#249; je scrutais ce quartier dans tous ses coins, &#233;taient bons enfants et serviables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils &#233;taient, pour la plupart, des ouvriers ab&#234;tis par de durs m&#233;tiers, des man&#339;uvres vieillis par les ch&#244;mages. Ils valaient certainement mieux que ceux qui p&#226;turaient derri&#232;re le comptoir de la patronne dans une toute petite pi&#232;ce o&#249; il faut commander une chopine de vin pour &#234;tre admis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/La_rue_du_chat_qui_peche.jpg' width='500' height='209' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La rue du Chat-qui-p&#234;che
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il y a de tout : des artisans honn&#234;tes, des salari&#233;s d'amour, des peintres sans le sou, des po&#232;tes dans la d&#232;che, des copistes ; la rage des d&#233;bines s'y sent. J'y entendis cependant, un soir, entre deux chineurs de bibelots, une conversation instructive et bonhomme qui me parut plus pleine que celles &#233;chang&#233;es par bien des gens du monde dans leurs salons. La chambre &#233;tait comble. Apr&#232;s avoir torch&#233; la sauce d'un &#233;minent rata, mes deux voisins aval&#232;rent une lamp&#233;e de gros bleu et dirent presque en m&#234;me temps : &#171; &#199;a va mieux &#187;. L'un &#233;tait chauve et vo&#251;t&#233;, tr&#232;s maigre ; il avait la m&#226;choire en saillie sous un nez protub&#233;rant, des yeux de chien, ronds et pleins d'eau. Il &#233;tait coiff&#233; d'un b&#233;ret de laine, habill&#233; d'un veston cribl&#233; de taches, d'un large pantalon de charpentier, en velours brun, &#224; c&#244;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;tait grand et gras ; il avait le teint enlumin&#233;, d'&#233;normes moustaches, une mine de camelot avec son nez retrouss&#233; sous des yeux clairs. Il bedonnait dans un complet de cheviotte couleur de farine de lin, avait la t&#232;te couverte d'un melon &#224; bords plats, portait &#224; l'index une bague incrust&#233;e, ainsi que d'un fragment de fromage d'Italie, d'une pierre rouss&#226;tre piquet&#233;e de blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tira de sa poche une lame d'&#233;ventail en &#233;caille. L'autre examina. &#171; C'est du dix-huiti&#232;me &#187;, dit-il. Ils parl&#232;rent, &#224; propos d'&#233;cailles, de tortues ; &#224; propos de tortues, de la Nouvelle-Cal&#233;donie o&#249; ces b&#234;tes abonderaient ; &#224; propos de la Nouvelle-Cal&#233;donie, des conseils de guerre sous la Commune, et la conversation se fixa sur les d&#233;port&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi, fit le gros homme, j'y ai &#233;t&#233; ; &#231;a me conna&#238;t, la Nouvelle ; eh bien ! l&#224;, vrai, ils blaguent, ceux qui se plaignent qu'on les y ait envoy&#233;s. On y &#233;tait libre, on y faisait ce qu'on voulait, il n'y avait que les soldats qui nous gardaient qu'&#233;taient tenus ; puis, mon vieux, ceux qui n'&#233;taient pas des faignants, ils en ont r&#233;colt&#233; du poignon ! Tiens, aussi vrai que je te le dis, moi qui &#233;tais sans le sou, en d&#233;barquant, ben, j'avais fini par monter un caf&#233; et que &#231;a ronflait ! pour s&#251;r, &#231;a valait mieux que de bricoler, comme on fait ici !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_425 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/La_rue_de_Bievre.jpg' width='490' height='480' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La rue de Bi&#232;vre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! mais, alors, dit l'homme au b&#233;ret d'une voix goguenarde, si c'&#233;tait si ronflant que &#231;a, pourquoi donc que toi, qui n'as rien au monde, t'es revenu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parce que, malgr&#233; tout, je m'emb&#234;tais, l&#224;-bas, loin des camarades. Ah ! si c'&#233;tait &#224; refaire ! L'amnistie, vois-tu, &#231;a nous a mis dedans ; c'est dr&#244;le, ce que &#231;a nous a tourn&#233; la boule ; sans elle, ce qu'on serait cal&#233;, maintenant ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme au b&#233;ret leva les &#233;paules, puis, lentement, se parlant &#224; lui-m&#234;me, il murmura : &#171; Moi, pendant la Commune, je turbinais en Afrique ; sans quoi, je me connais, si j'avais &#233;t&#233; ici, c'&#233;tait l'affaire de cinq ou six vertes et j'y &#233;tais ! &#187; Et, apr&#232;s un silence, avec un ind&#233;finissable accent de regret, il ajouta : &#171; Et aujourd'hui, avec les go&#251;ts que j'ai pour la politique, je serais un notable ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel ce restaurant Noblot qui, si l'on consid&#232;re la terrible populace de ces parages, n'est pas trop mal fr&#233;quent&#233; ; mais, nous l'avons dit, il est une bibine de gala, une cantine de luxe. Les bouchons de dernier ordre, les gargotes vraiment inf&#226;mes sont plus loin, au bout de l'ancienne paroisse, dans cette rue de Bi&#232;vre o&#249; demeuraient, au Moyen Age, les bateliers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette rue contient, aujourd'hui, les plus &#233;pouvantables r&#226;teliers que Paris poss&#232;de, des pensions alimentaires o&#249; l'on se repa&#238;t pour quatre sous. C'est l&#224; que toutes les bidoches avari&#233;es, que toutes les charcuteries condamn&#233;es des Halles &#233;chouent. Le matin, vers six heures, l'on apporte ces viandes mortes et qui veulent revivre. Elles sont vertes et noires, vertes dans les parties de graisse, noires dans les autres. On les &#233;pluche, on les sale, on les poivre, on les trempe dans le vinaigre, on les pend pendant quarante-huit heures dans un fond de cour, puis on les accommode et on les sert. C'est, pour les gens qui mangent de cette putr&#233;faction mat&#233;e, la dysenterie en quelques heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me rue, d'autres restaurants s'&#233;talent, moins redoutables. L&#224;, on ne pr&#233;pare que des l&#233;gumes, surtout des haricots que l'on cuit, dans de la potasse. Quand ils sont simplement gonfl&#233;s, l'on enfonce dans la bassine une cuiller&#233;e de saindoux et l'on d&#233;bite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La portion co&#251;te deux sous ; joignez-y deux sous de pain et une canette de bi&#232;re fabriqu&#233;e avec Dieu sait quoi ! et qui vaut, elle aussi, dix centimes,&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'on peut pour six sols se procurer l'illusion d'&#234;tre nourri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois par semaine, ces maisons appr&#234;tent du mo&#251;t de veau aux pommes. C'est le grand r&#233;gal des purotins qui, s'ils ont quatre sous, b&#226;frent voracement cette viande creuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute enfin, pour les gens &#224; l'aff&#251;t de bonnes et de sales affaires, que ce m&#233;tier d'empoisonneur des pauvres h&#232;res est excellent, car ceux qui le pratiquent font fortune en cinq ans et se retirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joris-Karl Huysmans (1848-1907) - &lt;i&gt;La bi&#232;vre, les Gobelins, Saint-S&#233;verin&lt;/i&gt; - 1901&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des filles publiques sous Philippe-Auguste</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=90</link>
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		<dc:date>2012-08-30T12:46:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce roi, pour la s&#251;ret&#233; de sa vie, menac&#233;e, dit-on, par les assassins du Vieux-de-la-Montagne, ou plut&#244;t par une troupe de jeunes gens, que Richard, roi d'Angleterre, faisait &#233;lever dans l'art de braver la mort, en assassinant tous ceux que leur roi leur d&#233;signait, s'entoura d'hommes courageux, propres &#224; d&#233;fendre sa personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces hommes furent nomm&#233;s les Ribauds. Leur chef portait le titre de Roi des ribauds ; il avait plusieurs emplois et pr&#233;rogatives, au nombre desquelles les filles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=6" rel="directory"&gt;L&#233;gendes de Jacques Yonnet&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/phil_aug.jpg' width='447' height='250' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Philippe Auguste - Philippe II (roi de France - 1165-1223)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce roi, pour la s&#251;ret&#233; de sa vie, menac&#233;e, dit-on, par les assassins du &lt;strong&gt;Vieux-de-la-Montagne&lt;/strong&gt;, ou plut&#244;t par une troupe de jeunes gens, que Richard, roi d'Angleterre, faisait &#233;lever dans l'art de braver la mort, en assassinant tous ceux que leur roi leur d&#233;signait, s'entoura d'hommes courageux, propres &#224; d&#233;fendre sa personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes furent nomm&#233;s les Ribauds. Leur chef portait le titre de Roi des ribauds ; il avait plusieurs emplois et pr&#233;rogatives, au nombre desquelles les filles publiques qui suivaient la cour, &#233;taient tenues de faire son lit pendant tout le mois de mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce roi des ribauds gardait les portes du palais, &#233;tait bourreau, partageait avec le pr&#233;v&#244;t les d&#233;pouilles des condamn&#233;s, avait l'inspection et la police des jeux de hasard, des maisons de prostitution, ainsi que des femmes publiques qui suivaient ordinairement la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prostitution n'emportait point note d'infamie ; c'&#233;tait une profession reconnue, autoris&#233;e. C'&#233;tait une corporation qui avait ses r&#233;glemens, ses coutumes et ses privil&#232;ges ; celles qui suivaient la cour, sous la d&#233;pendance du roi des ribauds, &#233;taient qualifi&#233;es de prostitu&#233;es royales (merctrices regias). Sainte Madeleine &#233;tait leur patronne. Ce fut Saint-Louis qui les obligea &#224; porter certains habits pour les distinguer des honn&#234;tes femmes. &lt;i&gt;(Voyez Ducange)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Antoine Dulaure - &lt;i&gt;Singularit&#233;s historiques contenant ce que l'histoire de Paris et de ses environs offre de plus piquant et de plus extraordinaire&lt;/i&gt; - 1825&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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