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	<title>Paris Anecdote</title>
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		<title>Le march&#233; aux crapauds - 1878</title>
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		<dc:date>2014-06-02T12:50:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



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&lt;p&gt;Vous avez bien lu. Ce titre n'est pas &#8212; ce qu'il semble de prime abord &#8212; une figure de rh&#233;torique ou l'une de ces stup&#233;fiantes enseignes qui, mieux qu'un coup de grosse caisse, arr&#234;tent les badauds par l'annonce de choses impossibles. Il s'agit r&#233;ellement du reptile amphibie, ovipare, grossi&#232;re &#233;bauche tapie dans l'ombre, qui partage avec l'araign&#233;e le triste privil&#232;ge d'inspirer au beau sexe une horreur instinctive ; &#8212; horreur imm&#233;rit&#233;e, qui nous &#233;tonne, avouons-le, car, d'habitude, avant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous avez bien lu. Ce titre n'est pas &#8212; ce qu'il semble de prime abord &#8212; une figure de rh&#233;torique ou l'une de ces stup&#233;fiantes enseignes qui, mieux qu'un coup de grosse caisse, arr&#234;tent les badauds par l'annonce de choses impossibles. Il s'agit r&#233;ellement du reptile amphibie, ovipare, grossi&#232;re &#233;bauche tapie dans l'ombre, qui partage avec l'araign&#233;e le triste privil&#232;ge d'inspirer au beau sexe une horreur instinctive ; &#8212; horreur imm&#233;rit&#233;e, qui nous &#233;tonne, avouons-le, car, d'habitude, avant de regarder &#224; la forme, &#224; la beaut&#233; plastique, la femme regarde aux sentiments, et le crapaud a l'amour des siens pouss&#233; jusqu'&#224; la derni&#232;re puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous cite &#201;n&#233;e portant son p&#232;re infirme dans ses bras ; peintres et sculpteurs ont mille fois repr&#233;sent&#233; cette sc&#232;ne touchante. Mais quel En&#233;e, mais qui d'entre nous porterait, comme le crapaud, toute sa famille sur l'&#233;chine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notez que cet amphibie n'est pas seulement bon pour ses proches ; il est encore excellent pour les mara&#238;chers, dont il prot&#232;ge les salades. Telle est m&#234;me la raison pour laquelle il se cote &#224; des prix r&#233;mun&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;couvert ce march&#233;, sans contredit le plus curieux de la capitale, pr&#232;s du Jardin des Plantes, dans ce vieux quartier Saint-Marcel qui semble s'&#234;tre acquis &#224; toujours le monopole des excentricit&#233;s. Il se tient une fois par semaine, du printemps &#224; l'automne, le mercredi matin, de tr&#232;s-bonne heure, dans un terrain vague que s&#233;pare une cl&#244;ture en planches de la rue Geoffroy Saint-Hilaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_899 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/rue_geoffroy_st_hilaire_1a.jpg' width='326' height='490' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hopital de la Piti&#233; - Batiment sur la rue Geoffroy Saint-Hilaire
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://parisavant.com/?showimage=1228&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : ParisAvant.com&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'installation en est tr&#232;s-simple. Dans une cinquantaine de tonneaux d&#233;fonc&#233;s grouille avec bruit l'affreuse marchandise. Et c'est tout. Pas d'autres frais d'&#233;talage ; pas m&#234;me un batracien en montre pour s&#233;duire la rare client&#232;le. Il est vrai que les vendeurs font merveilleusement l'article. Ils trouvent leurs crapauds superbes, adorables. Ils en parlent avec la volubilit&#233; de langue d'une comm&#232;re de faubourg et le geste admiratif d'un b&#233;quillard de la grande arm&#233;e mesurant de l'&#339;il la colonne Vend&#244;me. Ils en seraient les p&#232;res qu'ils ne s'en montreraient pas plus fiers. A chacun son orgueil. Si vous voyiez s'&#233;chauffer ces honorables industriels, &#224; la mani&#232;re des avocats plaidant une mauvaise cause, vous croiriez malgr&#233; vous &#224; leurs affirmations &#233;nergiques ; et s'il en &#233;tait autrement, je vous conseillerais de n'en pas rire, car ils vous trouveraient &#171; rien b&#234;tes &#187; et le diraient en vous lan&#231;ant un jet de salive du coin des l&#232;vres ou en d&#233;chargeant une de leurs narines sur votre habit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont de jeunes hommes en blouse et bourgeron bleus, &#224; mine insolente, &#224; chevelure coup&#233;e d'oreille &#224; oreille, pommad&#233;e et soigneusement divis&#233;e, du milieu du front &#224; la naissance du cou, sous une casquette de soie noire ; lovelaces de barri&#232;re qui tous ont une grosse bague au doigt, car il n'existe pas plus de &#171; beaux &#187; de cette esp&#232;ce sans bague que de gar&#231;ons &#233;piciers sans engelures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de ma visite au march&#233;, le ciel &#233;tait couvert ; de lourds nuages, rasant les hauteurs de Montsouris, se tra&#238;naient &#224; quelques m&#232;tres au-dessus des maisons. Humide &#233;tait l'atmosph&#232;re, charg&#233; d'averses l'horizon ray&#233; de noir. Aussi la gent batracienne coassait-elle au point de se d&#233;chirer la gorge. Cou&#226; ! cou&#226; ! cou&#226; ! c'&#233;tait un vacarme &#233;pouvantable, assourdissant, dont les &#233;nergum&#232;nes de la Bourse, &#224; l'heure des affaires, pourraient seuls donner une juste id&#233;e. De temps en temps, les vendeurs, arm&#233;s de triques, frappaient de grands coups sur les tonneaux, de m&#234;me qu'au moyen &#226;ge les serfs battaient l'eau des foss&#233;s autour des manoirs pour emp&#234;cher les grenouilles de troubler le sommeil du ma&#238;tre, et soudain se taisaient tous les reptiles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis bient&#244;t un recommen&#231;ait, un autre r&#233;pondait, et le ch&#339;ur reprenait en formidable crescendo.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_900 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;80&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/crapaud.jpg' width='500' height='438' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustrations de Histoires naturelles - Pierre Bonnard - 1904
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2100065f/f38.item.r=crapaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'accord &#233;tait parfait, ce qui prouve &#8212; n'en d&#233;plaise aux musiciens &#8212; que l'accord parfait n'est pas toujours agr&#233;able &#224; l'oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224; plusieurs personnes : un Anglais et sa fille, munis chacun d'un vaste panier ; un capitaine en retraite, atteint d'une incurable misanthropie depuis que le g&#233;n&#233;ral ministre de la guerre lui avait refus&#233;, pour cause politique, un grade sup&#233;rieur dans l'arm&#233;e territoriale ; un &#201;gyptien, arriv&#233; la veille du Caire ; deux provinciaux : l'un citadin l'autre campagnard, tous deux d'allure assez comique, s'&#233;bahissant comme des veaux au passage &#224; toute vapeur d'un train de voie ferr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Anglais promenait au-dessus des tonneaux sa t&#234;te s&#233;rieuse encadr&#233;e de longs favoris. Aussi roide dans son faux col et son &#233;troit v&#234;tement que s'il e&#251;t aval&#233; le sabre de Marlborough, il ouvrait ses maigres jambes, sans articulations apparentes, et marchait &#224; pas &#233;gaux, pareil &#224; un compas sous la main d'un employ&#233; du cadastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa fille, miss &#233;th&#233;r&#233;e au regard d'azur, &#224; la carnation rose-th&#233;, aux cheveux ardents, taill&#233;s, semblait-il, dans un rayon de soleil, &#233;tait une de ces po&#233;tiques cr&#233;atures d'outre-Manche qui contemplent, ravies, les splendeurs du ciel en avalant un verre de rhum. Sur sa mignonne bouche en c&#339;ur errait un sourire ineffable, tandis que, du bout de son ombrelle, elle cherchait distraitement &#224; crever les yeux ouverts au fond des crapaudi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaine l'observait en grognant. Boutonn&#233; dans sa redingote &#224; taille, la t&#234;te relev&#233;e par un carcan de crin, les l&#232;vres pliss&#233;es sous sa moustache en brosse, il s'approcha de la jeune fille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_901 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/lecon_aux_anglais.jpg' width='500' height='636' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;on aux &#233;trangers ou l'Anglais a Paris - 1815
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6954364f.r=anglais+%C3%A0+paris.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'Anglais, qui l'aper&#231;ut, s'inclina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur,dit-il, v&#244; peut-&#234;tre achetez, comme mo&#226;, des crapauds pour les mara&#238;chers de London ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, repartit le capitaine d'un air bourru, je ne comprends pas votre langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, goddam ! je exprimai mo&#226; en fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, vous ne pouvez pas vous exprimer en fran&#231;ais, parce que &lt;br class='autobr' /&gt;
vous &#234;tes Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais puisque v&#244; r&#233;pondez aux paroles de mo&#226; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, par amour de mon pays, j'ai toujours refus&#233; de comprendre les fils de la tra&#238;tresse Albion. Est-ce clair ? Ne r&#233;pliquez pas ; assez ! ou je vous fais descendre de vos &#233;chasses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais, sir, objecta la jeune miss, qui ne saisissait qu'imparfaitement les mots, mo&#226; assurai v&#244; que papa n'avait point d'&#233;chasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allons donc, mademoiselle ! Esp&#233;reriez-vous me faire croire que ce qu'a monsieur votre p&#232;re dans le pantalon, ce sont de v&#233;ritables jambes ? Pour qui me prenez-vous tous deux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, balbutia l'Anglais, je ai beaucoup fort le regret d'avoir offens&#233; v&#244;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et moi, monsieur, j'ai doublement le regret d'avoir fait votre d&#233;sagr&#233;able connaissance, car je n'aime ni votre &#233;go&#239;ste patrie, ni les sots qui se mettent, comme vous, des b&#226;tons dans les jambes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette boutade, le capitaine tourna le dos &#224; l'Anglais, qui ne sourcilla pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, vraiment, le capitaine n'avait pas de chance. Il se trouva nez &#224; nez avec les deux provinciaux, qui parlaient au milieu d'un groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Cela vous &#233;tonne ? disait le citadin ; croyez-moi, cependant, messieurs. Cette fi&#232;vre intermittente, qui durait depuis vingt-deux mois, m'avait conduit &#224; deux pouces de la tombe. En vain avais-je aval&#233; des quintaux de quinine. P&#226;le comme un cadavre, maigre comme un squelette, je ne tenais plus sur pied. Eh bien ! messieurs, un crapaud, mis secr&#232;tement dans un sachet et port&#233; durant une semaine sur ma poitrine, m'a radicalement gu&#233;ri. Il est indispensable, pour l'efficacit&#233; du rem&#232;de, d'ignorer le contenu de l'amulette. Il est m&#234;me imprudent, para&#238;t-il, de l'ouvrir tout de suite apr&#232;s la cure ; mais je suis un esprit fort... Maintenant, messieurs, si vous d&#233;sirez savoir &#224; quelle cause doivent &#234;tre attribu&#233;es les vertus occultes de ce laid animal, si c'est &#224; sa bave ou &#224; son venin, je vous prierai d'attendre avec moi la r&#233;ponse que je suis venu demander &#224; l'Acad&#233;mie de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, dit le capitaine, vous me rendrez tout particuli&#232;rement service en me communiquant cette r&#233;ponse, car un crapaud m'a gu&#233;ri moi-m&#234;me du diab&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage du provincial s'illumina ; sa bouche s'ouvrit toute ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! murmura-t-il avec une agr&#233;able surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, monsieur. Bien plus : ma femme, par le m&#234;me proc&#233;d&#233;, fut gu&#233;rie, l'ann&#233;e derni&#232;re, d'un cancer int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le provincial rayonnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! fit-il encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, monsieur, et ce n'est pas tout. Mon oncle, vieillard de quatre-vingt-trois ans, vient d'&#234;tre sauv&#233; du chol&#233;ra-morbus de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le provincial crevait de joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! vraiment, monsieur ! s'&#233;cria-t-il avec extase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, le capitaine changea de ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D'o&#249; &#234;tes-vous, monsieur ? demanda-t-il d'une voix s&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis de Rib&#233;rac, monsieur, &#224; votre service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ha ! ha ! vous &#234;tes de Rib&#233;rac ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, monsieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Eh bien ! je m'en doutais !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_903 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;106&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/sganarelle.jpg' width='500' height='363' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Costumes de th&#233;&#226;tre XIXe si&#232;cle - Dugazon, r&#244;le de Sganarelle, dans Le Festin de pierre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84555511/f64.item.hl.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le provincial commen&#231;ait &#224; perdre contenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Seriez-vous, par hasard, un parent de Sganarelle ? continua le capitaine avec humeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, pas que je sache... je ne le connais point... Mais pourquoi, monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parce que votre crapaud ressemble beaucoup &#224; l'onguent dont ce m&#233;decin de Moli&#232;re frotta le gar&#231;on qui s'&#233;tait bris&#233; la t&#234;te, les bras et les jambes en tombant du haut du clocher de sa paroisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, vous vous moquez ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non, monsieur, je ne me moque pas des imb&#233;ciles ; je les plains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le provincial s'aplatit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ami, le campagnard, voulut lui pr&#234;ter aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, dit-il au capitaine, je vous parie un gigot...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci le regarda sous le nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un gigot ou une c&#244;telette ? interrogea-t-il d'un air railleur. Vous ne pariez que &#231;a, vous autres ! Eh ! que ne pariez-vous un dindon, au moins vous serviriez d'enjeu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Possible, monsieur ; mais je vous parie ce que vous voudrez... douze gigots, l&#224; ! que le crapaud rend les fi&#233;vreux &#224; la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein ? vous &#234;tes de Rib&#233;rac, vous aussi, n'est-ce pas ? Et je jurerais que vous &#234;tes &#233;lecteurs tous deux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup de poing, le capitaine enfon&#231;a son chapeau sur l'oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voil&#224;, rugit-il, des pleutres qui sont &#233;lecteurs ; et moi, ex-capitaine de la deuxi&#232;me du quatri&#232;me du trente-et-uni&#232;me, bless&#233;, m&#233;daill&#233;, d&#233;cor&#233;, retrait&#233;, je ne peux obtenir le commandement d'un bataillon de p&#233;kins ! Ah ! certes, je ne m'&#233;tonne plus que les gouvernements se perdent !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette altercation, l'Anglais achetait des crapauds par douzaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retroussant leurs manches jusqu'aux coudes, les vendeurs plongeaient sans h&#233;sitation leurs bras nus dans les tonneaux et livraient les batraciens qui, directement exp&#233;di&#233;s en Angleterre, ont pour mission de d&#233;vorer dans les jardins les insectes nuisibles aux plants de l&#233;gumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix de la douzaine varie, suivant la saison, entre deux francs quarante centimes et six francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune miss soupesait un &#224; un les crapauds dans sa main d&#233;gant&#233;e, leur palpait d&#233;licatement le ventre, et quand l'examen r&#233;pondait &#224; son attente, elle disait un mot : good ou well, et la b&#234;te disparaissait dans son panier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_902 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;177&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/egyptien.jpg' width='500' height='695' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Exposition universelle, Paris, 1889, 25 vignettes scolaires en couleur repr&#233;sentant l'&#233;volution de l'habitation humaine, don du prince Roland Bonaparte - 1889
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8470084p/f8.item.hl.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source : Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec un &#233;tonnement tr&#232;s-excusable, l'&#201;gyptien consid&#233;rait d'un &#339;il trouble cette curieuse sc&#232;ne. Rouge &#233;carlate, son visage ne se distinguait du fez qui lui couvrait le front que par un luisant de vernis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa peau semblait pr&#232;s de craquer comme un satin trop tendu. Aussi gros qu'une tonne, son ventre e&#251;t pu servir de crapaudi&#232;re. On y entendait, du reste, des borborygmes, des bruits pareils &#224; ceux des lieux bas, humides et sales qu'affectionnent les reptiles. Peut-&#234;tre cet homme appartenait-il &#224; quelque secte de derviches avaleurs de crapauds et se trouvait-il l&#224; pour en manger. Mais ce qu'il avalait sup&#233;rieurement, c'&#233;tait le vin. Compar&#233;s &#224; celui-ci, les trois buveurs de notre fabrique de chapelure n'&#233;taient qu'enfants au maillot. Il avait six poches &#224; son v&#234;tement, et une bouteille dans chaque poche. De quart d'heure en quart d'heure, il en vidait une &#224; longs traits, puis il allait se coller un instant &#224; la palissade, comme certains personnages des kermesses de Teniers, et sans cesse il recommen&#231;ait ce man&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant une de ses courtes absences, le capitaine, qui se plaisait &#224; bousculer tout le monde, le rejoignit et, l'appr&#233;hendant au collet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, dit-il, c'est d&#233;fendu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, c'est permis au Nil ! riposta l'&#201;gyptien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ciel gris s'abaissait, enveloppant les maisons de teintes nacr&#233;es. Au loin, les passants prenaient l'aspect d'ombres mouvantes et les parapluies commen&#231;aient &#224; s'ouvrir. De larges gouttes, tombant d'aplomb, se plaquaient sur le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;gyptien, qui n'aimait pas l'eau, partit le premier, sans dessiner d'arabesques, en droite ligne, solide comme une statue de bronze coul&#233;e sur du granit. Les provinciaux, qui craignaient de g&#226;ter leur toilette des dimanches, s'en all&#232;rent ensuite. L'Anglais et sa fille les suivirent de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rest&#233; seul, n'ayant plus personne &#224; maltraiter, le capitaine tourna sa fureur contre les crapauds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quoi ? Quoi ? Quoi ?...Vous m'interrogez ?... s'&#233;cria-t-il. Vous d&#233;sirez savoir mon opinion sur votre compte ?... Eh bien ! vous &#234;tes de s....f.... b&#234;tes, incapables de prot&#233;ger la graine d'&#233;pinards que j'avais sem&#233;e dans mes campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/trappeurs-2.jpg' width='500' height='298' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fossard et son bastringue - 1865</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait un brigand d'une force, d'une audace et d'une beaut&#233; singuli&#232;res, que ce Fossard. Quand il s'est &#233;vad&#233; du bagne, o&#249; des m&#233;faits ant&#233;rieurs l'avaient fait condamner &#224; perp&#233;tuit&#233;, il avait con&#231;u et m&#251;ri, depuis longtemps, le projet de voler, non seulement l'or de la Biblioth&#232;que, mais celui de la Bourse, mais celui de la maison Laffitte et Caillard, etc., etc., au moyen de clefs qu'il s'&#233;tait fabriqu&#233;es, &#224; l'aide d'empreintes en cire prises sur toutes les serrures, par les for&#231;ats (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait un brigand d'une force, d'une audace et d'une beaut&#233; singuli&#232;res, que ce Fossard. Quand il s'est &#233;vad&#233; du bagne, o&#249; des m&#233;faits ant&#233;rieurs l'avaient fait condamner &#224; perp&#233;tuit&#233;, il avait con&#231;u et m&#251;ri, depuis longtemps, le projet de voler, non seulement l'or de la Biblioth&#232;que, mais celui de la Bourse, mais celui de la maison Laffitte et Caillard, etc., etc., au moyen de clefs qu'il s'&#233;tait fabriqu&#233;es, &#224; l'aide d'empreintes en cire prises sur toutes les serrures, par les for&#231;ats lib&#233;r&#233;s, ses correspondants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de lui-m&#234;me que je tiens ce d&#233;tail effrayant, pendant sa d&#233;tention &#224; Bic&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il fut amen&#233; dans cette prison, on saisit sur lui, c'est-&#224;-dire en lui, plusieurs billets de mille francs cach&#233;s, avec son bastringue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_845 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/bicetre-2.jpg' width='433' height='585' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ferrement des for&#231;ats &#224; Bic&#234;tre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bastringue ! Qu'est-ce cela ? Voici : Les malfaiteurs appelant jouer du violon, l'action de scier ses fers, ils ont donn&#233;, par m&#233;tonymie, le nom de bastringue &#224; l'&#233;tui qui renferme leurs scies et leurs autres outils d'&#233;vasion. Or, cet &#233;tui, qui est de buis, d'ivoire, de fer blanc, ou d'argent, les voleurs se le cachent profond&#233;ment dans une partie int&#233;rieure du corps o&#249;, pendant longtemps, on n'a pas eu l'id&#233;e de le chercher. C'est pourquoi les simples, &#224; la vue de la facilit&#233; avec laquelle certains bandits coupaient les barreaux de leur prison, et se d&#233;barrassaient de leurs cha&#238;nes, se sont, pendant le m&#234;me temps, imagin&#233; qu'ils connaissaient une herbe ayant la propri&#233;t&#233; de couper le fer. Mais, aujourd'hui, cette herbe est parfaitement connue. Ce n'est autre chose qu'un ressort de montre admirablement tremp&#233; et dentel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lui-m&#234;me, cet &#233;tui &#8212; contenant et contenu &#8212; m'a paru si curieux, que j'ai pens&#233; que mes lecteurs le seraient peut-&#234;tre aussi de le connaitre. &lt;a href=&#034;http://books.google.fr/books?jtp=372&amp;id=QZ0uAAAAYAAJ&amp;hl=fr#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le voici donc&lt;/a&gt;, tel que je l'ai fait dessiner, d'apr&#232;s nature, &#224; Bic&#234;tre, sur l'original m&#234;me saisi en Fossard, par un artiste habile, Cloquemin, r&#233;cemment tomb&#233; dans le guet-apens tendu par Vidocq, sous le nom de vol de la barri&#232;re Fontainebleau, comme je l'expliquerai en son lieu. Bastringue fameux celui-l&#224; !... Et historique, dans les annales du Monde des Coquins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.-M. Moreau-Christophe - Ancien inspecteur g&#233;n&#233;ral des prisons, etc. - &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://books.google.fr/books?jtp=46&amp;id=QZ0uAAAAYAAJ&amp;hl=fr#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vari&#233;t&#233;s de coquins - Le monde des coquins (Deuxi&#232;me partie)&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; - 1865&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61848n/f2.image.r=Les%20Brigands%20et%20bandits%20c%C3%A9l%C3%A8bres.langFR&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/brigands_et_celebres.jpg' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Th&#233;&#226;tre de l'impasse de la Pompe - 1850</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=238</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En tournant le dos &#224; la colonne de Juillet, place de la Bastille, presque &#224; l'entr&#233;e de la rue Saint-Antoine, &#224; gauche d'o&#249; se trouvait la porte de ce nom construite en 1583 et d&#233;molie en 1778, la premi&#232;re rue que l'on rencontre est la rue Jacques-C&#339;ur qui vient aboutir au boulevard Henri IV. Au num&#233;ro 226 de la rue Saint Antoine, il existe actuellement un magasin de cordonnerie ; ce magasin occupe l'emplacement du cul-de-sac de la Pompe. La pompe qui avait donn&#233; son nom &#224; ce cul-de-sac (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En tournant le dos &#224; la colonne de Juillet, place de la Bastille, presque &#224; l'entr&#233;e de la rue Saint-Antoine, &#224; gauche d'o&#249; se trouvait la porte de ce nom construite en 1583 et d&#233;molie en 1778, la premi&#232;re rue que l'on rencontre est la rue Jacques-C&#339;ur qui vient aboutir au boulevard Henri IV. Au num&#233;ro 226 de la rue Saint Antoine, il existe actuellement un magasin de cordonnerie ; ce magasin occupe l'emplacement du &lt;i&gt;cul-de-sac de la Pompe&lt;/i&gt;. La pompe qui avait donn&#233; son nom &#224; ce cul-de-sac n'&#233;tait pas tout &#224; fait en face. Sa place &#233;tait derri&#232;re le comptoir du marchand de vin du num&#233;ro 228.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_785 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/colonne_de_juillet.jpg' width='500' height='715' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Transfert des reliques des Martyrs de juillet 1830 &#224; la Bastille, le 24 juillet 1840
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette pompe &#233;tait banale ; elle alimentait les tonneaux des Auvergnats quand le m&#233;tier de porteur d'eau &#233;tait florissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la cuisine de ce marchand de vin, il reste une partie du mur de l'enceinte du Paris de Philippe-Auguste ; on y voit encore la voussure d'une poterne qui conduisait &#224; la prison de la Bastille ; le mur de ronde existe encore derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sous les caves du num&#233;ro 228 des souterrains tr&#232;s bas qui vont dans plusieurs directions et communiquent &#224; des maisons voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cul-de-sac de la Pompe, il existait un th&#233;&#226;tre qui portait le nom du cul-de-sac ; il &#233;tait impossible de rien voir de plus &#233;trange : le plancher de la sc&#232;ne &#233;tait tr&#232;s &#233;lev&#233;, mais en revanche le plafond &#233;tait tr&#232;s bas et &#233;tait soutenu par un poteau plant&#233; au milieu de la sc&#232;ne, ce qui lui donnait l'aspect d'une soupente. Les artistes qui y jouaient d'ordinaire &#233;taient des bijoutiers, des graveurs et des &#233;b&#233;nistes du faubourg Saint-Antoine. Le r&#233;pertoire &#233;tait compos&#233; de vaudevilles en un acte : &lt;i&gt;Le pauvre Jacques, La Tirelire, 99 Moutons et un Champenois, Bruno le fileur, Renaudin de Caen et Zo&#233; ou l'amant pr&#234;t&#233;&lt;/i&gt;. Le th&#233;&#226;tre fut longtemps &#233;clair&#233; &#224; la chandelle, mais avec le progr&#232;s on y substitua des quinquets qui fumaient abominablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; de l'endroit &#233;tait le concierge, le type du vieux savetier, invariablement coiff&#233; d'un bonnet de coton bleu, ceint du tablier de cuir traditionnel, rapi&#233;c&#233; en maints endroits. Il sortait du trou enfum&#233; qui lui servait de logis, son tire-pied sous le bras et un morceau de poix dans une main. Chaque fois qu'il venait un spectateur &#233;tranger au quartier, il lui servait de guide et le renseignait ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; M'sieu, si vous voulez t'&#234;tre bien plac&#233; pour voir la sc&#232;ne de Mlle Cl&#233;mence et de M. F&#233;lix, faut n'aller vous mettre &#224; c&#244;t&#233; du p&#232;re Cotin, la clarinette. Du c&#244;t&#233; de la contrebasse vous r'cevriez des coups d'archet dans les yeux, et puis, si vous avez envie de dormir, vous pourrez vous appuyer la t&#234;te sur la sc&#232;ne comme les autres ; ah ! pis vous sereriez du c&#244;t&#233; du quinquet qui fuit. Ceux qui jouent au jor d'ojord'hui, c'est ceusse d'ici ; demain, &#231;a s'ra p'&#232;tre ben ceusse du Gros-Caillou ou de la Villette. Dites donc, y para&#238;t qu'un de ces jours nous aurons Fr&#233;d&#233;ric Duma&#238;tre, Melinge ou Bocace ; moi j'aimerais mieux Bouff&#233; ou Gustave du Lazari. Vous riez ? Eh ben ! faut pas rire. Nous avons &#233;vus Talma et mam'selle Mars ! Pardon, j'vous quitte ; mam'zeile Clotilde m'a dit d'y monter un litre : a peut pas jamais jouer sans &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonhomme s'en allait majestueusement en faisant des moulinets avec son tire-pied.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_786 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;54&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/rue_saint_antoine.jpg' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rue Saint-Antoine - 1848 - Eug&#232;ne Cic&#233;ri (1813-1890)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il arrivait souvent que des artistes manquaient ; alors on faisait une annonce. Le public qui y &#233;tait habitu&#233; criait en riant : Lisez les r&#244;les ! Des spectateurs montaient sur la sc&#232;ne et prenaient la brochure, mais comme ils ne voyaient pas clair, ils s'approchaient de la rampe et lisaient en tenant d'une main une chandelle. Le spectacle se terminait parfois par des batailles auxquelles tout le monde se m&#234;lait. C'&#233;tait la jalousie qui en &#233;tait le motif. Ces batailles prenaient des proportions terribles lorsque jouait une grande fille rouge comme une carotte. On l'avait surnomm&#233;e &lt;i&gt;la Calcin&#233;e&lt;/i&gt; &#224; cause de la couleur de ses cheveux. Les voyous disaient d'elle : &#171; Trois jours de plus dans le ventre de sa m&#232;re, elle &#233;tait cuite ! &#187; La bataille termin&#233;e, vainqueurs et vaincus s'en allaient, bras dessous, bras dessus, chez le marchand de vin du coin. Les bless&#233;s &#233;taient pans&#233;s avec des litres. Tout en abreuvant le gosier des artistes, on les abreuvait de compliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ah ! j'sais pas si tu l'touche c'r&#244;le-l&#224;. Et mamzelle Cl&#233;mence, si a continue, elle rentrera s&#251;rement aux Funambules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que les artistes n'&#233;taient pas ambitieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre du cul-de-sac de la Pompe fut ferm&#233; en 1850 et l'impasse disparut lors de l'alignement de la rue Saint-Antoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charles Virma&#238;tre &#8212; &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6496050d/f93.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Paris qui s'efface&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#8212; 1887&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_787 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/paris_qui_sefface.jpg' width='500' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La salle Saint Spire, le p&#232;re Glouton, les Filles-Dieu, le Club de la femme libre - Le Paris qui s'efface de Charles Virmaitre - 1887</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=237</link>
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		<dc:date>2013-10-13T13:11:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La salle Saint Spire &#233;tait situ&#233;e rue Saint-Spire, laquelle donnait rue des Filles-Dieu et impasse de la Grosse-T&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#233;&#226;tre &#233;tait situ&#233; au troisi&#232;me &#233;tage, le propri&#233;taire &#233;tait un chiffonnier, nomm&#233; le p&#232;re Glouton parce qu'il cachait dans un coin de son mannequin une provision de rogatons qu'il disputait aux chiens affam&#233;s, dans les tas d'ordures ; une fois rentr&#233; chez lui, il d&#233;vorait litt&#233;ralement ses rogatons, il cumulait son m&#233;tier de chiffonnier avec les fonctions de directeur. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &lt;i&gt;salle Saint Spire&lt;/i&gt; &#233;tait situ&#233;e rue Saint-Spire, laquelle donnait rue des Filles-Dieu et impasse de la Grosse-T&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre &#233;tait situ&#233; au troisi&#232;me &#233;tage, le propri&#233;taire &#233;tait un chiffonnier, nomm&#233; le &lt;i&gt;p&#232;re Glouton&lt;/i&gt; parce qu'il cachait dans un coin de son mannequin une provision de rogatons qu'il disputait aux chiens affam&#233;s, dans les tas d'ordures ; une fois rentr&#233; chez lui, il d&#233;vorait litt&#233;ralement ses rogatons, il cumulait son m&#233;tier de chiffonnier avec les fonctions de directeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_780 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/rue_saint_spire.jpg' width='390' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;En rouge la rue Saint Spire - Plan de Paris de 1830 de Goujon et Andriveau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Impossible de rien imaginer de plus sordide que la sc&#232;ne (on l'avait surnomm&#233;e la promenade aux entorses), les planches disjointes paraissaient frott&#233;es d'huile ; les portants &#233;taient un rafistolage de vieux morceaux de bois et de voliges pourries, les coulisses &#233;taient en papiers peints ramass&#233;s dans les d&#233;molitions ; la toile &#233;tait faite avec de l'&#233;toffe de torchons &#224; quatre sous et &lt;i&gt;maroufl&#233;e&lt;/i&gt; avec des images d'Epinal et des gravures de journaux illustr&#233;s ; dans ses p&#233;r&#233;grinations nocturnes le &lt;i&gt;p&#232;re Glouton&lt;/i&gt; avait trouv&#233; dans un tas d'ordures un pot &#224; fleurs plein de jaune de chrome et une brosse &#224; dent. Pour utiliser sa trouvaille, il peignit au milieu de la toile une immense lyre qui faisait l'admiration de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les loges d'artistes &#233;taient aussi indescriptibles que la salle, les pauvres diables y devaient tenir neuf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;petits emplois&lt;/i&gt; s'habillaient dans le couloir qui conduisait aux latrines priv&#233;es de porte, ou s'ils le pr&#233;f&#233;raient dans les coulisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;tail typique : celui qui voulait accrocher ses effets apportait ses clous et les remportait le soir, il &#233;tait indispensable que les acteurs fissent un paquet de leurs effets, afin de les sauvegarder des camarades distraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;p&#232;re Glouton&lt;/i&gt; fournissait les cuvettes &#224; ses pensionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cuvettes &#233;taient des bo&#238;tes &#224; sardines grand format qu'il ramassait en chiffonnant ; il fournissait aussi le savon, qu'il ramassait par petits bouts dans les m&#234;mes conditions ; de ces petits bouts il faisait des petits paquets dans de vieilles boites d'allumettes, et vendait les paquets compos&#233;s de six bouts, la somme de... un sou !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La salle &#233;tait meubl&#233;e de bancs de toutes dimensions et de toutes hauteurs, les stalles &#233;taient des tabourets boiteux, et les fauteuils des chaises d&#233;paill&#233;es ; les carreaux du sol, &#224; mesure qu'ils se brisaient, &#233;taient remplac&#233;s par des carreaux de fa&#239;ence ; quand le gar&#231;on d'accessoire balayait la salle, il soulevait un des carreaux, y pla&#231;ait les ordures et tout &#233;tait dit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/rue_saint_spire_atget.jpg' width='400' height='337' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Coin de la rue Saint-Spire et de la rue Sainte-Foy - Atget - 1907
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La rampe du th&#233;&#226;tre &#233;tait &#233;clair&#233;e par des chandelles d'un sou, afin que les spectateurs ou les artistes ne missent pas les restes dans leurs poches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escalier qui donnait acc&#232;s &#224; la salle &#233;tait &#233;clair&#233; avec des lampions ; sur les marches, il y avait une quantit&#233; de filles publiques qui attendaient la sortie des spectateurs, et les accostaient ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, &lt;i&gt;y fait bien chaud&lt;/i&gt; chez moi ; vous pouvez demander &#224; tout le monde si j'suis gentille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; y fait bien chaud &#187; avait sa raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la salle de spectacle &#233;tait ouverte &#224; tous vents, il y r&#233;gnait un froid sib&#233;rien, &#224; tel point que les femmes n'y venaient jamais sans un &lt;i&gt;gueux&lt;/i&gt; ; le &lt;i&gt;gueux&lt;/i&gt; est une chaufferette en terre munie d'une anse dont les femmes des march&#233;s se servaient g&#233;n&#233;ralement alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que le public &#233;tait &#224; la hauteur de la salle ; la rue des Filles-Dieu, cloaque immonde, &#233;tait le refuge de toutes les filles de bas &#233;tage qui &#233;taient cantonn&#233;es dans cinq maisons de tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces filles louaient l'unique galerie de la &lt;i&gt;salle Saint Spire&lt;/i&gt;, et elles s'y pavanaient en compagnie de leurs amants, qui se nommaient alors les &lt;i&gt;casquettes sur le devant&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;escargots en arri&#232;re&lt;/i&gt;, comme aujourd'hui les &lt;i&gt;casquettes &#224; trois ponts&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage qu'on y entendait &#233;tait effroyable et ne saurait &#234;tre rapport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;142&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/arrivage-filles-publiques-prison-st-lazare.jpg' width='377' height='615' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La prison de Saint-Lazare &#8211; Un arrivage dans la cour de l'Administration, en voitures cellulaires - Jounal L'Illustration du 13 f&#233;vrier 1897
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;pertoire &#233;tait tr&#232;s vari&#233; : on y jouait &lt;i&gt;le Sonneur de Saint-Paul&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;les Mousquetaires&lt;/i&gt;, ou m&#234;me la trag&#233;die, la trag&#233;die ! &lt;i&gt;Andromaque, Za&#239;re ou Ph&#232;dre&lt;/i&gt;. Salle Saint Spire, c'&#233;tait un v&#233;ritable comble, mais ce qui &#233;tait plus &#233;tonnant, c'&#233;tait un gar&#231;on boucher, un vrai colosse, nomm&#233; Bibi, qui jouait le r&#244;le de &lt;i&gt;Za&#239;re&lt;/i&gt; et ne rappelait gu&#232;re Mlle Duchesnois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mort du &lt;i&gt;p&#232;re Glouton&lt;/i&gt;, en 1857, la &lt;i&gt;salle Saint Spire&lt;/i&gt; fut ferm&#233;e, et le local lou&#233; &#224; une blanchisseuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue Saint-Spire existe toujours, mais la rue des Filles-Dieu, sa voisine, fut d&#233;molie en mai 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une des plus vieilles rues de Paris ; elle tirait son nom d'un monast&#232;re dont les b&#226;timents s'&#233;levaient sur l'emplacement occup&#233; par le passage du Caire. Ce monast&#232;re fut fond&#233; en 1226 par Guillaume III, &#233;v&#234;que de Paris, pour recevoir les p&#233;cheresses qui, pendant toute leur vie, avaient abus&#233; de leur corps, et &#224; la fin &#233;taient en mendicit&#233;. En peu de temps, le nombre des p&#233;cheresses fut consid&#233;rable. Saint Louis leur donna &#171; quatre cents livres de rente, pour elles &#171; soustenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette somme &#233;tait insuffisante ; les repenties durent aller mendier par les rues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles Dieu sevent bien dire : &lt;br class='manualbr' /&gt;Du pain pour Jhesu, notre sire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couvent fut d&#233;truit en 1793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 11 de la rue des Filles-Dieu &#233;tait la maison de supplice et d'arr&#234;t de la Cour des miracles. Un usage voulait que les Filles-Dieu rendissent visite aux criminels avant qu'ils partent pour &#234;tre ex&#233;cut&#233;s &#224; Montfaucon ; en mati&#232;re de consolation, elles devaient leur porter trois morceaux de pain et un verre de vin.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_784 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;168&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/condamnes_de_montfaucon.jpg' width='484' height='656' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Un condamn&#233; &#224; mort re&#231;oit, des religieuses du couvent des Filles-Dieu, &#224; boire et &#224; manger avant d'&#234;tre ex&#233;cut&#233; au gibet de Montfaucon. Rue et passage du Caire - 1843
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La rue des Filles-Dieu &#233;tait la plus mal fam&#233;e de Paris ; c'est sans doute pour cette raison qu'elle fut choisie par le comit&#233; des femmes pour y &#233;tablir, en 1848, au num&#233;ro 5, le &lt;i&gt;club de la femme libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre que les &#171; droits &#187; r&#233;clam&#233;s par certaines femmes de la R&#233;publique de 1886 sont bien peu de chose en comparaison des exigences des femmes de 1848. Cette circulaire en fait foi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 1er avril 1848,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citoyenne,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes pri&#233;e d'assister &#224; une de nos r&#233;unions du &lt;i&gt;Club de la femme libre&lt;/i&gt;, o&#249; il sera discut&#233; sur le droit des femmes. Le gouvernement a enfin d&#233;cid&#233; d'apporter une am&#233;lioration dans notre triste sort. Il faut en profiter et rompre les cha&#238;nes que nous portons depuis si longtemps, &lt;i&gt;il faut que nous puissions contenter les d&#233;sirs que nous &#233;prouvons SI SOUVENT &#224; la vue d'un homme qui nous plait et qui sait nous chausser ; enfin, que NOUS puissions go&#251;ter ce vrai bonheur dont nous sommes presque toujours priv&#233;es et que nos maris ont la tyrannie de nous refuser&lt;/i&gt;. Il faut, dis-je, que ce mot de mari ne se fasse plus entendre &#224; nos oreilles et que ce ne soient plus des maris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; &lt;i&gt;Ils seront tout simplement le p&#232;re de nos enfants&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; &lt;i&gt;Ils n'apporteront aucun obstacle &#224; nos passions&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Ils devront apporter dans l'int&#233;rieur de leur m&#233;nage une douceur de m&#339;urs et une urbanit&#233; n&#233;cessaires au bien de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Qu'ils ne puissent m&#234;me donner leur voix dans aucune &#233;lection sans l'assentiment imm&#233;diat de leur &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces opinions, citoyenne, nous pensons que vous voudrez bien vous joindre &#224; nous, etc., etc..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut et fraternit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Dulong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charles Virma&#238;tre &#8212; &lt;i&gt;Paris qui s'efface&lt;/i&gt; &#8212; 1887&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Berthe Weill publie ses m&#233;moires ! 1933</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=206</link>
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		<dc:date>2013-09-23T09:31:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Berthe Weill publie aujourd'hui ses m&#233;moires. Quand on m'a propos&#233; d'&#233;crire quelques lignes en guise de pr&#233;face, j'ai voulu aller voir Berthe Weill, que je ne connaissais que par sa renomm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis donc rendue 46, rue Laffitte, dans la galerie o&#249; elle pr&#233;sente &#224; la fois au public des livres choisis avec go&#251;t &#8211; livres d'art ou simple nouveaut&#233;s de librairies &#8211; et des expositions fr&#233;quemment renouvel&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faute de conna&#238;tre Berthe Weill, je cherchais &#224; l'imaginer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle qui avait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Berthe Weill publie aujourd'hui ses m&#233;moires. Quand on m'a propos&#233; d'&#233;crire quelques lignes en guise de pr&#233;face, j'ai voulu aller voir Berthe Weill, que je ne connaissais que par sa renomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis donc rendue 46, rue Laffitte, dans la galerie o&#249; elle pr&#233;sente &#224; la fois au public des livres choisis avec go&#251;t &#8211; livres d'art ou simple nouveaut&#233;s de librairies &#8211; et des expositions fr&#233;quemment renouvel&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de conna&#238;tre Berthe Weill, je cherchais &#224; l'imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle qui avait lutt&#233; si longtemps, elle devait avoir des cheveux un peu grisonnants. D'accord. Elle qui avait lutt&#233; si durement, elle devait &#234;tre b&#226;tie pour les conflits de l'existence. Ce devait &#234;tre une sorte de g&#233;ante robuste, roulant les &#233;paules, serrant les poings au bout de bras courbes comme des anses aussi que le sont les bras des lutteurs. J'imaginais sur une stature athl&#233;tique, b&#226;tie pour prendre corps &#224; corps les difficult&#233;s et les pr&#233;cipiter &#224; terre, j'imaginais une belle figure osseuse de conqu&#233;rante, avec de grands yeux clairs o&#249; para&#238;traient les lueurs de l'inspiration. Force et foi, tels &#233;taient les deux &#233;l&#233;ments dont je formais ma proph&#233;tie plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entre. On va pr&#233;venir Mlle Berthe Weill.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/10.jpg' width='388' height='367' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Berthe Weill par Picasso -1920
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est &#8211; comme on chantait avant la guerre &#8211; &#171; c'est une toute petite bonne femme pas plus haute que &#231;a &#187;. Mais petite, petite&#8230; Des faibles &#233;paules tombantes, un corps gr&#234;le auquel collent de petits bras, une d&#233;marche trotinnante de souris, une figure calme, modeste, &#224; bandeaux gris, cach&#233;e par une &#233;norme paire de lunettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi ! C'est l&#224; cette pourfendeuse h&#233;ro&#239;que du dragon de la banalit&#233; ? Quoi ! Voici la magnifique lutteuse qui, toute sa vie, a combattu pour la beaut&#233; et pour la noblesse de l'art fran&#231;ais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mlle Berthe Weill, statuette d'&#233;tag&#232;re, ne fait pas un geste, ne dit pas un mot. Mais, par les deux disques des lunettes g&#233;antes, je vois ses yeux clairs qui me regardent avec fixit&#233;, cette fixit&#233; sans doute qu'elle avait lorsqu'elle devinait, en pr&#233;sence d'une &#339;uvre, l'&#226;me et l'avenir de celui qui en &#233;tait l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/04.jpg' width='388' height='367' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un mot gentil la fait sourire, d'un bon sourire franc. Les petits bras se d&#233;collent, non sans h&#233;sitation, comme les ailes d'un minuscule insecte qui sort de sa chrysalide. Un enthousiasme que nous partageons fait tout &#224; coup briller une flamme dans ce petit visage. L'expression d'une animosit&#233; esth&#233;tique qui nous est commune stimule en Mlle Weill un mouvement d'indignation, d'ailleurs joyeuse. Et voil&#224;, un bon rire d'artiste comme on en a, dans les ateliers, apr&#232;s une s&#233;ance de travail, ou comme on en a &#224; la campagne, entre copains, pour se d&#233;tendre d'une journ&#233;e pass&#233;e devant un chevalet de paysagiste. Bien mieux ! Elle s'est transform&#233;e pleinement, cette Berthe Weill aux maigres &#233;paules, &#224; la marche menue, &#224; la figure ferm&#233;e. Elle est pleine de fougue, d'&#233;lan, de vitalit&#233;. Elle s'exalte. Elle explose. La taupini&#232;re est devenue volcan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tout rentre en ordre. Les petits bras reviennent &#224; leur place. Les yeux semblent s'inqui&#233;ter, derri&#232;re les grosses lunettes rondes, d'avoir livr&#233; &#224; l'inconnu que je suis tant de fougue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/b-weill-oniriknet.jpg' width='300' height='239' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, une d&#233;tente efface de mon souvenir la Berthe Weill myst&#233;rieuse, glaciale et monacale du premier moment. La sympathie est n&#233;e entre nous. Et je sens bien, maintenant, quelle a pu &#234;tre la vie de cette &#226;me h&#233;ro&#239;que et simple, droite et lumineuse comme une male de poignard. Je sens bien l'absence de tout esprit de lucre en ce c&#339;ur loyal, cette g&#233;n&#233;rosit&#233; amicale, cette cordialit&#233; chaleureuse, ce &#171; bon-gar&#231;onnisme &#187; qui fait de Berthe Weill l'amie de tout ceux qu'elle a connus &#224; leurs d&#233;buts, dont elle a favoris&#233; la carri&#232;re. Ils sont devenus glorieux sans se brouiller avec elle. Ils n'ont pas oubli&#233; ses encouragements, et les pr&#234;ts qu'elle faisait, alors que son porte-monnaie &#233;tait vide par la g&#233;n&#233;rosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manuscrit de Berthe Weill est, lui aussi, le tableau exact, minutieux, impitoyable, g&#233;n&#233;reux, jovial et parfois tragique, de ce que fut l'existence de cette muse minuscule &#224; l'inspiration de laquelle tant de peintres ont d&#251; de prendre confiance en eux, de pers&#233;v&#233;rer et de r&#233;ussir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul Reboux - &lt;i&gt;Extrait de la pr&#233;face des m&#233;moires de Berthe Weill, Pan ! dans l'&#339;il&#8230;&lt;/i&gt; - 1933&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Berthe_Weill_1865-1951_-_La_petite_galeriste_des_grands_artistes.jpg' width='290' height='185' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire pour d&#233;couvrir Berthe Weill&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des recherches pr&#233;alables ont &#233;t&#233; entam&#233;es en 2008, aucun ouvrage ne lui avaitencore &#233;t&#233; consacr&#233;e. Quelques rapides articles brossaient des portraits plus ou moinsjustes en se limitant syst&#233;matiquement &#224; un seul aspect de sa personnalit&#233; mais aucun travail d'envergure n'avait encore creus&#233; les diff&#233;rentes probl&#233;matiques composant ce personnage complexe.Une premi&#232;re biographie consacr&#233;e &#224; la galeriste est parue en novembre 2011, par Marianne Le Morvan sous le titre &lt;a href=&#034;http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogueobj=livreno=35480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Berthe Weill (1865-1951) La petite galeriste des grands artistes, disponible ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bertheweill.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le site Internet : Berthe Weill - La petite galeriste des grands artistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Joueur de bonneteau - 1890</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=157</link>
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		<dc:date>2013-02-10T13:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le bonneteau est un petit m&#233;tier d'importation anglaise. Il r&#232;gne en ma&#238;tre sur les talus des fortifications et sait abr&#233;ger la longueur des trajets en chemin de fer. Pour toute patente, celui qui l'exerce est sujet &#224; recevoir quelques semaines d'hospitalit&#233; gratuite dans un palais du gouvernement (Mazas ou la Sant&#233;), la Justice pr&#233;tendant, &#224; tort assur&#233;ment, que le bonneteau est une vari&#233;t&#233; de l'escroquerie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun conna&#238;t, peut-&#234;tre &#224; ses d&#233;pens, ce jeu piquant et attirant o&#249; le ponteur, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le bonneteau est un petit m&#233;tier d'importation anglaise. Il r&#232;gne en ma&#238;tre sur les talus des fortifications et sait abr&#233;ger la longueur des trajets en chemin de fer. Pour toute patente, celui qui l'exerce est sujet &#224; recevoir quelques semaines d'hospitalit&#233; gratuite dans un palais du gouvernement (Mazas ou la Sant&#233;), la Justice pr&#233;tendant, &#224; tort assur&#233;ment, que le bonneteau est une vari&#233;t&#233; de l'escroquerie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/bonneteau.jpg' width='424' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chacun conna&#238;t, peut-&#234;tre &#224; ses d&#233;pens, ce jeu piquant et attirant o&#249; le ponteur, sans cesse tromp&#233; par ses yeux, s'obstine, quand m&#234;me, &#224; leur confier la fortune de sa bourse. Je ne puis chercher &#224; expliquer de quelle fa&#231;on le banquier file la carte, alors qu'en regardant tr&#232;s attentivement on ne comprend pas la supercherie ; mais je dirai que le tour de main consiste, sur trois cartes, &#224; en faire perdre une de vue pendant un instant. Pour moi, si je devais jouer au bonneteau, je n'h&#233;siterais pas &#224; me faire bander les yeux et &#224; crier comme la taupe de la fable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serrez bien, car j'y vois ; &lt;br class='manualbr' /&gt;Serrez, j'y vois encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins comme cela j'aurais les chances de pile ou face.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/paris_qui_crie.jpg' width='401' height='296' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un repas succulent auquel j'avais &#233;t&#233; convi&#233; chez un amphitryon &#171; di primo cartello &#187;. A ce repas assistait le magistrat qui venait d'ordonner les premi&#232;res poursuites contre les bonneteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cigare, la conversation tomba sur ce sujet et le personnage en question dut avouer, ainsi que plusieurs de ses coll&#232;gues pr&#233;sents, sa parfaite ignorance du jeu qu'il prohibait. Je le connaissais et j'eus l'imprudence de demander les deux cartes rouges et la carte noire de rigueur. Pendant plus d'une heure je jouai au bonneteau avec la magistrature. J'aurais pu r&#233;aliser un b&#233;n&#233;fice consid&#233;rable et d&#233;valiser le chef du parquet lui-m&#234;me, qui &#233;tait le plus acharn&#233; de tous... j'eus le bon esprit de ne pas lui r&#233;clamer mon gain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'a pas fait arr&#234;ter le lendemain ; mais je l'ai &#233;chapp&#233; belle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notice de Jean Paillet &#8212; &lt;i&gt;Paris qui crie - Petits m&#233;tiers&lt;/i&gt; &#8212; Dessins de Pierre Vidal &#8212; 1890&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Portraits apr&#232;s d&#233;c&#232;s - Andr&#233; Gill - 1883</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=118</link>
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		<dc:date>2013-01-03T09:40:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Oui, mon cher ami, il est de moi, ce croquis que vous avez trouv&#233; un soir chez l'Auvergnat de la rue Serpente, au milieu de la ferraille et des verres cass&#233;s ; quant au profil qu'il repr&#233;sente, je ne l'ai pas connu vivant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'avoir conquis ma part de pain au soleil, j'ai crayonn&#233; beaucoup de ces dessins lugubres. C'&#233;tait, je crois, une sp&#233;cialit&#233; dans le quartier pauvre que j'habitais alors, et l'on en retrouverait quelques-uns par-ci, par-l&#224;, dans les mansardes ouvri&#232;res. Du reste, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Oui, mon cher ami, il est de moi, ce croquis que vous avez trouv&#233; un soir chez l'Auvergnat de la rue Serpente, au milieu de la ferraille et des verres&lt;br class='autobr' /&gt;
cass&#233;s ; quant au profil qu'il repr&#233;sente, je ne l'ai pas connu vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'avoir conquis ma part de pain au soleil, j'ai crayonn&#233; beaucoup de ces dessins lugubres. C'&#233;tait, je crois, une sp&#233;cialit&#233; dans le quartier pauvre que j'habitais alors, et l'on en retrouverait quelques-uns par-ci, par-l&#224;, dans les mansardes ouvri&#232;res. Du reste, je ne regrette pas que le besoin de gagner ma vie m'ait plac&#233; souvent en face de ces t&#234;tes de tr&#233;pass&#233;s : le doigt de la mort, en les modelant pour l'&#233;ternit&#233;, leur imprime d'&#233;tranges grimaces, de singuliers sourires. Pour le m&#233;tier que je fais, &#224; pr&#233;sent, ce sont l&#224; de bonnes &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle que vous avez retrouv&#233;e, que j'ai vue l'autre jour &#224; votre mur dans un petit cadre noir porte la date lointaine de 1865. Il y a eu de l'ouvrage pour moi dans ce temps-l&#224;. Le chol&#233;ra, dont j'avais peur, m'a fait vivre&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; peu pr&#232;s un an, ma foi ! Les gens tombaient comme des mouches.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;60&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/vnoirgil.jpg' width='246' height='250' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Victor Noir sur son lit mortuaire - D&#233;ssin&#233; par Andr&#233; Gill
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La photographie co&#251;tait cher, on me savait pauvre et peu exigeant : &#8212; Allez chercher l'artiste de la rue Neuve-Guillemin ! L'artiste &#233;tait au bain froid. Une fois au moins, chaque jour, entre deux brass&#233;es, j'entendais le baigneur crier mon nom. Eh ! houp ! J'&#233;tais hors de l'eau, ruisselant comme un caniche. Courir &#224; ma cabine, m'essuver dans mes hardes, c'&#233;tait l'affaire d'un moment, et j'&#233;tais au &#171; client &#187;. Je le suivais, quel qu'il fut, dans les greniers, dans les galetas, dans les petits logements d'ouvriers ; j'arrivais apr&#232;s le m&#233;decin, apr&#232;s le pr&#234;tre ; je laissais en partant cette consolation de ceux qui restent : un souvenir du visage des &#234;tres disparus. Et j'ai souvent fait cr&#233;dit. Tenez, le dessin que vous avez, il ne m'a pas &#233;t&#233; pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la petite rue noire, &#233;troite o&#249; je demeurais moi-m&#234;me, c'&#233;tait un pauvre homme de menuisier dont la femme &#233;tait morte en quelques heures. J'entrai timide et furtif, conduit par un voisin ; il me re&#231;ut gravement et avec embarras, parlant bas, me regardant avec des yeux qui remerciaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une grande mis&#232;re. Il y avait une chaise pr&#233;par&#233;e en face du cadavre ; je tirai une feuille de papier et je commen&#231;ai. Le voisin s'en &#233;tait all&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous n'y verrez peut-&#234;tre pas assez, monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tr&#232;s bien ; merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fen&#234;tre &#233;tait ferm&#233;e, les rideaux, tir&#233;s. Sur la table de nuit, couverte d'un grand mouchoir blanc, on avait d&#233;pos&#233; l'eau b&#233;nite et la branche de buis dans une soucoupe f&#234;l&#233;e. Tout pr&#232;s, deux chandelles fumaient en guise de cierges, &#233;clairant la morte mal couch&#233;e dans un lit de bois peint disloqu&#233; aux jointures. Autour le taudis &#233;tait noir. A peine on distinguait confus&#233;ment les lignes mis&#233;rables du mobilier : une table, une commode en bois blanc, quelques ustensiles de cuisine abandonn&#233;s, aux angles desquels la lumi&#232;re vacillante mettait des tons rouge&#226;tres. Et dans le coin, au fond, les deux yeux du veuf qui &#233;tait au pied du lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dessin avan&#231;ait lentement. C'&#233;tait un vilain m&#233;tier, rude et triste. Au dehors, pas un bruit : cette rue, d&#233;molie aujourd'hui, &#233;tait d&#233;serte, morne ; quelques rares passants, jamais une voiture. Il n'y avait dans le silence que la respiration entrecoup&#233;e de l'homme : je ne le voyais pas pleurer, je l'entendais sangloter en dedans. Ils aiment bien leurs femmes, ces gueux-l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_513 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/cholera.jpg' width='413' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Epid&#233;mie de chol&#233;ra &#224; Paris en 1832
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et je continuais &#224; copier les froides lignes du visage mort, les cheveux plaqu&#233;s aux tempes, la peau coll&#233;e &#224; l'os, le nez pinc&#233;, la bouche rest&#233;e tordue d'avoir vomi son dernier r&#226;le, et les prunelles ternes avec le regard &#233;tonn&#233; des yeux qu'on n'a pas ferm&#233;s. C'est une chose &#233;trange et particuli&#232;re aux chol&#233;riques qu'on ne peut baisser leurs paupi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une odeur acre qui m'&#233;pouvantait ; je ne sais si l'homme s'en aper&#231;ut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Monsieur, me dit-il, voulez-vous que j'aille chercher du chlore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le regardai : il avait les dents serr&#233;es, la peau de son visage tremhlait, les larmes allaient jaillir. Je r&#233;pondis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rest&#226;mes l&#224; une heure encore, moi, le coeur serr&#233;, respirant le moins possible, songeant aux opinions contradictoires des m&#233;decins, &#224; la contagion, aux miasmes, observant la d&#233;composition rapide et l'horreur grandissante ; lui, toujours immobile sur sa chaise. Il ne se leva que deux ou trois fois pour moucher les chandelles dont le suif coulait en larmes jaunes. Le dessin &#233;tait fini ; je le lui pr&#233;sentai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui..., oui..., fit-il, et il fut presque heureux, une seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, comme j'avais pris mon chapeau et mon carton :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pardonnez-moi, monsieur, fit-il, en me reconduisant sur le carr&#233;, je n'avais pas os&#233; vous dire..., vous n'auriez pas voulu tirer le portrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voil&#224; d&#233;j&#224; bien du temps que je ne travaille pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ne parlons pas de cela, lui dis-je ; plus tard... c'est bon... au revoir, monsieur. Je retrouvai le jour et la respiration dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au bain froid, tout de suite ! Jamais je n'ai &#233;t&#233; d&#233;shabill&#233; plus vite. Je grimpai l'&#233;chelle, et... une... deux... trois... pouf ! Du haut de la girafe, mon cher ! Ah ! l'eau &#233;tait bonne ! Aujourd'hui encore, ces pauvres t&#234;tes mortes me reviennent en m&#233;moire et je les vois grimacer parfois sous le crayon, dans la bouffissure des heureux, des puissants du jour, de ceux que je dessine &#224; cette heure. Et c'est peut-&#234;tre la cause de cette m&#233;lancolie que vous avez su lire &#224; travers la gaiet&#233; bouffonne de mes caricatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Gill - &lt;i&gt;Vingt ann&#233;es de Paris&lt;/i&gt; - 1883&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une histoire de Parent-Duch&#226;telet, arpenteur des &#233;gouts parisiens - 1866</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=131</link>
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		<dc:date>2012-12-26T23:51:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parent-Duch&#226;telet est un de ces hommes de d&#233;vouement et d'abn&#233;gation, un de ces h&#233;ros obscurs que le christianisme peut seul cr&#233;er, et dont la vie enti&#232;re ne forme qu'une incessante bonne &#339;uvre. Tant que Parent-Duch&#226;telet v&#233;cut, son d&#233;vouement sublime et ses vertus courageuses rest&#232;rent ignor&#233;es et m&#233;connus et ne lui valurent en aucune fa&#231;on la c&#233;l&#233;brit&#233; qu'il dut plus tard &#224; son livre de la Prostitution ; livre publi&#233; apr&#232;s sa mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait, d'ailleurs, un de ces hommes qui savent peu se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parent-Duch&#226;telet est un de ces hommes de d&#233;vouement et d'abn&#233;gation, un de ces h&#233;ros obscurs que le christianisme peut seul cr&#233;er, et dont la vie enti&#232;re ne forme qu'une incessante bonne &#339;uvre. Tant que Parent-Duch&#226;telet v&#233;cut, son d&#233;vouement sublime et ses vertus courageuses rest&#232;rent ignor&#233;es et m&#233;connus et ne lui valurent en aucune fa&#231;on la c&#233;l&#233;brit&#233; qu'il dut plus tard &#224; son livre de la Prostitution ; livre publi&#233; apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/egout_collecteur.jpg' width='360' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;gout collecteur
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait, d'ailleurs, un de ces hommes qui savent peu se faire valoir. M&#233;lancolique, &#233;tranger aux habitudes du monde, on trouvait, du premier abord, ses mani&#232;res empreintes de je ne sais quelle gaucherie roide, r&#233;sultat sans doute d'une timidit&#233; d&#233;guis&#233;e. Loin de le supposer constamment pr&#233;occup&#233; de pens&#233;es graves, on l'accusait de distractions bizarres ; il fallait l'avoir vu plusieurs fois, il fallait se trouver admis dans son intimit&#233;, pour deviner en lui le vertueux citoyen, l'homme transcendant et le causeur aimable. Mais alors on l'aimait autant que l'on s'&#233;tait d'abord senti peu de bienveillance pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il savait mille choses int&#233;ressantes ; il contait &#224; merveille et avec une voix qui prenait des modulations si douces et si caressantes, qu'il &#233;tait impossible de r&#233;sister &#224; leur gracieux prestige. Alors ses traits changeaient d'expression : un sourire plein de charme animait sa physionomie, et il oubliait sa timidit&#233; pour se laisser aller aux inspirations d'une &#233;loquence facile et s&#233;ductrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si quelques personnes admises dans son intimit&#233; lui rendaient justice et avaient su le comprendre, Parent-Duch&#226;telet n'en restait pas moins un homme &#224; peu pr&#233;s m&#233;connu et dont les utiles et p&#233;nibles travaux n'avaient aucun retentissement. Il exposait deux ou trois fois par semaine sa vie &#224; des exp&#233;riences dangereuses, sans que jamais un journal signal&#226;t son d&#233;vouement, ou du moins les r&#233;sultats de son d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire, ce silence et cette obstination convenaient beaucoup au philanthrope.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/ouverture_egout.jpg' width='225' height='170' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carrefour St Beno&#238;t - Entr&#233;e de l'&#233;gout St Germain - 1837
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourvu que l'autorit&#233; voul&#251;t bien &#233;couter ses observations et mettre en pratique les am&#233;liorations qu'il proposait, pourvu qu'il &#244;t&#226;t un p&#233;ril &#224; des professions inf&#226;mes, et partant cons&#233;quences trop n&#233;cessaires de notre soci&#233;t&#233; telle qu'elle est faite, pourvu qu'il p&#251;t visiter en libert&#233; et sans restriction les &#233;tablissements d'industrie insalubres, les h&#244;pitaux et les &#233;gouts, cela lui suffisait et, il se tenait compl&#232;tement r&#233;compens&#233; de ses travaux, de ses fatigues et de sa sant&#233;, qu'il avait fini par alt&#233;rer gravement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de cela quelque chose comme trente ans, un matin, de tr&#232;s-bonne heur, j'errais dans les rues de Paris &#224; la poursuite de je ne sais quelle id&#233;e. Tout entier &#224; mes m&#233;ditations, j'allais devant moi au hasard, lorsque j'entendis mon nom que pronon&#231;ait une voix rieuse : je regardai autour de moi : personne ! La voix r&#233;p&#233;ta son appel, et cette fois je pus remarquer qu'elle sortait litt&#233;ralement de dessous le pav&#233;. Ma surprise augmenta, et peut-&#234;tre allais-je croire &#224; l'existence des gnomes, si une t&#234;te d'ordinaire m&#233;lancolique et grave, mais qu'animait alors un sentiment passager de gaiet&#233;, ne f&#251;t sortie de l'ouverture d'un &#233;gout : c'&#233;tait Parent-Duch&#226;telet. Quelques mots suffirent pour m'apprendre qu'il avait quitt&#233; son lit avant le jour, et qu'il &#233;tait l&#224; risquant sa vie, afin d'&#233;tudier les nouveaux miasmes pestilentiels qui venaient de se d&#233;clarer dans le Paris souterrain. Il m'offrit, comme une chose toute simple, de me faire les honneurs du conduit fangeux, et, apr&#232;s m'avoir aid&#233; &#224; y descendre, il me montra avec une complaisance pleine de bonhomie les travaux admirables que l'on a m&#233;nag&#233;s sous le sol, et qui assurent aux rues de la capitale deux pr&#233;cieux avantages la salubrit&#233; et la propret&#233;. Apr&#232;s quoi nous sort&#238;mes du trou m&#233;phitique et je revis le ciel avec la joie qu'&#233;prouva Dante au sortir de l'enfer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/interieur_egout.jpg' width='400' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris souterrain : &#233;gouts
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parent-Duch&#226;telet avait &#233;t&#233; plus avant moi dans l'&#233;gout ; il en avait agit&#233; la vase profonde et il en rapportait plusieurs flacons pleins de gaz qu'il voulait analyser. Cependant &#224; peine le bout de ses bottes se trouvait-il mouill&#233;, ses v&#234;tements et son chapeau ne gardaient pas la moindre trace d'une si &#233;trange exp&#233;dition. Il prit affectueusement cong&#233; des ouvriers qu'il laissait dans l'&#233;gout, et ceux-ci le salu&#232;rent avec un respect plein de reconnaissance, car ils comprenaient la haute et courageuse mission du philanthrope. Apr&#232;s quoi il passa son bras sous le mien, monta dans une voiture de place et me proposa de l'accompagner chez lui pour &#233;tudier les gaz qu'il rapportait et dont il lui tardait de conna&#238;tre la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemin faisant je ne pus m'emp&#234;cher d'exprimer l'admiration que m'inspirait son d&#233;vouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon Dieu ! dit-il, je n'ai pas grand m&#233;rite &#224; cela : d'abord je remplis un devoir, ensuite j'y trouve autant d'int&#233;r&#234;t et de charme que vous &#224; faire un roman. Ce qu'il faut v&#233;ritablement admirer, c'est le courage de ces hommes qui, pour un l&#233;ger salaire, bravent l'asphyxie, s'exposent &#224; des maladies presque in&#233;vitables et alt&#232;rent toujours leur sant&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et cependant, ajouta-t-il apr&#232;s une des courtes r&#234;veries qui suspendaient souvent sa conversation, il y a dans ce gouffre immense de Paris, si plein de douleur et de d&#233;sespoir, des souffrances plus cruelles encore des destin&#233;es plus fatales des croix plus rudes &#224; porter. J'ai trouv&#233; nagu&#232;re, parmi les malheureux qui se livraient &#224; l'assainissement des canaux souterrains, un homme qui n'&#233;tait point n&#233; dans leur condition, et qui n'avait point d&#232;s l'enfance contract&#233; l'habitude d'un travail rude et d&#233;go&#251;tant. Cependant ceci vous semble invraisemblable, monsieur, n'est-il pas vrai ? Vous ne pouvez croire qu'au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, en 1831, un ancien pr&#233;fet, un chevalier de la L&#233;gion d'honneur, un homme qui jouissait, sous la Restauration d'un cr&#233;dit r&#233;el et d'une aisance voisine du luxe, en ait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; se couvrir de la blouse fangeuse des ouvriers que vous venez de voir. La chose n'en est pas moins vraie. Repouss&#233; de tous, vieux, apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; ses ressources et vendu jusqu'&#224; son dernier matelas, il avait recul&#233; devant l'h&#244;pital, seul asile qui restait &#224; sa femme malade.... Pouss&#233; &#224; bout par le d&#233;sespoir, il demanda la protection d'un ouvrier qui occupait le grenier voisin du sien ; l'ouvrier l'amena parmi les &#233;cureurs. Gr&#226;ce &#224; Dieu j'ai tir&#233; ce malheureux d'une si triste position ; j'ai pu lui obtenir une petite place. Mais combien d'infortunes aussi fatales reste-t-il &#224; secourir, d'infortunes pour lesquelles ne peuvent rien de pauvres r&#234;veurs comme vous et moi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/parent.jpg' width='400' height='281' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Parent-Duchatelet, Alexandre Jean-Baptiste (1790-1836)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En devisant ainsi, nous &#233;tions arriv&#233;s chez Parent-Duch&#226;telet, qui passa toute la journ&#233;e &#224; analyser les gaz m&#233;phitiques qu'il avait rapport&#233;s des &#233;gouts. Aussi, quand vint le soir, se trouva-t-il plus m&#233;lancolique, que d'habitude ; j'ai d&#233;j&#224; dit que sa sant&#233; se trouvait gravement alt&#233;r&#233;e, et les fatigues de son excursion et de ses travaux chimiques avaient encore ajout&#233; ce jour-l&#224; &#224; ses souffrances ordinaires. Il me semble le voir assis au coin de sa chemin&#233;e, p&#226;le, respirant avec difficult&#233;, et parfois r&#233;pondant par un sourire aux plaisanteries que je faisais pour t&#226;cher de l'&#233;gayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa prostration morale et physique ne se dissipa compl&#232;tement n&#233;anmoins qu'apr&#232;s l'arriv&#233;e de trois ou quatre amis, parmi lesquels se trouvait un des chirurgiens de l'H&#244;tel-Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je parie, lui dit Parent-Duch&#226;telet en relevant la t&#234;te, je parie que vous, qui faites partie du corps m&#233;dical de l'H&#244;tel-Dieu, vous ne connaissez pas une des professions qui s'y exercent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous &#234;tes un trop habile d&#233;pisteur de mis&#232;res inconnues pour que je ne vous croie pas sur parole.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;102&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/hotel_dieu_st_julien.jpg' width='400' height='280' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Partie de l'Eglise de St Julien le Pauvre dans un enclos annexe des b&#226;timents de l'H&#244;tel Dieu - 1892
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, reprit Parent-Duch&#226;telet, j'ai d&#233;couvert &#224; l'H&#244;tel-Dieu une profession presque aussi fatale que les professions auxquelles j'ai consacr&#233; 1es &#233;tudes de toute ma vie... Vous avez tous vu l'H&#244;tel-Dieu, n'est-ce pas ajouta-t-il avec la na&#239;vet&#233; d'un homme qui passe sa vie dans les h&#244;pitaux et qui ne suppose pas que l'on puisse ne point conna&#238;tre ce lieu de mis&#232;re, de souffrances et de larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Certes, interrompit quelqu'un, je connais l'H&#244;tel-Dieu. C'est &#224; pr&#233;sent un h&#244;pital comme un autre h&#244;pital. On n'y couche plus quatre malades dans le m&#234;me lit, deux dessus, deux dessous ; les rideaux y sont blancs, le linge frais, les matelas moelleux et les salles propres et a&#233;r&#233;es ; on y fabrique des chaudi&#232;res de cataplasmes, la tisane s'y jauge par tonneaux, enfin l'on y consomme par jour deux cents aunes d'empl&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et vous oubliez, interrompit Parent-Duch&#226;telet, vous oubliez que de bonnes religieuses passent leur vie &#224; visiter aupr&#232;s de ceux qui souffrent, et &#224; consoler ceux qui pleurent ? Vous oubliez que les plus c&#233;l&#232;bres praticiens de Paris, c'est-&#224;-dire du monde entier, sont attach&#233;s &#224; cet &#233;tablissement et qu'ils y donnent gratuitement aux pauvres les soins que la multiplicit&#233; de leurs occupations ne leur permet pas toujours d'accorder aux riches &#224; prix d'or ? Les plus merveilleuses op&#233;rations de la chirurgie s'y pratiquent victorieusement chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/salle_hotel_dieu.jpg' width='474' height='382' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'une des salles de l'H&#244;tel-Dieu au XVIIIe si&#232;cle
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et les morts y sont honorablement ensevelis, interrompit quelqu'un, qui crut faire une excellente plaisanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le m&#233;tier dont je veux pr&#233;cis&#233;ment vous parler est le m&#233;tier d'ensevelisseuse de l'H&#244;tel-Dieu, r&#233;pliqua Parent-Duch&#226;telet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le m&#233;tier d'ensevelisseuse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, mes amis, le m&#233;tier d'ensevelisseuse. Il y a de par le monde une femme qui passe sa vie &#224; d&#233;pouiller des v&#234;tements qui les couvraient, quand ils ont rendu le dernier soupir, les cadavres des morts de la journ&#233;e. Ces v&#234;tements appartiennent &#224; l'hospice et doivent servir plus tard &#224; d'autres malades. Puis ensuite cette femme livre les corps aux anatomistes ou bien, si les gens de l'art n'en veulent point, elle les enveloppe d'un suaire de toile grise, les coud dans le linceul et les d&#233;pose ensuite sur des lits de marbre noir o&#249; ils attendent le pr&#234;tre et une pri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_505 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;67&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/plan_hotel_dieu.jpg' width='389' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Plans des h&#244;pitaux et hospices civils de la ville de Paris - 1820
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces descriptions fun&#232;bres avaient singuli&#232;rement rembruni l'auditoire, et il se fit un petit silence. Parent-Duch&#226;telet reprit quelques instants apr&#232;s avec son sourire triste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et cette femme est heureuse, cette femme est paisible. Quand elle a bu son petit verre d'eau-de-vie le matin, elle se sent gaillarde et joviale, trouve le mot pour rire, et chantonne quelque vieux pont-neuf en s'acquittant des devoirs de sa profession. Je ne sais pas ce que lui vaut sa place, comme elle dit ; mais ce salaire suffit &#224; ses besoins, et d'ailleurs elle se fait un bon petit revenu avec les cheveux des femmes-mortes. Elle coupe ces cheveux et les vend aux coiffeurs, pour fabriquer des nattes et des perruques. Aussi, ma foi, Catherine ne manque de rien, et elle pr&#233;tend que ses h&#233;ritiers trouveront chez elle de quoi la faire enterrer convenablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et voil&#224; longtemps qu'elle exerce ce m&#233;tier ! Elle a soixante-dix ans, elle en comptait quatorze lorsqu'elle fut adjointe &#224; une de ses tantes, honor&#233;e de m&#232;re en fille, comme elle me le disait, de la charge d'ensevelisseuse &#224; l'H&#244;tel-Dieu. Aussi les anecdotes ne lui manquent pas sur l'H&#244;tel-Dieu, car, Dieu merci (c'est encore elle, qui parle), &#171; en est-il pass&#233; par ses mains, de ces morts !&#8230; &#187; Mais il est surtout un souvenir dont elle se montre fi&#232;re et qu'elle ne manque jamais de raconter a ceux qui descendent par hasard ou par curiosit&#233; dans la salle souterraine, humide et sombre, dont elle fait nuit et jour sa demeure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; elle passe sa vie &#224; ensevelir des cadavres et &#224; cultiver une girofl&#233;e qu'elle pose avec amour sous l'unique rayon de soleil qui vient luire parfois &#224; travers l'ouverture de la fen&#234;tre ou plut&#244;t du soupirail. Cette fleur est pour elle une amie, une soci&#233;t&#233;, une famille ! Plut&#244;t que de la &lt;br class='autobr' /&gt;
perdre elle pr&#233;f&#232;rerait se passer de tabac durant une semaine enti&#232;re, oui, se passer de tabac durant une semaine enti&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut &#234;tre t&#233;moin de la tendresse de la m&#232;re Catherine pour sa fleur il faut voir l'inqui&#233;tude qui la saisit &#224; la moindre langueur de la plante. Elle vient sans cesse regarder les feuilles quelque peu fan&#233;es ; elle remue doucement la superficie de la terre ; elle l'arrose, elle la couvre d'engrais et telle est sa pr&#233;occupation pour cette fleur, qu'elle oublie parfois de faire sa m&#233;ridienne dans son fauteuil de cuir, seul meuble de ces tristes lieux qui soit &#224; l'usage des vivants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_506 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/ancienne_morgue.jpg' width='350' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ancien Paris : la morgue, en 1830
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Donc en ses moments de rel&#226;che, quand la vieille Catherine s'&#233;tend dans son fauteuil, qu'elle a bu son petit coup du matin, que sa tabati&#232;re de corne &#224; damasquinage d'argent, se trouve remplie de tabac frais et que sa girofl&#233;e se porte bien, il ne faut pas l'interroger beaucoup pour lui faire conter quel beau jeune homme elle a enseveli jadis dans son adolescence, le premier jour o&#249; elle rempl&#238;t pr&#232;s de sa tante les fonctions de surnum&#233;raire ensevelisseuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, dit-elle en branlant la t&#234;te, oui, un beau jeune homme, sur mon &#226;me, dont les mains &#233;taient blanches et qu'on traitait avec beaucoup d'&#233;gard, parce que Mgr l'archev&#234;que de Paris, M. de Beaumont, l'avait recommand&#233; aux s&#339;urs. J'&#233;tais pr&#232;s de ma tante, qui me donnait les premi&#232;res le&#231;ons, quand tout &#224; coup un homme entra. Il tra&#238;nait apr&#232;s lui un grand drap blanc ; j'eus peur, car je n'&#233;tais pas habitu&#233;e &#224; mon m&#233;tier, et la vue de ce fant&#244;me me causa une singuli&#232;re &#233;motion. ll referma la porte derri&#232;re lui, &#244;ta la clef et vint s'asseoir sur le lit de marbre que vous voyez l&#224; tout pr&#232;s de la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils ne me trouveront pas ici ! dit-il, j'&#233;chapperai &#224; ces sc&#233;l&#233;rats de philosophes ; Voltaire, le diable en personne, la Harpe. Ah ah ! la Harpe, son valet. Je ferai des vers contre eux, des vers qui les tueront, des vers qui les poignarderont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puis il aper&#231;ut ma tante, car moi je m'&#233;tais cach&#233;e dans un coin. Il courut &#224; elle, la saisit &#224; la gorge et lui cria en la secouant de mani&#232;re &#224; l'&#233;trangler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Es-tu philosophe, toi ? Es-tu philosophe ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/morgue_seine.jpg' width='363' height='447' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Morgue du c&#244;t&#233; de la Seine - 1829
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le danger de la pauvre vieille me fit oublier ma propre s&#251;ret&#233;. Je m'&#233;lan&#231;ai sur cet homme. Je ramassai la clef qu'il avait laiss&#233;e tomber. Je voulus ouvrir la porte et appeler du secours, mais plus prompt que moi, il abandonna ma tante, m''arracha des mains la clef et l'avala. Puis, bient&#244;t je le vis tomber &#224; terre et s'y rouler en poussant des cris &#233;pouvantables ! Jugez de ma frayeur quand je me trouvai prisonni&#232;re entre cet homme qui se d&#233;battait contre la mort et ma tante qui gisait l&#224; sans mouvement. J'appelai au secours, je criai, je frappai &#224; la porte avec le plus de force que je pus, mais on ne m'entendait pas, et plus de deux heures s'&#233;coul&#232;rent sans que le hasard amen&#226;t quelqu'un. Alors, je racontai ce qui venait de se passer. On enfon&#231;a la porte et, l'on vint au secours de ma tante et du jeune homme. Ma pauvre tante &#233;tait morte, et les infirmiers me dirent que le jeune homme ne tarderait point &#224; mourir lui-m&#234;me. Ils ajout&#232;rent que c'&#233;tait un fou, qu'il avait pass&#233; la nuit &#224; griffonner du papier, que la fi&#232;vre chaude l'avait pris ensuite, et qu'il avait profit&#233; d'un moment o&#249; on ne le surveillait pas pour s'&#233;chapper de son lit et venir au refroidissoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refroidissoir ! quel mot, mon Dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je commen&#231;ai donc mon m&#233;tier par ensevelir, en pleurant ma pauvre et ch&#232;re tante. Le soir on m'annon&#231;a le jeune homme, et les chirurgiens vinrent extraire de son gosier la clef, qu'ils me rendirent, et que voici, ajoute-t-elle en faisant briller sous les yeux une clef luisante et claire, comme si la plus soigneuse m&#233;nag&#232;re flamande l'e&#251;t r&#233;cup&#233;rer avec du sable fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et quel &#233;tait le nom du jeune homme ? lui demande-t-on en frissonnant devant cette &#233;trange relique. &#171; Son nom ? fait-elle en grattant son vieux front rid&#233;.... son nom ? Tiens ! voil&#224; que je ne m'en souviens plus &#224; pr&#233;sent ! est-ce dr&#244;le ? Du reste, vous pourrez le connaitre ais&#233;ment ; car un des infirmiers m'a dit qu'on avait grav&#233; dans le vestibule de l'H&#244;tel-Dieu les griffonnages que mon jeune homme a barbouill&#233;s avant de mourir ; je ne sais si cela est vrai, car je ne sors pas souvent de ma salle, et, quand cela m'arrive par hasard, je ne passe pas par le vestibule... et puis, mes yeux sont si mauvais ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_444 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Gilbert.jpg' width='420' height='250' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Nicolas-Joseph-Florent Gilbert (1750 - 1780)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s avoir quitt&#233; cette femme, on remonte dans le vestibule, et l'on voit en effet grav&#233;s sur une plaque de marbre trois strophes bien connues de Gilbert... C'est la mort de Gilbert que l'ensevelisseuse vient de conter. Je vous l'avoue, une tristesse profonde, un d&#233;couragement douloureux se sont empar&#233;s de moi le jour o&#249; j'ai entendu ce r&#233;cit. J'en ai rapport&#233; des pens&#233;es et des souvenirs p&#233;nibles ! cruelle honte pour notre pays de songer que le plus grand, que le seul po&#232;te de la fin du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, que l'unique d&#233;fenseur des id&#233;es religieuses, que l'&#233;crivain courageux qui osa donner le premier coup &#224; la philosophie destructive de cette &#233;poque, philosophie si bien d&#233;truite elle-m&#234;me aujourd'hui, n'a trouv&#233; d'autre asile que l'h&#244;pital, d'autre tombe que la fosse commune ! Ah ! de notre temps, pareille chose n'arriverait pas. De nos jours, la vertu, le m&#233;rite, ne sauraient &#234;tre m&#233;connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; T&#233;moin, vous, Parent, vous qu'aucune r&#233;compense ne vient chercher dans votre obscurit&#233;, vous qui sacrifiez au bien public votre travail, votre intelligence et jusqu'au modique produit que vous rapportent vos veilles et vos fatigues sans rel&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parent-Duch&#226;telet sourit de la mani&#232;re dont les anges doivent sourire, et r&#233;pondit avec simplicit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais ce que je fais, je ne le fais pas pour &#234;tre r&#233;compens&#233; ici-bas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel-Henry Berthoud, (1804-1891) - &lt;i&gt;Fantaisies scientifiques de Sam&lt;/i&gt; -1866-1867&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/morgue_interieur.jpg' width='336' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vue int&#233;rieure de la Morgue en 1845
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Tire-laine - 1865</title>
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		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On cite un tireur &#233;m&#233;rite, d&#233;sign&#233; dans la haute p&#232;gre sous le pseudonyme de Tire-laine. Il n'est pas moins habile que le fameux Mimi Preuil, surnomm&#233; le roi des tireurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tire-laine est mis avec une grande recherche, une grande distinction ; il a des mains blanches et fines qu'il soigne avec une attention toute particuli&#232;re ; seulement, pour les besoins de sa profession, il ne porte ni gant ni canne a la main droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
En revanche, il est toujours pourvu d'une paire de ciseaux, appel&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On cite un tireur &#233;m&#233;rite, d&#233;sign&#233; dans la &lt;i&gt;haute p&#232;gre&lt;/i&gt; sous le pseudonyme de &lt;i&gt;Tire-laine&lt;/i&gt;. Il n'est pas moins habile que le fameux &lt;i&gt;Mimi Preuil&lt;/i&gt;, surnomm&#233; le roi des tireurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tire-laine&lt;/i&gt; est mis avec une grande recherche, une grande distinction ; il a des mains blanches et fines qu'il soigne avec une attention toute particuli&#232;re ; seulement, pour les besoins de sa profession, il ne porte ni gant ni canne a la main droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il est toujours pourvu d'une paire de ciseaux, appel&#233;s &lt;i&gt;faucheurs&lt;/i&gt;, qui lui servent &#224; couper les cha&#238;nes d'or qu'il ne peut enlever d'une autre mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/pickpocket.jpg' width='450' height='392' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tire-laine&lt;/i&gt; affiche un grand d&#233;dain pour les &lt;i&gt;tiraillons&lt;/i&gt;, classe de &lt;i&gt;tireurs&lt;/i&gt; de bas &#233;tage qui, v&#234;tus mesquinement, souvent m&#234;me en blouse, se bornent &#224; fouiller dans les poches des curieux, qu'un &#233;v&#233;nement fortuit rassemble dans les rues, ou qui font cercle autour des bateleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grand seigneur qu'il est, Tire-laine a son monde, il a ses gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son personnel consiste en trois f&#233;aux, en trois d&#233;vou&#233;s, qui le suivent comme son ombre, ou plut&#244;t comme trois ombres, car on ne les aper&#231;oit jamais : &#8212; un &lt;i&gt;coqueur&lt;/i&gt; et deux &lt;i&gt;noneurs&lt;/i&gt;, dont on va conna&#238;tre le service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ces trois serviteurs occultes, dont il exige une tenue soign&#233;e, mais peu voyante, &lt;i&gt;Tire-laine&lt;/i&gt; fr&#233;quente les courses, les bals, les concerts, les f&#234;tes, tous les lieux o&#249; abonde la foule. Aux th&#233;&#226;tres, son poste de pr&#233;dilection, le spectacle fini, est au bureau des cannes, aux vestiaires des ouvreuses, o&#249; il y a toujours affluence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/pickpocket2.jpg' width='430' height='368' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'un air toujours fort affair&#233;, Tire-laine, en marchant, laisse aller ses mains, de &#231;a, de l&#224;, de mani&#232;re &#224; ce qu'elles frappent, comme &#224; l'aventure, sur les poches ou les goussets dont il cherche &#224; deviner le contenu. Suppose-t-il qu'il y ait prise ? Soudain, &#224; un signe qu'il fait, les deux &lt;i&gt;noneurs&lt;/i&gt; se mettent chacun &#224; son poste, c'est-&#224;-dire pr&#232;s du &lt;i&gt;pantre&lt;/i&gt; qu'il s'agit de d&#233;valiser. Alors ils le poussent, ils le pressent, ils le serrent, jusqu'&#224; ce que le prestidigitateur ait achev&#233; son tour. Aussit&#244;t, l'objet vol&#233; passe entre les mains du troisi&#232;me affid&#233;, le &lt;i&gt;coqueur&lt;/i&gt;, qui se perd dans la foule ; en sorte que le tireur ne court aucun danger d'&#234;tre pris, le corps du d&#233;lit n'&#233;tant plus sur lui. Aussi est-il des premiers &#224; crier au &lt;i&gt;voleur !&lt;/i&gt; en ayant soin de diriger son cri du c&#244;t&#233; o&#249; il sait qu'on ne le trouvera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tire-laine&lt;/i&gt; ne partage pas les b&#233;n&#233;fices qu'il fait avec ses aides. Il leur alloue seulement une paie journali&#232;re, proportionn&#233;e aux affaires et aux gains de la journ&#233;e. Ce qui lui revient &#224; lui, il le place, &#224; la bourse, sur les valeurs industrielles, et il n'a pas mal de valeurs comme cela. Il m&#232;ne, d'ailleurs, en apparence, la vie la plus r&#233;guli&#232;re, et jouit, dans son quartier, de l'estime de tous ses voisins, comme des &#339;illades de celles de ses voisines qui r&#234;vent un mari honn&#234;te, et qui a &lt;i&gt;de quoi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.-M. Moreau-Christophe - Ancien inspecteur g&#233;n&#233;ral des prisons, etc. - &lt;i&gt;Vari&#233;t&#233;s de coquins - Le monde des coquins (Deuxi&#232;me partie)&lt;/i&gt; - 1865&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#201;gouttier - 1842</title>
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		<dc:date>2012-12-13T09:37:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans les grandes villes, tout est grossi, d&#233;velopp&#233;, rev&#234;tu de proportions gigantesques ; toutes les grandeurs et toutes les mis&#232;res sont concentr&#233;es, group&#233;es, mises en relief. Si, d&#8216;un cot&#233;, les lumi&#232;res intellectuelles y r&#233;pandent un rayonnement immense, de l'autre, les vices nous &#233;pouvantent par leur active propagation. A c&#244;t&#233; de vastes palais se trouvent de vastes r&#233;ceptacles d'immondices ; et, pour recevoir les fanges de la cit&#233;, il a fallu creuser des canaux souterrains dont le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=8" rel="directory"&gt;Petits m&#233;tiers des rues de Paris&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les grandes villes, tout est grossi, d&#233;velopp&#233;, rev&#234;tu de proportions gigantesques ; toutes les grandeurs et toutes les mis&#232;res sont concentr&#233;es, group&#233;es, mises en relief. Si, d&#8216;un cot&#233;, les lumi&#232;res intellectuelles y r&#233;pandent un rayonnement immense, de l'autre, les vices nous &#233;pouvantent par leur active propagation. A c&#244;t&#233; de vastes palais se trouvent de vastes r&#233;ceptacles d'immondices ; et, pour recevoir les fanges de la cit&#233;, il a fallu creuser des canaux souterrains dont le parcours, &#224; Paris, n'a pas moins de vingt-quatre lieues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parent-Duch&#226;telet &#233;value la longueur totale &#224; 35,856 m&#232;tres. Il n'a pu se la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/l_egouttier.jpg' width='450' height='238' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vingt-quatre lieues ! quel travail colossal !... Vous qui vantez les anciens au d&#233;triment des modernes, quelle &#339;uvre architecturale pouvez-vous opposez &#224; ce monument d'utilit&#233; publique ? Vingt-quatre lieues d'&#233;gouts solidement vo&#251;tes, solidement pav&#233;s, assez &#233;lev&#233;s pour qu'on s'y prom&#232;ne &#224; l'aise ! &#201;trangers qui venez visiter la capitale de la France, nous vous invitons &#224; prendre sur vous de parcourir ces sombres routes. Ce voyage ne semble pas, sans doute, tr&#232;s s&#233;duisant au premier abord : jusqu'&#224; ce jour, quelques Anglais intr&#233;pides en ont seuls affront&#233; les d&#233;sagr&#233;ments et les p&#233;rils ; mais ils en ont rapport&#233; des impressions qui les ont amplement d&#233;dommag&#233;s d'une inhumation momentan&#233;e. Le docteur Parent-Duch&#226;telet, qui a laiss&#233; de si remarquables travaux sur l'hygi&#232;ne publique disait &#224; l'un de ses amis, au milieu d'un bal donn&#233; &#224; l'H&#244;tel-de-Ville : &#171; J'aime cent fois mieux aller dans un &#233;gout que de venir &#224; cette r&#233;union &#187;. Sans partager cette &#233;trange pr&#233;dilection, on peut avancer que les &#233;gouts de Paris doivent &#234;tre compt&#233;s au premier rang des curiosit&#233;s de cette ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les &#201;gouttiers aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eau fangeuse des ruisseaux se pr&#233;cipite dans ces vastes cavit&#233;s par des bouches qui jadis &#233;taient d'une mena&#231;ante largeur. On remarquait, entre autres, celle de la barri&#232;re des Sergents, rue Saint- Honor&#233; ; celle de la rue Montmartre, en face la rue Mandar, et l'immense caverne qui s'ouvrait au bas du chevet de Saint-Eustache. Ce fut dans cette derni&#232;re que, le 14 f&#233;vrier 1795, l'on jeta le buste de Marat, dont les cendres avaient &#233;t&#233; solennellement transf&#233;r&#233;es au Panth&#233;on le 24 septembre 1794.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De distance en distance, des &lt;i&gt;tampons&lt;/i&gt;, ouvertures couvertes de plaques de fer circulaires, ont &#233;t&#233; m&#233;nag&#233;s pour livrer passage aux &#201;gouttiers. Nous ne voulons point p&#233;n&#233;trer avec vous dans ces obscures retraites pour en suivre les d&#233;tours et en raconter l'histoire ; recommandons seulement &#224; la reconnaissance publique Hugues Aubriot, pr&#233;v&#244;t des marchands et intendant des finances sous Charles V, et Michel-&#201;tienne Turgot, pr&#233;sident du grand-conseil de la ville en 1740. Le premier imagina de substituer des &#233;gouts vo&#251;t&#233;s aux &#233;gouts d&#233;couverts ; le second fit construire l'immense souterrain appel&#233; aujourd'hui le &lt;i&gt;grand &#233;gout de ceinture&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;213&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/puits_certain.jpg' width='500' height='285' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Vestiges du Puits Certain mis &#224; d&#233;couvert le 21 avril et Murs de l'aqueduc des termes de Julien coup&#233;s dans leur &#233;paisseur pour la construction de l'&#233;gout aboutissant rue Lanneau pr&#232;s le Coll&#232;ge de France - 1894
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;gouts de Paris jettent leurs fanges dans la Seine par quarante- cinq ouvertures, dont vingt et une sur la rive droite et vingt-quatre sur la rive gauche. Le grand &#233;gout de ceinture parcourt une &#233;tendue de 6,866 m&#232;tres ; son bassin, selon l'ing&#233;nieur en chef Girard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moire sur les inondations souterraines de Paris, in-4&#176;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, occupe &#224; lui seul une surface bien sup&#233;rieure &#224; la moiti&#233; de Paris, et des ramifications multipli&#233;es y am&#232;nent non-seulement les eaux d&#034;un tr&#232;s-grand nombre de quartiers, mais encore celles des flancs m&#233;ridionaux de la colline de Montmartre. Les autres &#233;gouts sont, sur la rive droite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;gouts Amelot et de l'abattoir Popincourt, du Petit-Musc, de la Gr&#232;ve, des rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Tuerie, de la Joaillerie, du Ch&#226;telet, de la Saulnerie, des arches P&#233;pin et Marion, de la place de l'&#201;cole, de la barri&#232;re des Sergents, de la rue Froidmanteau, du Carrousel, des Tuileries, de la place Louis XV, de la Pompe-&#224;-Feu, de la rue Saint-Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les quartiers de la rive gauche serpentent les &#233;gouts de la Salp&#234;tri&#232;re, de la M&#233;nagerie, de la Halle-aux-Vins, des Grands et des Petits-Degr&#233;s, de la place Maubert, de la rue de la B&#251;cherie et du pont Saint-Michel, de l'&#201;cole-de-M&#233;decine, de la rue de Seine, de la rue Saint-Benoit, des rues de Poitiers, de Belle-Chasse et de Bourgogne, du Palais-Bourbon, des Invalides, du Gros-Caillou, de l'&#201;cole-Militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On compte en outre onze &#233;gouts pour la Cit&#233; et pour l'ile Saint- Louis ; dans le faubourg Saint-Marceau, six &#233;gouts qui tombent dans la Bi&#232;vre ; sur le quai Voltaire, deux petits &#233;gouts &#224; l'usage de maisons particuli&#232;res ; et enfin trois &#233;gouts d&#233;couverts dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le curage des &#233;gouts est fait aux frais de l'entrepreneur-g&#233;n&#233;ral du nettoiement, sous la direction de l'inspecteur-g&#233;n&#233;ral de la salubrit&#233;. L'entrepreneur fournit les outils et ustensiles n&#233;cessaires, mais la surveillance des ouvriers appartient &#224; une administration sp&#233;ciale dont le chef-lieu est rue de Nevers, 25. Cette rue est une des plus affreuses de Paris. Large d'environ trois m&#232;tres, elle est bord&#233;e de maisons noires, d&#233;cr&#233;pites, tremblottantes, dont les pignons l&#233;zard&#233;s la couvrent d'une ombre &#233;ternelle. C'est comme un &#233;gout &#224; ciel d&#233;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/egouttiers.jpg' width='289' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;gouttiers parisiens sont au nombre de quatre-vingt-quatre, partag&#233;s en divisions de quatorze &#224; quinze hommes. Leur uniforme se compose d&#8216;une blouse de toile bleue tr&#232;s-courte et de tr&#232;s-longues bottes de p&#234;cheurs, qui leur sont fournies par l'administration. L'instrument dont ils se servent pour remuer la boue et la pousser vers la Seine est une longue perche termin&#233;e en forme de truelle qu'ils appellent &lt;i&gt;rabot&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les matins, vers une heure, chaque division marche au rendez-vous. Elle est command&#233;e par un chef, qui porte sur le devant de son chapeau une plaque de cuivre o&#249; sont grav&#233;s ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[|PR&#201;FECTURE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de POLICE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;SERVICE DES EGOUTS.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHEF.|]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division tout enti&#232;re dispara&#238;t dans la branche d'&#233;gouts qui lui est assign&#233;e ; deux &#201;gouttiers seulement restent au dehors pour rouvrir le tampon quand il en sera temps. Quoique les fontaines aient coul&#233; de six &#224; sept heures sur le radier, cette descente n'est pas sans danger : il arrive que des gaz d&#233;l&#233;t&#232;res enveloppent le travailleur au moment o&#249; il atteint le bas de l'&#233;chelle. Il tombe suffoqu&#233;, il va p&#233;rir ; mais, au risque de partager son sort, ses camarades viennent a son secours. On voit, en pareil cas, &#233;clater ce noble d&#233;vouement dont la classe ouvri&#232;re a souvent donn&#233; des preuves. Le samedi 31 juillet 1841, &#224; onze heures du matin, une division d'&#201;gouttiers &#233;tait group&#233;e autour d'un tampon dans la rue d'Alger. Un homme manquait &#224; l'appel : il &#233;tait au fond du gouffre et r&#226;lait. La crainte arr&#234;tait ses confr&#232;res ; leur h&#233;sitation prolong&#233;e &#233;tait l'arr&#234;t de mort du malheureux asphyxi&#233;... Un jeune ouvrier se fait attacher avec une corde sous les aisselles, parvient jusqu'&#224; la victime, la saisit dans ses bras, remonte avec elle et la rappelle &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science a recherch&#233; les causes de ces accidents ; elle a analys&#233; l'air des &#233;gouts, et en a reconnu l'impuret&#233;. Tandis que celui que nous respirons se compose de vingt et une parties d'oxyg&#232;ne, de soixante et onze parties d'azote et de quelques milli&#232;mes seulement d'acide carbonique, l'air des &#233;gouts contient, suivant le calcul de M. Gaulthier de Claubry :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oxyg&#232;ne............................. 13,79 &lt;br class='manualbr' /&gt;Azote................................... 81,21 &lt;br class='manualbr' /&gt;Acide carbonique................. 2,01 &lt;br class='manualbr' /&gt;Hydrog&#232;ne............................ 2,99&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/egout_saint_germain.jpg' width='450' height='365' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carrefour St Beno&#238;t - Entr&#233;e de l'&#233;gout St Germain - 1837
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette atmosph&#232;re empest&#233;e lorsqu'elle ne tue pas, attaque les paupi&#232;res et les yeux et cause de douloureuses ophtalmies ; et cependant les Cureurs travaillent souvent dans l'&#233;gout de six heures et demie jusqu'&#224; onze heures, sans remonter, &#224; la lueur d'une petite lampe fumeuse. Si elle s'&#233;teignait ?... dites-vous ; et vous les voyez d&#233;j&#224; condamn&#233;s au destin du paysagiste Robert, perdu dans les catacombes de Rome :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il cherche, mais en vain : il s'&#233;gare, il se trouble ; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il s'&#233;loigne, il revient, et sa crainte redouble... &lt;br class='manualbr' /&gt;L'infortun&#233; d&#233;j&#224; voit cent spectres hideux, &lt;br class='manualbr' /&gt;Le d&#233;lire br&#251;lant, le d&#233;sespoir affreux, &lt;br class='manualbr' /&gt;La Mort !... Non cette Mort qui pla&#238;t &#224; la victoire, &lt;br class='manualbr' /&gt;Qui vole avec la foudre et que pare la gloire ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais lente, mais horrible, et tra&#238;nant par la main &lt;br class='manualbr' /&gt;La Faim, qui lui d&#233;chire et lui ronge le sein ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Son sang, &#224; ces pensers, s'arr&#234;te dans ses veines ; &lt;br class='manualbr' /&gt;Et quels regrets touchants viennent aigrir ses peines !... &lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant il esp&#232;re... Il pense quelquefois &lt;br class='manualbr' /&gt;Entrevoir des clart&#233;s, distinguer une voix ; &lt;br class='manualbr' /&gt;Il regarde, il &#233;coute... H&#233;las ! dans l'ombre immense &lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne voit que la nuit, n'entend que le silence, &lt;br class='manualbr' /&gt;Et le silence encore ajoute &#224; son horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rassurez-vous toutefois... Les &#201;gouttiers ont une telle habitude de leur noir labyrinthe, qu'ils savent pr&#233;cis&#233;ment l'endroit o&#249; ils sont, et pourraient d&#233;signer la rue sous laquelle ils barbottent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/les_cureurs.jpg' width='444' height='337' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Durant ces tristes occupations, aucune distraction n'est permise. La pipe aurait bien des charmes pour le Cureur : il en aspirerait avec d&#233;lices les bouff&#233;es odorif&#233;rantes ; cependant, comme il se trouve souvent dans la compagnie des gens que l'odeur de la pipe incommode, on s'en abstient par politesse. Il est d&#233;fendu de fumer, mais vous pouvez vous asseoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont l&#224;, &#224; dix m&#232;tres du sol ; le bruit des voitures leur parvient confus&#233;ment ; ils suivent &#224; pas lents, le rabot &#224; la main, ces longues galeries qui sont leur domaine. Par intervalles, l'un d'eux pousse un cri de joie : il vient de ramasser une pi&#232;ce de cinq francs ou une canne &#224; pomme d'or qui, &#233;chapp&#233;e la veille des mains de son propri&#233;taire, est tomb&#233;e par les fentes d'un tampon ; d'autres fois une exclamation d&#8216;horreur retentit : les &#201;gouttiers maudissent la mesure qui a supprim&#233; les tours, car ce lambeau sanglant qu'ils ram&#232;nent au bout de leur rabot, c'est le cadavre d'un enfant nouveau-n&#233; !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, ils ne trouvent rien que de la boue, partout et toujours. Cette boue, pr&#233;tendent-ils, loin d'&#234;tre malfaisante, a des vertus contre les plaies des jambes et les &#233;ruptions cutan&#233;es ; c'est un onguent, un excellent sp&#233;cifique ; mais il n'a malheureusement point d'action sur les rhumatismes, l'une des maladies ordinaires des Cureurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la marche, le chef qui pr&#233;c&#232;de la division examine avec soin l'&#233;tat de la vo&#251;te, et tient note des r&#233;parations &#224; effectuer, pour les signaler &#224; l'inspecteur-g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;gouttiers sont expos&#233;s non-seulement &#224; l'asphyxie, mais encore &#224; la submersion. Si tout &#224; coup le ciel se charge de nuages, si une pluie d'orage vient &#224; tomber, ils se verront renvers&#233;s &#224; l'improviste par les eaux, et entra&#238;n&#233;s vers la Seine. Cet accident est rare, mais on en a des exemples : l'on a vu des &#201;gouttiers, luttant contre des torrents tumultueux, se sauver &#224; la nage au milieu des t&#233;n&#232;bres, et gagner &#224; grand'peine leur &#233;chelle. En 1809, &#224; l'angle de la rue de Bondy, deux ouvriers sur sept furent noy&#233;s. Trois &#201;gouttiers p&#233;rirent, en 1820, dans le grand &#233;gout, pr&#232;s du faubourg du Temple ; et leur chef, apr&#232;s de longs efforts, eut le bonheur de s'accrocher &#224; une corde qu'on lui jeta par un tampon en face de la rue d'Angoul&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;120&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/pose_syphon.jpg' width='289' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris - Pose des syphons m&#233;talliques destin&#233;s &#224; donner passage &#224; l'&#233;gout collecteur, en amont du pont de l'Alma - 1868
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vers midi, les &#201;gouttiers revoient la lumi&#232;re du jour, et les hommes de chaque division vont d&#238;ner ensemble chez un gargotier. Apr&#232;s un modeste repas, ils reprennent leur promenade souterraine, et rafraichissent le fond du radier, que les eaux des bornes-fontaines baignent de midi &#224; deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les temps de gel&#233;e ou de s&#233;cheresse, les &#201;gouttiers enl&#232;vent les s&#233;diments adh&#233;rents au dallage des &#233;gouts. Leur service est alors moins p&#233;nible ; mais comme on compte annuellement &#224; Paris une moyenne de deux cent trente-quatre jours de vents humides et de cent quarante-deux jours de pluie, comme certaines ann&#233;es ont pr&#233;sent&#233; jusqu'&#224; trois cent vingt jours de pluie et cent vingt centim&#232;tres de hauteur d'eau pluviale, les &#201;gouttiers ont peu de chances d'interruption dans le cours de leur existence amphibie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quatre saisons, &#224; Paris, l'on essuie de la pluie et du vent, du vent et de la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour deux francs vingt-cinq centimes, pour trois francs quand ils ont le grade de chef, que ces hommes consentent &#224; s'enterrer vivants pendant la moiti&#233; de la journ&#233;e, &#224; pi&#233;tiner dans un marais f&#233;tide et naus&#233;abond. Au bout de vingt ans de service, ils ont droit &#224; une pension de trois cents francs. Ce salaire est-il proportionn&#233; a leurs fatigues, &#224; leurs dangers ?... Ne doit-on pas appr&#233;hender qu'un jour, las d'&#234;tre r&#233;tribu&#233;s si modestement, ils refusent soudain de travailler ?... Que deviendrions-nous, grand Dieu ?... Le bourgeois parisien voit, sans trop d'inqui&#233;tude, les coalitions de serruriers, de forgerons, d'ouvriers en papiers peints, d'imprimeurs, etc. ; mais supposez une coalition des &#201;gouttiers : la fange s'accumule dans les canaux, et menace d'en sortir pour inonder Paris ; d'immondes vapeurs se r&#233;pandent ; la peste, le typhus, vont peupler les h&#244;pitaux ; l'existence m&#234;me de la ville est compromise un d&#233;luge de boue va l'ensevelir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;gouttiers sont, comme vous le voyez, les ma&#238;tres de la ville souterraine, les monarques du royaume des t&#233;n&#232;bres. En cette qualit&#233;, ils ont droit &#224; nos respects ; et, si nous songeons &#224; l'utilit&#233; de leur besogne, nous les indemniserons, par notre estime, de ce qu'elle a de rebutant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En diverses circonstances, l'administration a appel&#233; les savants &#224; s'occuper du sort des &#201;gouttiers. Lorsqu'il fut question de curer l'&#233;gout Amelot, abandonn&#233; et obstru&#233; depuis longtemps, le pr&#233;fet de police, M. Delavau, de concert avec M. de Chabrol, pr&#233;fet de la Seine, organisa une commission pour diriger les travaux de curage sans compromettre ni la salubrit&#233; publique ni la sant&#233; des ouvriers. Cette commission, compos&#233;e de MM. d'Arcet, Cordier, Girard, Devilliers, Parton, Gaulthier de Claubry, Labarraque et Chevallier, &#233;tait dirig&#233;e par Parent-Duch&#226;telet. Gr&#226;ce aux pr&#233;cautions prises par ces hommes savants et d&#233;vou&#233;s, le curage fut op&#233;r&#233; sans danger. Six mois suffirent &#224; trente-deux ouvriers pour extraire de l'&#233;gout Amelot et de ses embranchements &lt;i&gt;deux mille cent cinquante&lt;/i&gt; tombereaux de mati&#232;res solides, et trois fois autant de mati&#232;res molles ; et, au terme de cet effrayant travail, tous les &#201;gouttiers jouissaient de la sant&#233; la plus florissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assure m&#234;me que quelques-uns avaient engraiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les industriels - M&#233;tiers et professions en France, par &lt;i&gt;Emile de la B&#233;dolli&#232;re&lt;/i&gt;, avec cent dessins par &lt;i&gt;Henry Monnier&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parent-Duch&#226;telet &#233;value la longueur totale &#224; 35,856 m&#232;tres. Il n'a pu se la procurer en acte, &#171; parce que, dit-il, quelques personnes qui la connaissaient ne voulurent pas me la donner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;moire sur les inondations souterraines de Paris, in-4&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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