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	<title>Paris Anecdote</title>
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		<title>Les princes du ruisseau - Histoires et actualit&#233;s du biffin - 1901</title>
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		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



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&lt;p&gt;I. Du &#171; BIFFIN &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les biffins de Paris ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il serait difficile, &#224; notre &#233;poque, o&#249; le pittoresque s'en va, de trouver un sujet d'&#233;tude plus int&#233;ressant. Le champ d'exploration est illimit&#233;. Leurs cit&#233;s s'&#233;chelonnent autour de la ville, par del&#224; les fortifications o&#249; les a refoul&#233;s petit &#224; petit le progr&#232;s envahissant ; elles c&#244;toient les cimeti&#232;res lointains, les lignes de ceinture, les villas de rentiers, formant comme le repoussoir des rues droites et des boulevards luxueux ; ce sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Du &#171; BIFFIN &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt; de Paris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait difficile, &#224; notre &#233;poque, o&#249; le pittoresque s'en va, de trouver un sujet d'&#233;tude plus int&#233;ressant. Le champ d'exploration est illimit&#233;. Leurs &lt;i&gt;cit&#233;s&lt;/i&gt; s'&#233;chelonnent autour de la ville, par del&#224; les fortifications o&#249; les a refoul&#233;s petit &#224; petit le progr&#232;s envahissant ; elles c&#244;toient les cimeti&#232;res lointains, les lignes de ceinture, les villas de rentiers, formant comme le repoussoir des rues droites et des boulevards luxueux ; ce sont &#238;lots dans l'&#238;le, villes dans la ville, habit&#233;s par des gens singuliers, v&#234;tus, Dieu sait comme, d'habits jet&#233;s au rebut, farouches jusqu'&#224; l'orgueil dans un m&#233;pris souverain du bourgeois gant&#233; de frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, cependant, ils commencent &#8212; aussi eux &#8212; &#224; s'uniformiser. L'ordonnance de 1884 a port&#233; un rude coup aux mille pauvres h&#232;res, porteurs de hottes et de lanternes, qui s'en allaient, d&#232;s la nuit close, comme Diog&#232;nes ressuscit&#233;s, le long des maisons et des trottoirs, et l'on chercherait longtemps le type que nous d&#233;crit M. Jules Dementhe, ce type popularis&#233; par les dessins de Gavarni et autres, qui donnait tant d'animation pittoresque aux carrefours parisiens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Torse droit, front courb&#233;. Sa lanterne ballotte, &lt;br class='manualbr' /&gt;Couvrant les d&#233;tritus d'un rouge&#226;tre glacis. &lt;br class='manualbr' /&gt;Automatiquement, le croc, prompt et pr&#233;cis, &lt;br class='manualbr' /&gt;Va de la hotte au tas et du tas &#224; la hotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un panama sans fond lui cercle les sourcils, &lt;br class='manualbr' /&gt;Ses poils ont l'aspect des neiges sales. La crotte &lt;br class='manualbr' /&gt;A rapi&#233;c&#233; les trous du pantalon qui frotte &lt;br class='manualbr' /&gt;Autour des tibias par la crasse roussis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impassible, il besogne &#224; son tri. Le vacarme&lt;br class='manualbr' /&gt;Hurlant sur ses talons de quelque &#233;meute en arme &lt;br class='manualbr' /&gt;Ne lui ferait dresser l'oreille ni les yeux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanternier philosophe, ami de l'heure sombre, &lt;br class='manualbr' /&gt;Il vague, projetant, maigre, sordide et vieux, &lt;br class='manualbr' /&gt;Du d&#233;dain sur la vie et du jour sur l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_991 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/01.jpg' width='373' height='602' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le chiffonnier a certainement exist&#233; de tout temps. Diog&#232;ne, auquel on le compare souvent, n'&#233;tait, en somme, qu'un prince du ruisseau. On l'a d&#233;cor&#233; du titre de philosophe parce qu'il n'avait pas un sou vaillant et qu'il vivait dans un tonneau.... J'ai id&#233;e qu'il a d&#251; plus d'une fois ramasser sur le chemin sa pitance du jour. Le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt;, lui, s'il n'est pas philosophe de nature, le devient par m&#233;tier ; quoi de plus suggestif &#224; ce point de vue que les champs de gadoue !.... Bouquets fan&#233;s, m&#232;ches de cheveux, portraits p&#226;lis, mouchoirs brod&#233;s.... tout ce qui fut de la joie, de la souffrance, de la passion, est &#233;tal&#233; p&#234;le-m&#234;le dans une promiscuit&#233; de mauvais go&#251;t, il faut l'avouer, et... un peu repoussante. Le chiffonnier y plonge ses mains noircies, tel un fossoyeur d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; ne s'occupa gu&#232;re de lui avant le XVII&#232;me si&#232;cle. En 1701, M. le lieutenant de police d'Argenson, saisi de nombreuses plaintes de bourgeois d&#233;licats (il y en a eu de tout temps, aussi, de ceux-l&#224;), &#233;dicta une ordonnance capitale au dernier chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; ... Nonobstant les d&#233;fenses qui leur furent par nous r&#233;it&#233;r&#233;es l'ann&#233;e derni&#232;re, de sortir de leurs maisons &#224; minuit et de marcher dans les rues sous pr&#233;texte d'amasser des chiffons, ce qui peut donner lieu &#224; la plus grande partie des vols qui se font tant des auvents que des grilles et des enseignes, m&#234;me causer et favoriser les ouvertures des boutiques, salles et cuisines qui sont au rez-de-chauss&#233;e, estant facile auxdits chiffonniers d'en tirer avec les crocs dont ils se servent, les linges et la plupart des choses qu'on a coutume d'y laisser ; &#224; quoy &#233;tant n&#233;cessaire de pourvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Ordonnons que les arrests, statuts et r&#232;glements de police seront ex&#233;cut&#233;s selon leur forme et leur teneur ; en cons&#233;quence avons fait d&#233;fense &#224; tous chiffonniers, chiffonni&#232;res et autres, de vaquer par les rues, ny d'amasser des chiffons avant la pointe du jour, &#224; peine de trois cents livres d'amende et de punitions corporelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'un si&#232;cle s'&#233;coula ; M. d'Argenson d&#233;c&#233;da, l'ordonnance fut rong&#233;e par les mites, et les &lt;i&gt;hommes sombres&lt;/i&gt; continu&#232;rent &#224; r&#244;der d&#232;s la nuit close.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien mieux, ils se mirent &#224; pulluler, au point de devenir inqui&#233;tants. Voyez-vous qu'un jour, au lieu d'une guerre de Vend&#233;e, on e&#251;t eu une guerre de la montagne Sainte-Genevi&#232;ve ou de la rue Mouffetard.... &#171; Dix mille hommes, v&#234;tus sordidement, arm&#233;s de crochets visqueux, ont mis en fuite la garde imp&#233;riale.... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_992 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/02.jpg' width='461' height='507' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;M. de Belleyme, pr&#233;fet de police de ce temps-l&#224;, ordonnan&#231;a donc &#224; son tour et cr&#233;a la &lt;i&gt;m&#233;daille&lt;/i&gt;. Chaque professionnel devait en porter un &#233;chantillon sur la poitrine, mentionnant son nom, son &#226;ge, son signalement, voire m&#234;me son sobriquet, plus un num&#233;ro d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;dailles &#233;tant d&#233;livr&#233;es &#224; la pr&#233;fecture, l'on devait fatalement, semblait-il, conna&#238;tre bient&#244;t le nombre des chiffonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illusion br&#232;ve. Le p&#232;re passait sa m&#233;daille &#224; son fils, le fils la repassait &#224; sa soeur, &#224; son oncle, &#224; son &lt;i&gt;copain&lt;/i&gt;.... Pour &#234;tre en r&#232;gle avec le sergent de ville, on changeait de sobriquet, et voil&#224; tout. Cela m&#234;me donnait lieu &#224; des sc&#232;nes d'un comique intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment vous appelez-vous ? demandait l'agent &#224; un homme accroupi sur son tas.
&lt;br /&gt;&#8212; Moi ? L'Hareng-saur.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous ?
&lt;br /&gt;&#8212; Boule-de-suif, M'sieu l'agent.
&lt;br /&gt;&#8212; Et vous ?
&lt;br /&gt;&#8212; Attendez que j'y regarde.... La Couleuvre.
&lt;br /&gt;&#8212; Voyons un peu, disait l'agent qui prenait les m&#233;dailles. Boule-de-suif, cette m&#233;daille ne vous appartient pas. Ce n'est pas votre signalement. C'est une m&#233;daille pour femme grosse de trente-cinq ans. &lt;br /&gt;&#8212; Si on peut dire ! C'est pas moi Boule-de-suif ? s'exclamait l'homme en se redressant. Dis donc, l'Hareng-saur, comment que j'm'appelle ?
&lt;br /&gt;&#8212; Boule-de-suif.
&lt;br /&gt;&#8212; Et toi, La Couleuvre ?
&lt;br /&gt;&#8212; Boule-de-suif.
&lt;br /&gt;&#8212; Ben, vous voyez ! M'sieu l'agent, reprenait triomphalement l'incrimin&#233;, c'est moi, Boule-de-suif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agent fermait les yeux. Pourquoi voulez-vous arr&#234;ter des gens parce qu'ils ramassent des chiffons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ordonnance resta donc lettre morte, en pratique..... et les chiffonniers furent plus rois que jamais. Durant cinquante ann&#233;es, ils connurent une f&#233;licit&#233; sans borne, travaillant selon leur plaisir, gagnant suffisamment et buvant comme des trous de lande polonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cuisini&#232;res, les bonnes, aussi, &#233;taient moins rapaces, plus ignorantes de la valeur des d&#233;chets... &#226;ge d'or ! Les &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt; avaient leurs cit&#233;s &#224; eux, leur langage &#224; eux, leurs auberges &#224; eux. On cite, entre autres &#233;tablissements honor&#233;s de leur client&#232;le, le restaurant &lt;i&gt;A l'Hasard de la Fourchette&lt;/i&gt;, situ&#233; dans les environs de la place Maubert, o&#249; l'on d&#238;nait pour un sou. Chaque client apportait sa provision de rogatons, d'os et de graisse ; on mettait le tout &#224; bouillir dans une grande marmite, puis chacun venait &#224; la queue leu leu plonger une longue fourchette parmi la bouillabaisse ainsi obtenue. Tant pis pour celui qui retirait un mauvais morceau : son sou &#233;tant donn&#233; d'avance, il n'avait rien &#224; r&#233;clamer ; heureux celui qui harponnait une t&#234;te de canard !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/03.jpg' width='500' height='338' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autour des Halles, &#233;galement, les &#233;tablissements pullulaient o&#249; les chevaliers du crochet venaient r&#233;guli&#232;rement &lt;i&gt;se saouler jusqu'&#224; la mort&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, en 1850, il y avait une trentaine de sp&#233;culateurs qui achetaient aux chiffonniers leurs hott&#233;es, pour trier, laver les d&#233;tritus, et les revendre aux industriels. Le chiffre d'affaires s'&#233;levait d&#233;j&#224;, annuellement, &#224; pr&#232;s de deux millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chiffonnier devient alors une figure parisienne, un meuble oblig&#233; de la grande cit&#233;. Des &#233;crivains l'&#233;tudient, lui pr&#234;tent des sentiments. Lab&#233;dolli&#232;re, Victor Fournel, Eug&#232;ne Sue, Victor Hugo, Baudelaire, tour &#224; tour le diss&#232;quent ou l'amplifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Fournel, en particulier, dans son ouvrage sur les &lt;i&gt;Rues de Paris&lt;/i&gt;, a &#233;crit quelques pages fort int&#233;ressantes sur les habitants des ruelles, leurs m&#339;urs et leur psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les chiffonniers, dit-il, sont d&#233;daigneux &#224; l'&#233;gard des bourgeois, ils ne frayent qu'entre eux ; ils forment une soci&#233;t&#233; &#224; part, r&#233;gie par de v&#233;ritables statuts. Ils honorent leurs anciens et les alimentent pieusement de tabac et d'eau-de-vie aux frais du Tr&#233;sor public. C'est un peuple de Zingaris en campement dans Paris, peuple sombre et d&#233;guenill&#233;, ayant l'ivresse bruyante et terrible, le regard fauve sous un sourcil &#233;pais, la barbe sale et la voix avin&#233;e. Ils inspirent une peur instinctive au digne citadin, qui les regarde comme une famille de r&#233;prouv&#233;s et de maudits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques vaines tentatives de gros industriels et financiers qui cherch&#232;rent tour a tour, par l'interm&#233;diaire de la Ville, &#224; les embrigader ; apr&#232;s l'alerte de 1870, alerte s&#233;rieuse puisque de cette ann&#233;e datent les premi&#232;res bo&#238;tes &#224; ordures, l'ordonnance de M. Poubelle, en date du 7 mars 1884, vint comme un coup de foudre saper par la base l'institution vagabonde et lui retirer &#8212; passez nous l'expression &#8212; le pain de la bouche. Cette ordonnance &#171; enjoint aux propri&#233;taires des maisons de rapport d'avoir &#224; faire usage de bo&#238;tes en m&#233;tal num&#233;rot&#233;es pour d&#233;poser les immondices dont ils veulent se d&#233;barrasser. D&#233;fense est faite aux chiffonniers de vider ces boites sur la voie publique pour y chercher ce qui peut convenir &#224; leur industrie.... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un moment de d&#233;lire dans la horde des gagne-petit. Bien que l'ordonnance vint &#224; son heure, apr&#232;s l'&#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra, une v&#233;ritable campagne de presse se poursuivit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffonniers organis&#232;rent des r&#233;unions, des &#171; m&#233;tingues &#187;, et envoy&#232;rent &#224; la Chambre une d&#233;l&#233;gation compos&#233;e de trois ouvriers et d'un ma&#238;tre chiffonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier Fran&#231;ois, dit &#171; Bijou &#187;, puis M. Aniel firent des d&#233;clarations sensationnelles. Chiffres en main, ils d&#233;montr&#232;rent que leur gain d&#233;j&#224; minime &#8212; 2 fr. 25, environ par personne &#8212; se trouvait r&#233;duit &#224; 1 fr. 05, et que &lt;i&gt;la boite du pr&#233;fet &lt;/i&gt; &#233;tait la mort du coureur au profit du &lt;i&gt;placier&lt;/i&gt; toujours plus riche....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps lointains !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/04-2.jpg' width='454' height='599' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La poubelle, crasseuse et matricul&#233;e, a r&#233;sist&#233; &#224; toutes les attaques. Le chiffonnier n'a plus que quelques heures pour effectuer sa r&#233;colte chaque matin. Aussi le type du vieux &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt; dispara&#238;t-il, petit &#224; petit, de m&#234;me que ses cit&#233;s reculent de jour en jour vers la destruction compl&#232;te. Il ne court plus comme jadis de tas en tas, la hotte sur l'&#233;paule, la lanterne et le crochet aux mains. Les placiers. apr&#232;s avoir &#233;t&#233; l'exception, sont devenus la majorit&#233;. Ils ont leur rue &#224; eux, leur quartier m&#234;me, qu'ils exploitent r&#233;guli&#232;rement chaque jour. C'est eux, souvent, qui montent aux &#233;tages chercher les boites des locataires. D'autres payent une redevance mensuelle &#224; telle concierge d'h&#244;tel cossu. Dans tous les cas, il est forc&#233; de conna&#238;tre toutes les bonnes et les tire-cordon de l'endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien mieux, il vend sa &lt;i&gt;place&lt;/i&gt; comme le propri&#233;taire vend son vignoble. L'acheteur vient s'assurer &lt;i&gt;de visu&lt;/i&gt;, durant deux ou trois matins, que le tas est bon, puis il paye comptant..... 50, 100 francs, selon le rapport. Le vendeur pr&#233;sente son successeur aux concierges des diff&#233;rentes maisons dans lesquelles il a le privil&#232;ge d'enlever la boite aux d&#233;chets. Le placier sait toujours ainsi ce qu'il gagnera dans la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/06.jpg' width='429' height='504' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le coureur, par suite, est devenu tr&#232;s pauvre. Il maraude le plus souvent, profite de ce que le placier est occup&#233; dans une maison pour venir bien vite dans la maison voisine faire sa petite r&#233;colte. Si d'aventure le placier le surprend, malheur et casse-cou : un pugilat extravagant met en liesse toutes les comm&#232;res des environs, et souvent l'intrus, ross&#233; d'importance, insult&#233; par les femmes, s'&#233;loigne comme un cerf aux abois, r&#233;duit, pour ne pas crever de faim, &#224; courir les gadoues et &#224; gratter de ses ongles le fumier sinistre pour en retirer un maigre butin. Quel butin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait parfois d'&#233;tranges rencontres dans ce monde mis&#233;rable. Si la plupart des membres de la corporation sont n&#233;s dans les cit&#233;s et y ont v&#233;cu , quelques-uns, recrues plus ou moins anciennes, ont connu des jours glorieux. L&#224;, comme partout, peut &#234;tre plus qu'ailleurs, errent des d&#233;class&#233;s, rat&#233;s de la vie, ayant occup&#233; jadis une situation quelquefois brillante. Comment sont-ils descendus l&#224; ? La vie a de tels heurts et de tels contrastes qu'il ne faut s'&#233;tonner de rien. L'alcool pour les uns, pour d'autres une histoire d&#233;shonorante, en les rejetant de leur milieu, les a conduits de bouge en bouge &#224; la petite maisonnette de planches vermoulues o&#249; croupissent les &#233;paves des civilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/05.jpg' width='500' height='382' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'alcool est le philtre bienfaiteur (?) qui leur fait oublier &#224; tous la hideur de leurs cabanes, le haillon de leur v&#234;ture. Ivres, ils se redressent, tiennent des discours magnifiques, quittes &#224; se heurter le lendemain, la bourse vide, &#224; la sinistre r&#233;alit&#233;. Il faut voir, aux jours de vente, les cabarets o&#249; se r&#233;unissent pour &lt;i&gt;siffler la verte&lt;/i&gt;, les femmes, leurs hommes, les enfants et les a&#239;euls. Dans la salle r&#232;gne une odeur &#233;trange, une atmosph&#232;re faite de fum&#233;e de tabac et de relents de boisson. Les moindres coins sont occup&#233;s. En entrant, les fronts sont soucieux : le &lt;i&gt;gros de campagne&lt;/i&gt; est en baisse, tomb&#233; &#224; rien. Aussi on s'affale dans un coin en &lt;i&gt;marronnant&lt;/i&gt;, discutant d'une voix creuse les causes du malheur. Puis la voix s'&#233;l&#232;ve, les coudes se mettent &#224; l'aise sur la table visqueuse, la griserie monte avec l'oubli, et tous ces gens l&#224; se prennent &#224; chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; r&#232;gne en ma&#238;tre. Plus de discorde. Le placier, le coureur, le trieur de gadoues, le chineur fraternisent devant la verte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trieurs de gadoues ou &#171; seconde heure &#187; sans contredit sont les plus mis&#233;rables ; &#224; peine s'ils gagnent quelques sous dans la journ&#233;e. La plupart ne quittent jamais Pantin ou Gennevilliers, retournant du matin au soir les amas d'ordures. Durant l'hiver, leur sort est affreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chineurs, eux, sont gens malins ; ils ach&#232;tent aux &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt;, aux m&#233;nag&#232;res, et revendent &#224; profit. Quelques-uns ont une sp&#233;cialit&#233;, qui pour le v&#234;tement, qui pour la chaussure ; c'est eux qui alimentent les march&#233;s aux puces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus r&#232;gnent les marchands en gros et en demi-gros. Ceux-l&#224; poss&#232;dent des ateliers et occupent des ouvriers pour faire le triage des marchandises. Ils vivent grassement, ach&#232;tent &#224; vil prix, exploitant sans distinction tous les &#171; princes du ruisseau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/07.jpg' width='500' height='206' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. &#8212; LES CIT&#201;S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt; aiment &#224; vivre en soci&#233;t&#233;. Cela se comprend. Plac&#233;s &#224; l'un des derniers &#233;chelons de l'&#233;chelle sociale, ils se sentent m&#233;pris&#233;s de l'homme correct ; ils se rendent vaguement compte qu'on les met un peu &#224; l'&#233;cart avec les vieux pots et les vieux fonds de culotte. Aussi, &#224; l'instar des exil&#233;s, qui se rapprochent pour causer du pays, ils se groupent par tribus, par &lt;i&gt;cit&#233;s&lt;/i&gt;, pour trier leurs chiffons et vivre leur vie &#224; eux, sans contr&#244;le de gens d&#233;go&#251;t&#233;s ni col&#232;re de propri&#233;taires indign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cit&#233;s datent de loin. Jadis elles occupaient des quartiers entiers de Paris. Telle rue magnifique d'aujourd'hui, bord&#233;e de boutiques pimpantes et d'h&#244;tels superbes, n'&#233;tait alors qu'une ruelle f&#233;tide bord&#233;e d'immondices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, en effet, ce qu'&#233;crit M. Victor Meunier, en l'ann&#233;e 1855 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voulez-vous des effets vigoureux de mis&#232;re ? En voil&#224;. A peine si les bouges du ghetto &#224; Rome, et les repaires de White Chapel &#224; Londres, pourraient en offrir de cette couleur-l&#224;. Qui n'a pas vu la rue Delambre n'a rien vu. Sur le territoire maudit qui n'en est pas moins un refuge de b&#233;n&#233;diction pour les malheureux qui y grouillent, un village entier vient de sortir de terre, avec la permission de l'administration des hospices, laquelle n'emp&#234;che pas le premier occupant de s'y &#233;tablir. La partie la plus ardue de l'op&#233;ration, ce n'&#233;tait pas la b&#226;tisse, mais la r&#233;union des mat&#233;riaux de construction. Il y a fallu tout le temps qu'un chiffonnier peut mettre &#224; ramasser dans les boues, au coin des bornes, et &#224; transporter dans sa hotte assez de gravats, verre cass&#233;, d&#233;bris de trottoirs, &#233;clats de bois pour enceindre un espace assez &#233;lev&#233; pour qu'un homme s'y tienne debout, assez large pour qu'il puisse s'y coucher sur la terre humide, car, les maisons sont de niveau avec la rue et n'ont pas plus de plancher que de fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; On peut voir en ce moment tous les degr&#233;s d'&#233;volution que ces constructions parcourent depuis l'&#233;tat d'ordures jusqu'&#224; l'&#233;tat d'ach&#232;vement. Telle maison est couverte de papier goudronn&#233;, mais c'est du luxe ; le plus souvent on la couvre de n'importe quoi et n'importe comment : bouts de planches, morceaux de paravents, loques et chiffons, cela suffit pour constituer un simulacre d'abri. De cet &#233;trange amas, s'&#233;l&#232;ve, &#231;&#224; et l&#224;, un tuyau de po&#234;le qui atteste, de la part des habitants, la pr&#233;tention de se procurer l'agr&#233;ment d'une temp&#233;rature supportable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue Delambre n'est point une exception : la cit&#233; Dor&#233;e de Montparnasse, la petite Pologne situ&#233;e sur les terrains Monceau, le clos Macquart pr&#232;s la rue Secr&#233;tan, la rue Sainte-Marguerite entre le faubourg Saint-Antoine et la rue de Charonne, le petit Mazas sur la route de la R&#233;volte, la cit&#233; Foucault dite &#171; cit&#233; de la femme en culotte &#187;, du nom de la propri&#233;taire, Mme Foucault, qui avait imagin&#233; de gagner sa vie en s'habillant masculinement... et bien d'autres, formaient en plein Paris des campements h&#233;t&#233;roclites, vrais foyers d'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_998 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/08.jpg' width='492' height='513' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;A Saint-Ouen
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la partie la plus recul&#233;e de l'enceinte, dit le Dr Du Mesnil, loge le principal locataire qui administre le refuge. Il est chiffonnier en gros ; c'est lui qui centralise les produits du travail de ses coll&#232;gues. Il a install&#233; dans son d&#233;p&#244;t un d&#233;bit de boissons. C'est &#224; son comptoir que vraisemblablement il paye les marchandises qu'il ach&#232;te. Sans le calomnier, nous pouvons dire que, le loyer de la semaine pay&#233; &#8212; et on l'exige d'avance, &#8212; la plus grande partie de l'argent qu'il a vers&#233; comme chiffonnier en gros lui rentre sous forme d'alcool d&#233;bit&#233; &#224; ses vendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Et alors on se demande ce qui reste pour les besoins du m&#233;nage, pour tout ce petit monde qui s'alimente trop souvent, faute de mieux, avec les d&#233;chets domestiques ramass&#233;s dans les ruisseaux de Paris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les cabanes &#233;taient lou&#233;es &#224; la semaine de i fr. 50 &#224; 2 fr. 50. C'est dire combien le malheureux &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt; &#233;tait exploit&#233;, la plupart des logements ne co&#251;tant gu&#232;re plus de 80 francs &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui sa situation n'est gu&#232;re meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trente ans, Paris s'est constamment d&#233;velopp&#233; ; la pioche du d&#233;molisseur a jet&#233; bas toutes les anciennes b&#226;tisses, parfois pleines de souvenirs pittoresques qui donnaient tant de cachet &#224; l'ancienne ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cit&#233;s de chiffonniers ont &#233;t&#233; du nombre des victimes. Chass&#233;es comme des parasites de leurs emplacements, elles ont pass&#233; les &lt;i&gt;fortifs&lt;/i&gt; et sont venues s'&#233;taler dans la banlieue tol&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales sont situ&#233;es &#224; Saint-Ouen, &#224; Vanves, &#224; Clichy, &#224; Pantin. Chacune rivalise d'irr&#233;gularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes all&#233; en visiter quelques-unes ; nous avons parcouru entre autres les cit&#233;s Millet et Coiffrel, les plus pittoresques assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont, &#224; droite de l'avenue Michelet, des ruelles &#233;troites, bord&#233;es de cabanes indescriptibles, ayant devant leurs portes une sorte de cour encombr&#233;e d'objets de toutes formes. Les unes sont pourvues d'un petit hangar qui sert de magasin ou d&#233;p&#244;t, les autres sont isol&#233;es, et la m&#234;me pi&#232;ce r&#233;unit le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt;, sa famille, ses meubles, son linge, sa nourriture et sa r&#233;colte quotidienne. Des enfants crasseux errent parmi les sacs empil&#233;s ; des femmes spectrales, en des caracots cr&#233;pusculaires, vont et viennent, fur&#232;tent ainsi que des m&#233;g&#232;res de contes de f&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_999 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/09.jpg' width='485' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous frappons &#224; la porte de l'une d'elles, apr&#232;s avoir us&#233; de mille pr&#233;cautions pour traverser la courette obstru&#233;e. A droite, des loques sont &#224; s&#233;cher ; &#224; gauche, un fumier croupit ; devant nos yeux, par terre, tout autour de nous, des ferrailles rouill&#233;es, des boites d&#233;chiquet&#233;es, des pots f&#234;l&#233;s, des bois vermoulus, des sacs &#233;ventr&#233;s, des paniers d&#233;fonc&#233;s.... montrent leur d&#233;cadence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme entr'ouvre aussit&#244;t son huis et montre un visage triste o&#249; luisent deux yeux d&#233;daigneux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On ne passe pas par l&#224;, dit-elle d'une voix rauque.
&lt;br /&gt;&#8212; Faites excuse, Madame, r&#233;ponds je, je venais vous demander la permission de visiter votre maison et de prendre quelques photographies.
&lt;br /&gt;&#8212; Des photographies ?.... Faut demander &#231;a &#224; mon homme.... Eug&#232;ne ! appelle t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une t&#234;te hirsute surgit d'un tonneau d&#233;labr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben quoi ?
&lt;br /&gt;&#8212; Vl&#224; un Monsieur qui demande &#224; photographier not'h&#244;tel.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'il aille se faire...! J'me d&#233;range pas, j'ai pas le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'interviens bien vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Inutile de vous d&#233;ranger, Monsieur, fais-je avec une exquise politesse, cela demande trois secondes au plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#234;te hirsute se renfonce en grognant, et je me mets &#224; arpenter le labyrinthe pouilleux &#224; la mani&#232;re des Indiens sioux dans la danse des oeufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chien efflanqu&#233; vient mettre son museau contre mon pantalon, en qu&#234;te d'une caresse que je refuse ; des chats &#233;tiques se silhouettent dans les amas de chiffons ; en une cage rouill&#233;e deux chouans me &lt;i&gt;reluquent&lt;/i&gt; avec leurs yeux ronds, grignotant je ne sais quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brr !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/10-3.jpg' width='500' height='474' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'entre ensuite dans &lt;i&gt;l'h&#244;tel&lt;/i&gt;. Madame est en train de balayer ; il fait une obscurit&#233; d'enfer ; une vague odeur de moisi me saisit &#224; la gorge ; sur un fourneau d&#233;labr&#233; cuit un brouet odorant ; dans le fond, en guise d'alc&#244;ve, deux indiennes fan&#233;es cachent un chaos de haillons quelconques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ose trop m'avancer. La m&#233;nag&#232;re est l&#224; qui balaye toujours en me regardant d'un air quasi col&#233;reux. Elle se demande sans doute ce que je viens faire par l&#224; et n'est pas loin de me dire des mots choisis. Je flaire une aventure pas dr&#244;le et je m'esquive lestement en soulevant mon chapeau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1001 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/11-2.jpg' width='358' height='599' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A l'entr&#233;e de la ruelle, fatalement, appara&#238;t le &lt;i&gt;bistro&lt;/i&gt;, d&#233;bitant d'alcools frelat&#233;s. C'est l&#224; que vont se vider les bourses l&#233;g&#232;res et les &#233;nergies atrophi&#233;es des mis&#233;rables habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les cit&#233;s, cependant, ne sont point aussi primitives. Quelques-unes, comme la cit&#233; Baudricourt, sont presque gaies avec les plantes grimpantes qui enguirlandent leur pauvret&#233; et les pots de fleurs qui masquent les fen&#234;tres. Certaines m&#234;me, en petit nombre h&#233;las ! sont propres et respirent l'aisance d'ouvriers rang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi les nomades, ceux qui habitent dans leurs voitures, travaillent et font leur cuisine en plein air. Certaines de leurs habitations n'ont que 2m,10 de long, 1m,10 de large et 1m,50 de hauteur ; d'autres sont tellement form&#233;es de bribes et de morceaux qu'on y chercherait en vain une trace du mod&#232;le primitif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1002 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/12.jpg' width='477' height='568' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici se place la question d'Hygi&#232;ne avec un grand H. Ces habitations sont-elles malsaines et peuvent-elles provoquer des &#233;pid&#233;mies ? Oui, si nous en croyons les sp&#233;cialistes ; non, si nous &#233;coutons les chiffonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. le Dr Du Mesnil, qui s'occupa toute sa vie des logements du pauvre et publia des notes fort int&#233;ressantes sur le monde des gagne-petit, avait fait des tentatives m&#233;ritoires pour qu'une suite durable f&#251;t donn&#233;e &#224; ses projets. Son plan &#233;tait simple et sage ; nous le trouvons d&#233;crit tout au long dans le rapport sur les travaux du Comit&#233; des habitations &#224; bon march&#233; de 1858.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il suffirait, dit-il, de construire un certain nombre de b&#226;timents dispos&#233;s en forme de quadrilat&#232;res avec logements &#233;lev&#233;s d'un rez-de-chauss&#233;e et magasins absolument ind&#233;pendants ; une large provision d'eau serait pr&#233;vue.... Les calculs faits &#224; cette occasion d&#233;montrent qu'il est possible de loger les chiffonniers dans des conditions relativement confortables sans leur demander un loyer plus &#233;lev&#233; que celui qu'ils payent actuellement. Enfin, pour assurer la vitalit&#233; de l'op&#233;ration qui, &#224; l'origine, ne porterait que sur un nombre tr&#232;s restreint de logements, on demanderait au Conseil g&#233;n&#233;ral de la Seine ou au Conseil municipal de Paris une subvention en argent ou en terrains : certainement, ces assembl&#233;es ne refuseraient pas d'encourager une oeuvre qui se proposerait &#224; la fois de donner un peu de bien-&#234;tre &#224; des travailleurs pour la plupart mis&#233;rables, et d'am&#233;liorer la sant&#233; publique..... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. le Dr Du Mesnil, vraisemblablement, n'avait point song&#233; &#224; l'opposition farouche que certains des &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt;, et non des moins intelligents, eussent apport&#233;e &#224; la r&#233;alisation de ce projet. J'en prends comme indication l'aventure piquante qui m'est arriv&#233;e la derni&#232;re fois que je visitais la cit&#233; Millet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais de parcourir la &lt;i&gt;Grande Rue&lt;/i&gt; et de sortir sur le boulevard. Mes all&#233;es et venues avaient intrigu&#233; au plus haut point les indig&#232;nes de l'endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes me regardaient passer d'un air soup&#231;onneux et les enfants me suivaient par groupes en criant tous ensemble. J'avais agi vite, heureusement, et, ma moisson d'instantan&#233;s &#233;tant faite, je gagnais le large sans dire un seul mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'avenue, en longeant un grillage, je m'avisai de jeter un coup d'oeil sur la cit&#233; tout envelopp&#233;e du soleil d'octobre. Les cabanes se silhouettaient d'une &#233;trange fa&#231;on en des lignes d'un pittoresque charmant ; on e&#251;t dit un campement de nomades install&#233; pour quelques heures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1003 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/13.jpg' width='500' height='468' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le grillage &#233;tait haut, et j'&#233;tais perplexe. Au del&#224; s'&#233;tendait un terrain vague, et je me demandais comment je pourrais passer l'autre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Bah ! me dis-je, le propri&#233;taire doit &#234;tre un gras bourgeois du centre, inutile de nous g&#234;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je soulevai un morceau de grillage &#224; moiti&#233; d&#233;fonc&#233; pour y musser mon appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine venais-je d&#233;faire ma petite op&#233;ration, qu'une grosse femme en cheveux sortit du &lt;i&gt;bistro&lt;/i&gt; voisin et me cria d'un ton col&#233;reux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben quoi ! o&#249; que vous voulez passer ? C'est &#224; moi, c'terrain-l&#224;, j'vous d&#233;fends d'y aller !
&lt;br /&gt;&#8212; Vous faites erreur, ma brave dame ; r&#233;pondis-je, je cherche tout simplement &#224; prendre une vue de la cit&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Une de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1004 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/14.jpg' width='500' height='304' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je la regardai en face, et lui r&#233;pondis sur le m&#234;me ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un frisson lui passa par tout le corps ; je la vis monter tout d'un coup au paroxysme de la col&#232;re. Elle fit trois pas en courant, passa entre moi et le grillage, croisa les bras, et rejeta la t&#234;te en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je vous d&#233;fends de toucher &#224; mon grillage ! rugit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois j'&#233;clatai de rire. Toute fr&#233;missante, elle continua &#224; me d&#233;biter des chapelets de mots choisis, auxquels je d&#233;daignai de r&#233;pondre, tout entier &#224; d'autres pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1005 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/16.jpg' width='500' height='251' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant des groupes s'&#233;taient form&#233;s ; quelques biffins s'approch&#232;rent, et l'un d'eux, aux yeux vifs et intelligents, interrompant... l'entretien, me demanda quel int&#233;r&#234;t j'avais &#224; photographier la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un int&#233;r&#234;t purement artistique, Monsieur, lui r&#233;pondis-je avec calme ; j'ai une s&#233;rie d'illustrations &#224; faire concernant votre profession et j'ai cru bon de venir travailler d'apr&#232;s nature.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est possible, r&#233;pondit-il, mais vous devez comprendre que nous autres, chiffonniers, nous ignorons qui vous &#234;tes. On est d&#233;j&#224; venu tant de fois nous emb&#234;ter, sous pr&#233;texte d'hygi&#232;ne ou d'autres balivernes, que nous avons r&#233;solu de ne point nous laisser faire d&#233;sormais.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais, dis-je, int&#233;ress&#233;, il me semble que votre cit&#233; est du domaine public ? Du moment que je n'entre point dans vos maisons, j'ai tout autant le droit de parcourir la ruelle que le boulevard o&#249; nous sommes. Du reste, chaque fois que j'ai d&#233;sir&#233; prendre une vue de maisonnette ou de tour, j'ai demand&#233; la permission &#224; qui de droit et on me l'a accord&#233;e tr&#232;s aimablement.
&lt;br /&gt;&#8212; C'est le tort qu'&lt;i&gt;on&lt;/i&gt; a eu, Monsieur, r&#233;pliqua nettement le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt;, dans un langage, ma foi ! tr&#232;s correct. Encore une fois, nous ne savons qui vous &#234;tes ; vous pouvez &#234;tre envoy&#233; par la Pr&#233;fecture de police.....
&lt;br /&gt;&#8212; Ah ! permettez, je n'ai pas une t&#232;te de mouchard....
&lt;br /&gt;&#8212; La t&#232;te n'y fait rien. Depuis longtemps l'on veut nous supprimer, donner le monopole du chiffon &#224; des grosses Soci&#233;t&#233;s de capitalistes, et l'on cherche par tous les moyens &#224; nous faire passer pour des gens ignobles, sales et dangereux pour la sant&#233; publique. L'hygi&#233;niste, comme le capitaliste, est notre adversaire. Les uns nous disent que nos logements sont malsains, nous sommes aussi bien portants qu'eux. Il nous plait &#224; nous d'habiter dans des maisonnettes b&#226;ties &#224; notre guise ; nos enfants y sont plus &#224; l'aise que dans les maisons de six &#233;tages avec vue sur la cour, o&#249; l'on &#233;touffe encore plus. Vivant de la rue, il nous faut des emplacements sp&#233;ciaux o&#249; nous puissions remiser nos marchandises sans avoir &#224; supporter les querelles des voisins.... Aussi, nous nous d&#233;fions avec juste raison de tous les intrus qui viennent, sous un pr&#233;texte ou un autre, visiter nos maisons.Que deviendrions-nous si l'on supprimait la poubelle et la gadoue ? Nous sommes plus de 50000 individus qui vivons du tas. Alors quoi ! On cr&#232;verait de faim, et les capitalistes se gobergeraient ! Jusqu'ici nous nous sommes content&#233;s de protester avec &#233;nergie ; &#224; chaque nouvelle attaque, nous avons oppos&#233; des arguments rationnels ; si l'on Veut passer outre, nous r&#233;sisterons par la force....&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/17.jpg' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le groupe s'&#233;tait &#233;largi ; des femmes, des enfants m&#234;me &#233;coutaient silencieusement, approuvant du geste. Je protestai de mes bonnes intentions &#224; leur &#233;gard, r&#233;p&#233;tant que mon but en les visitant &#233;tait purement artistique et que je n'avais point la sottise de les m&#233;priser ni de les prendre pour des assassins..... et je m'&#233;loignai songeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orateur m'avait cit&#233; diff&#233;rents articles de journaux o&#249; l'on parlait de la corporation d'une fa&#231;on absolument erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyez nos enfants, me disait-il en me montrant sa petite fille, certes tr&#232;s proprette, ils sont aussi bien &#233;lev&#233;s que les autres..... et l'on dit que nous aimons la salet&#233; ! Bien s&#251;r qu'il ne faut pas &#234;tre d&#233;go&#251;t&#233; pour mettre la main &#224; la p&#226;te, mais quoi ? chacun son m&#233;tier, on ne les emp&#234;che pas de mettre des gants, les hygi&#233;nistes, et d'habiter devant l'Op&#233;ra !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est-il le mot de la fin ?..... Tr&#232;s probablement, jusqu'au jour o&#249;, d'un trait de plume, le minotaure administratif suivra l'exemple de Londres et de Berlin en cr&#233;ant un monopole central des chiffons de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, il nous semble que la cr&#233;ation d'habitations modernes &#224; bon march&#233; avec magasins ind&#233;pendants serait un progr&#232;s r&#233;el o&#249; les &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt; n'auraient qu'avantage. Il y aurait m&#234;me mieux &#224; tenter, ce serait de les rendre petit &#224; petit propri&#233;taires de leur maison, par l'organisation de coop&#233;ratives bien comprises. Malheureusement le sens de l'&#233;conomie n'existe gu&#232;re chez lui. Il vit au jour le jour. M. Georges Renaud demandait &#224; un vieux &#171; coureur &#187; pourquoi il ne s'&#233;tait jamais mis chez lui, dans sa propri&#233;t&#233;. Le bonhomme haussa les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben s&#251;r, dit-il, qu'on devrait le faire. Faudrait m&#234;me pas cent francs, pour s&#251;r. Avec rien, des boites &#224; sardines, qu&#233;qu'planches et du m&#226;chefer. On n'en est pas sur la question du luxe, nous autres. Seulement, voil&#224;, faut louer un terrain. C'est pas cher, que vous direz.... J'sais bien. Faut tout de m&#234;me avoir de l'argent. Allez donc faire des &#233;conomies ! On mange d&#233;j&#224; deux fois rien. Alors quoi ! Faudrait pas boire ? Y a pas moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi se nourrit-il parfois de rogatons trouv&#233;s dans les poubelles ; les jours de vente, par exemple, il fait bombance et mange &#224; sa faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir alors..... avec quel entrain il arrive en tra&#238;nant la voiture branlante, avec quelle activit&#233; il fait le tri et remplit les sacs, avec quel soin il porte le tout chez le marchand de gros !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/18-2.jpg' width='499' height='459' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci souvent n'est gu&#232;re plus relev&#233; : seulement il a un petit capital, et sait le faire fructifier aux d&#233;pens des &lt;i&gt;camaros&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la vente est accomplie, bonne ou mauvaise, la maison s'anime ; dans la cit&#233; tout enti&#232;re courent des bruits de friture, des odeurs de viande ; les enfants vont et viennent, des paquets dans les mains ; des chats r&#244;dent en compagnie de molosses, miaulant et reniflant....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re, lui, est all&#233; chez le p&#232;re Isidore &lt;i&gt;siffler la pur&#233;e&lt;/i&gt; avec les copains, et discute la baisse du &lt;i&gt;gros de campagne&lt;/i&gt; ou raconte des souvenirs..... Puis les &lt;i&gt;gosses&lt;/i&gt; viennent avertir que le repas est pr&#234;t ; la salle se vide petit &#224; petit, et chacun s'en va nonchalant, mastiquer solidement autour des vaisselles &#233;br&#233;ch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hommes et femmes, apr&#232;s le d&#238;ner plus substantiel que d'habitude, prolongent le plaisir qu'ils &#233;prouvent &#224; rester sans rien faire, &#224; demi allong&#233;s, le regard vague, le ventre apais&#233;. Un engourdissement s'empare d'eux lorsqu'ils ont absorb&#233; le caf&#233; &#8212; l'eau tourment&#233;e &#8212; largement arros&#233; d'alcool. Les marmots seuls pi&#233;tinent dans la ruelle : les hommes s'assoupissent enfin, les femmes vont, viennent, n'en finissent pas de &#171; tourner et virer &#187;, de laver les pauvres ustensiles de m&#233;nage et d'user sur la terre battue les rares fibres de leurs balais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Dans l'apr&#232;s-midi, la salle du &lt;i&gt;bistro&lt;/i&gt; s'emplit &#224; nouveau. Les hommes s'y retrouvent au saut du grabat, riches encore de quelques sous qui restent de la vente du matin. Il ne reste bient&#244;t plus de place autour des tables on joue aux cartes, &#224; m&#234;me sur le bois, parmi les flaques de vin renvers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Les femmes, les jeunes surtout, ont suivi leurs hommes chez le p&#232;re Isidore et jouent aussi, les coudes sur la table..... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est toute l'ann&#233;e la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/19.jpg' width='416' height='496' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. &#8212; LA MOISSON DU PAV&#201;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; le commun des mortels est plong&#233; dans le plus immobile des sommeils, bien avant l'aube, le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt; parcourt les rues silencieuses. De ci, de l&#224;, toutes les cit&#233;s sont au complet. Hommes, femmes, enfants, attel&#233;s aux petites voitures ou accroupis dans les carrioles sur les sacs, sont arriv&#233;s dare-dare des lointains faubourgs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de temps &#224; perdre. A 6 heures en &#233;t&#233;, &#224; 7 heures en hiver, le boueur passe et, sans mis&#233;ricorde, enl&#232;ve le contenu des poubelles. Aussi quelle activit&#233; d&#233;vorante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'il soit besoin d'aucun r&#232;glement, les &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt; s'entendent toujours sur la question de l'emplacement. Chaque famille a son lot, son p&#226;t&#233; de maisons, son champ d'exploration dont elle est concessionnaire. En arrivant, chacun empoigne qui la hotte, qui le sac ; jeunes et vieux commencent la r&#233;colte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1009 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/20.jpg' width='500' height='605' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Souvent le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt; doit aller lui-m&#234;me chercher la poubelle dans la cour int&#233;rieure de la maison et l'amener sur le trottoir. L&#224;, aid&#233; de son gosse ou de sa femme, il renverse le tout sur une toile d'emballage solidement maintenue, une poussi&#232;re acre s'&#233;l&#232;ve. Courb&#233; &#224; genoux, avec une adresse de singe, l'homme harponne ce qui lu semble pr&#233;cieux et le jette dans un panier &#224; c&#244;t&#233; de lui. Cendres, &#233;pluchures, os, chiffons, tout est fouill&#233;, ramass&#233;, remis en place en moins de temps qu' il n'en faut pour le d&#233;crire. Tout lui est bon, du reste, depuis le clou rouill&#233; jusqu'&#224; la moindre rognure d'&#233;toffe. Et quelle aubaine, quand la femme d&#233;couvre une poup&#233;e sans bras, &#224; moiti&#233; habill&#233;e ; quelle aubaine quand l'homme trouve un os de gigot ou du marc de caf&#233; envelopp&#233; de papier. Parfois, une bonne compatissante, une dame charitable a mis dans un journal un morceau de viande de la veille ou des l&#233;gumes un peu br&#251;l&#233;s. Ce jour-l&#224;, il y a f&#234;te en l'estomac du &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1010 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/21.jpg' width='500' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le jour arrive. Le long des rues et des boulevards, c'est la descente matinale des ouvriers, employ&#233;s et trottins. Fini de fureter. Les boueurs arrivent &#224; pas pesants. Il est temps de d&#233;guerpir. Les sacs bond&#233;s sont solidement amarr&#233;s dans la petite voiture ou dans la carriole gard&#233;e par le chien au poil sale. En route pour la cit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil se l&#232;ve, &#233;gayant le geste de chacun ; les tramways roulent, les fiacres trottinent ; les usines, les ateliers ouvrent leurs portes, et tout un flot humain va et vient, affair&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt;, lui, n'est jamais press&#233;. Sa r&#233;colte est termin&#233;e. Il sait qu'il a toute l'apr&#232;s-midi pour op&#233;rer son tri. Quelquefois un membre de la famille est en retard ; on l'attend patiemment, assis sur la bordure du trottoir : le lieu du rendez-vous est immuable, impossible de se tromper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille est-elle au complet, en route ! On hisse les marmots au fa&#238;te de l'&#233;difice des sacs. Si la charge n'est pas trop forte, la femme grimpe &#224; son tour ; chacun se tasse comme il peut, en s'accrochant fermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il faut avoir le corps solide, pour r&#233;sister aux cahots de la guimbarde. L'homme, courb&#233; en avant, marche p&#233;niblement, haletant et soufflant ; les roues oscillent d'une fa&#231;on inqui&#233;tante, les planches craquent, et, sous la voiture, un chien hirsute s'&#233;trangle &#224; tirer, lui aussi, en poussant de temps &#224; autre un aboiement enrou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/22.jpg' width='500' height='525' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;rupins&lt;/i&gt;, eux, ont un cheval, petite ou grande b&#234;te au trot menu, frissonnant sous le harnais roussi ; il trotte avec un roulis de tout son corps, cingl&#233; sous les coups de fouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re, enfin, suivent les &#171; pur&#233;es &#187;, les &#171; ceusses qui vont-t-&#224; pied &#187; ; ceux-l&#224; plient sous le poids d'une hotte monstrueuse, ou de sacs &#233;normes, et tiennent &#224; la main des objets les plus disparates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voiturettes, carrioles, pi&#233;tons &#8212; th&#233;orie fantastique &#8212; franchissent la porte de l'octroi et viennent &#8212; enfin ! &#8212; se vider devant les cabanes l&#233;preuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! la journ&#233;e n'est pas finie. Il s'agit maintenant de trier la r&#233;colte, de s&#233;parer les os des chiffons, les clous du verre, de les classer par cat&#233;gories et de porter le tout chez le marchand de gros pour &#171; boire et manger &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi, &#224; Pantin principalement, l'on repart &#171; en seconde &#187; faire une nouvelle r&#233;colte sur les terrains o&#249; les boueurs sont venus d&#233;charger leurs tombereaux. Bien qu'ayant &#233;t&#233; retourn&#233;e d&#233;j&#224; plusieurs fois, la gadoue du matin peut encore renfermer des choses utilisables. Jusqu'au soir, femmes et enfants&#8212; les hommes n'ayant pu s'arracher aux d&#233;lices de l'alcool &#8212; fouillent et refouillent sans se lasser les amas d'immondices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; vont donc tous ces os, chiffons, bouts de papiers, bouchons, ferrailles, d&#233;tritus de toute sorte dont le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt; fait sa richesse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; ils vont ? Chez une foule d'industriels qui les lavent, les manient, les modifient et les relancent dans la circulation sous des formes nouvelles. Le chiffon fera votre fin papier &#224; lettres, belles madames ! La laine des vieux vestons fera vos &#233;l&#233;gants complets, jeunes dandys ! Les os feront manches &#224; couteaux, manches de parapluie.... Quant aux m&#233;taux, aux morceaux de verre, ils sont refondus et redeviennent marchandises toutes neuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie chiffonni&#232;re, en effet, a pris une extension consid&#233;rable depuis quelque vingt ans. Le chiffre d'affaires s'&#233;l&#232;ve, chaque ann&#233;e, &#224; 37 millions de francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chiffre para&#238;t &#233;norme, &#233;tonne au premier abord : en 1853, il n'&#233;tait gu&#232;re que de 2 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a trouv&#233; aujourd'hui le moyen de transformer tout ce qui n'est pas ordure proprement dite, cendre ou d&#233;chet v&#233;g&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1012 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/23.jpg' width='500' height='269' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait que les chiffons de toile ou de cotonnade servent &#224; fabriquer les papiers de luxe. &#171; La France, suivant les documents fournis par M. Georges Renaud, en exporte pour 27 millions sur lesquels Paris, &#224; lui seul, fournit 12 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Ce mouvement d'exportation est d&#251; &#224; une cause bien simple qui n'est autre que la chert&#233; du transport. Nous lisons, en effet, qu'un marchand de Paris, exp&#233;diant un wagon de 10 000 kilos de chinons &#224; un fabricant de papier d'Angoul&#234;me, payera 235 francs de transport et que, pour faire parvenir ces m&#234;me 10 000 kilos &#224; New-York, il ne payera que 200 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; On comprend que dans ces conditions, les marchands ont tout int&#233;r&#234;t &#224; envoyer leurs chiffons &#224; l'&#233;tranger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au chiffon de laine, il subit une transformation sp&#233;ciale et sert, une fois effiloch&#233;, &#224; confectionner de nouveaux tissus. L'on peut dire qu'il n'existe pas &#224; l'heure actuelle une &#233;toffe quelconque de laine, drap ou cheviotte, o&#249; n'entre pas au moins 25 % de laine ainsi obtenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux yeux du sp&#233;cialiste qui conna&#238;t les fins derni&#232;res des nippes humaines, &#233;crit M. G. d'Avenel, nous repr&#233;sentons tous une certaine esp&#232;ce de chiffons qu'il classe dans sa pens&#233;e, dont il fixe d'avance la destination et le prix. Le plastron qui bombe, &#233;blouissant sur la poitrine de ce gentleman, figurera bient&#244;t dans les &#171; gros bons pur fil &#187; tr&#232;s convenables pour les titres de rente. Les dessous de ces dames assises ici en robes de bal fourniront les &#171; superfins choisis &#187; excellents pour papier &#224; cigarettes. De ce mendiant agenouill&#233; &#224; la porte de l'&#233;glise viendront les &#171; vieux droguets et noirs &#187;, et de cette jeune fille qui lui fait l'aum&#244;ne, les &#171; mousselines neuves imprim&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les papiers imprim&#233;s servent &#224; fabriquer les cartonnages de toute sorte, et tel vieux bouquin de philosophie, tel trait&#233; de morale vient fortuitement, sous forme de carton &#224; chapeau, se balancer coquettement au bras d'une petite modiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1013 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/24.jpg' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Veut-on savoir combien il se consomme &#224; Paris de rago&#251;ts, de gigots, de pot-au-feu : Parcourons le magasin d'un sp&#233;cialiste. D'un c&#244;t&#233;, nous verrons tous les os de calibre et de bonne qualit&#233;, destin&#233;s &#224; prendre le chemin des ateliers de ferblanterie et de brosserie, ou ils se transformeront en brosses &#224; dent, en monture d'&#233;ventail, en manches de couteau, de parapluies, en chapelets....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; D'un autre c&#244;t&#233;, le menu fretin, les os qui ne peuvent servir &#224; rien autre chose, attendent de partir pour l'usine qui en fera de l'engrais et du noir animal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux m&#233;taux, ils sont tellement nombreux, qu'il serait bien sec et long de les &#233;num&#233;rer. Le plus int&#233;ressant, assur&#233;ment, est la boite &#224; sardines qui sert, une fois pass&#233;e au feu, &#224; fabriquer les mille joujous, soldats, chemins de fer, bonshommes articul&#233;s qui font la joie des marmots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plomb, le bronze, l'&#233;tain, le cuivre sont excessivement recherch&#233;s et rapportent de gros b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ponges, pass&#233;es au chlore, &#224; la chaux, et raccommod&#233;es habilement, sont vendues aux camelots, qui les revendent &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le chiffonnier recherche les cheveux avec soin ; il les met &#224; part soigneusement, car il s'en fait un commerce important. Quoi qu'en disent les coiffeurs, en effet, les nattes qu'ils vendent si cher ne sont point coup&#233;es toutes sur la t&#234;te des jeunes paysannes. Des statisticiens ont &#233;tabli qu'une femme renouvelait sa chevelure tous les sept ans, et cela rien qu'en &#244;tant chaque jour quelques cheveux de son peigne. Ceux-ci, jet&#233;s avec insouciance, sont nettoy&#233;s, d&#233;m&#234;l&#233;s, puis tress&#233;s, ondul&#233;s et souvent teints pour revenir sur la t&#234;te de leurs ex-propri&#233;taires quand l'&#226;ge ou la maladie a &#233;clairci la lourde chevelure des vingt ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bouchons font la joie des fabricants d'encre pour boucher leurs petits flacons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1014 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/25.jpg' width='500' height='383' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A propos de flacons, il est curieux de savoir comment certains biffins utilisent les bouteilles de toute esp&#232;ce qui portent encore une marque de fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien nettoy&#233;es et rinc&#233;es, elles sont class&#233;es par cat&#233;gories. Les parfumeries et dentifrices, les absinthes et les quinquinas, les chartreuses et champagnes surtout forment des stocks consid&#233;rables que le chiffonnier va revendre &#224; la maison de fabrique ou &#224; des entrepreneurs sp&#233;ciaux de contrefa&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de fois m'est-il arriv&#233; de passer devant de soi-disant &#171; d&#233;ballages en liquidation &#187; o&#249;, dans des caisses, gisaient p&#232;le-m&#234;le des bouteilles finement cachet&#233;es, des vins de bonne marque, des flacons d'eau de Cologne portant l'&#233;tiquette d une parfumerie en renom, le tout marqu&#233; &#224; des prix d&#233;risoires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; On liquide ! On liquide ! hurlait un commis quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bouteilles s'enlevaient rapidement (l'occasion semblait si excellente !) et l'on &#233;tait tout marri, en revenant, de constater que le vin vieux n'&#233;tait que du bois de camp&#232;che, l'eau de Cologne de l'eau color&#233;e, la liqueur du trois-six banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux vieilles chaussures, elles sont examin&#233;es soigneusement ; si elles ne sont pas trop minables, on leur refait une sant&#233; pour les exposer aux march&#233;s pouilleux, sinon elles vont &#224; l'&#233;choppe du cordonnier pour faire des r&#233;parations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas jusqu'aux cro&#251;tes de pain qui ne soient ramass&#233;es pour &#234;tre vendues aux charcutiers, et devenir la belle chapelure craquant sous la dent gourmande. Les ramasseurs de cro&#251;tes sont appel&#233;s : &lt;i&gt;boulangers en vieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils cumulent souvent cette profession peu banale avec celle de marchands de mouron ou vendeurs de coquilles d'escargots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a cit&#233; m&#234;me un bonhomme qui vendait des tripes pour chiens et peignait des pattes de dindons chez les &#233;piciers, histoire de les faire para&#238;tre plus frais aux cuisini&#232;res exp&#233;riment&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi le ramasseur de crottes de chiens. Tout le monde sait que ce..... produit est tr&#232;s recherch&#233; pour peausser les gants de Su&#232;de et leur donner une souplesse incomparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, l'on n'est jamais &#224; court de travail dans le monde chiffonnier. Son g&#233;nie industrieux lui fait voir un b&#233;n&#233;fice l&#224; o&#249; le quidam ne voit qu'une ordure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Chacun son m&#233;tier, n'est-il pas vrai ? comme me le disait le &lt;i&gt;biffin&lt;/i&gt; orateur de la cit&#233; Millet ; si je le fais, c'est que je le veux bien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1015 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/26.jpg' width='500' height='396' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. &#8212; LES MARCH&#201;S AUX PUCES.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appellation &#224; coup s&#251;r est originale.... &lt;i&gt;March&#233;s aux puces&lt;/i&gt; !..... Cela dit tout un monde de choses pas propres &#224; l'entendement du public d&#233;bonnaire. Et pourtant l'on s'y prom&#232;ne avec plaisir quand il fait un gai soleil. C'est dimanche, les faubourgs sont descendus, De ci, de l&#224;, le long de l'avenue, &#224; m&#234;me sur le trottoir, des &#233;talages les plus disparates aguichent l'oeil du promeneur par leur fouillis in&#233;narrable. Il y en a souvent jusqu'&#224; cinq et six cents m&#232;tres de longueur, et la foule se presse, s'entasse, s'arr&#234;te, sollicit&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par les boniments des vendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le march&#233; aux puces, c'est le lieu de rendez-vous fatal, in&#233;luctable, de tous les objets ayant d&#233;j&#224; servi, ayant, petit &#224; petit, d&#233;gringol&#233; tous les degr&#233;s de l'&#233;chelle sociale, et &#233;chouant l&#224; comme un soir d'hiver le financier ruin&#233; va demander l'hospitalit&#233; &#224; la porte d'un asile de nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Reliques, souvenirs, choses historiques, portraits de famille, vestiges d'un pass&#233; mort et oubli&#233;, d&#233;bris d'opulence, &#233;paves de fortunes dispers&#233;es, miettes de splendeurs qui s'en sont all&#233;es &#224; vau-l'eau, il y a de tout, de toutes les &#233;poques, de tous les mondes... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris dans son sens pratique, c'est enfin le corollaire du chiffonnage, le d&#233;bouch&#233; s&#251;r des &lt;i&gt;biffins&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;chineurs&lt;/i&gt; pour &#233;couler tous les objets utilisables ramass&#233;s dans leurs p&#233;r&#233;grinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi son existence remonte t-elle tr&#232;s loin. L'auteur du &lt;i&gt;Tableau de Paris&lt;/i&gt; publi&#233; en 1782, Mercier, nous parle des fripiers install&#233;s aux Halles et nous montre l'existence d'une sorte de premier march&#233; en plein vent, ayant lieu tous les lundis sur la place de Gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1016 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/27.jpg' width='500' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous les piliers des Halles, dit-il, subsiste encore la maison o&#249; est n&#233; notre Moli&#232;re. L&#224; r&#232;gne une longue file de boutiques de fripiers qui vendent de vieux habits dans des magasins mal &#233;clair&#233;s, et o&#249; les taches et les couleurs disparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Quand vous &#234;tes au grand jour, vous croyez avoir achet&#233; un habit noir ; il est vert ou violet, et votre habillement est marquet&#233; comme la peau d'une vieille marquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Des courtauds de boutique, d&#233;soeuvr&#233;s, vous appellent assez incivilement, et quand l'un d'eux vous a invit&#233;, tous ces boutiquiers recommencent sur votre route l'assommante invitation. La femme, la fille, la servante, le chien, tous vous aboient aux oreilles ; c'est un piaillement qui vous assourdit jusqu'&#224; ce que vous soyez hors des piliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Les femmes de ces fripiers, ou leurs soeurs, ou leurs tantes, ou leurs cousines, vont tous les lundis &#224; une esp&#232;ce de foire, dite du Saint Esprit, qui se tient &#224; la place de Gr&#232;ve. Il n'y a pas d'ex&#233;cution ce jour-l&#224; : elles y &#233;talent tout ce qui concerne l'habillement des femmes et des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Les petites bourgeoises, les procureuses, ou les femmes excessivement &#233;conomes, y vont acheter bonnets, robes, casaquins, draps et jusqu'&#224; des souliers tout faits. Les mouchards y attendent les escrocs, qui arrivent pour y vendre des mouchoirs, des serviettes, et autres objets vol&#233;s. On les y pince, ainsi que ceux qui s'avisent de filouter. Il parait que le lieu ne leur inspire pas de sages r&#233;flexions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; On dirait que cette foire est la d&#233;froque f&#233;minine d'une province enti&#232;re, ou la d&#233;pouille d'un peuple d'amazones. Des pipes, des bouffantes, des d&#233;shabill&#233;s, sont &#233;pars et forment des tas o&#249; l'on peut choisir. Ici, c'est, la robe de la pr&#233;sidente d&#233;funte, que la procureuse ach&#232;te ; l&#224;, la grisette se coiffe du bonnet de la femme de chambre d'une marquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Comme ce sont des femmes qui vendent et qui ach&#232;tent, l'astuce est &#224; peu pr&#232;s &#233;gale des deux c&#244;t&#233;s. L'on entend de tr&#232;s loin les voix aigres, fausses, discordantes qui se d&#233;battent. Le soir, tout cet amas de hardes est emport&#233; comme par enchantement ; il ne reste pas un mantelet, et ce magasin in&#233;puisable repara&#238;tra sans faute le lundi suivant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau fid&#232;le pourrait parfaitement, en beaucoup de d&#233;tails, s'appliquer aux march&#233;s pouilleux actuels ; l'essayage en plein vent s'y pratique toujours pour les chaussures et les chapeaux....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ces assembl&#233;es existent en plusieurs r&#233;gions, notamment &#224; Pantin, &#224; Clichy, a la barri&#232;re d'Italie, le &lt;i&gt;march&#233; aux puces&lt;/i&gt; de Saint-Ouen, dit &lt;i&gt;Cayenne&lt;/i&gt;, est assur&#233;ment le plus important et le plus curieux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1017 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/28.jpg' width='461' height='426' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur l'avenue Michelet, c'est un grouillement extraordinaire de voitures, b&#234;tes et gens, d'&#233;talages et de boutiques. A droite et &#224; gauche, les &lt;i&gt;fortifs&lt;/i&gt; &#233;talent leurs glacis monotones, pel&#233;s comme le dos d'un vieux mulet. Des chanteurs ambulants clament des romances l&#233;g&#232;res, appuy&#233;s aux poteaux t&#233;l&#233;graphiques. Des enterrements passent, noirs et lugubres, au milieu de la foule indiff&#233;rente. Les tramways &#224; vapeur cornent et ronronnent. Les marchands accroupis crient des boniments....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il v en a, de ces marchands ! Ici c'est la m&#232;re &lt;i&gt;La Pur&#233;e&lt;/i&gt;, vendeuse de vieux habits. Le verbe haut, le teint rouge, le poing hardiment camp&#233; sur la hanche, elle interpelle les badauds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Allez, les amis, habillez vos femmes ; c'est pour rien ! J'ai dit 3 francs le pantalon ! non, c'est quarante sous ! Allons, enlevez-le pour trente sous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son homme lui donne un coup de main. Assis sur un vieux pliant, il remue le tas de hardes, et, selon la t&#234;te du client qui s'arr&#234;te pour les contempler, il brandit une culotte, une camisole, un tablier, et rugit d'une voix de tonnerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; En v'l&#224; du bon et du solide ! &#199;a, c'est le veston que M. Gu&#233;rin portait &#224; la Haute Cour. &#199;&#224;, c'est le corsage qu'avait M&#226;me Loubet aux courses d'Auteuil ; achetez donc, que j'vous dis, pisque c'est de la soie et de la pure laine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;nag&#232;res s'arr&#234;tent fascin&#233;es, palpent, et discutent le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Apr&#232;s tout, une fois bien lav&#233;, &#231;a fait bon usage et &#231;a ne co&#251;te pas cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres ne disent rien ou &#224; peu pr&#232;s. Assises nonchalamment le long des palissades ou sur un banc public, elles se racontent des &lt;i&gt;secrets&lt;/i&gt;, bien chaudement envelopp&#233;es du soleil. Leur &#233;talage est &#224; c&#244;t&#233;. C'est un monceau informe de linge et de v&#234;tements. Au client de retourner le tas pour y chercher &lt;i&gt;l'occasion&lt;/i&gt;. Elles ont, du reste, l'oeil aux aguets, et &#224; peine un quidam s'approche-t-il, qu'elles se pr&#233;cipitent et se mettent avec volubilit&#233; a lui d&#233;crire le charme de tel maillot fan&#233; ou la souplesse sans pr&#233;c&#233;dent d'un gilet repris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; une jeune fille essaye un chapeau. Elle n'a point l'habitude d'en porter souvent ; ses cheveux sont sa parure habituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenez, le voici, derri&#232;re son &#233;talage de bocaux. Il y a trente ans qu'il fait le faubourg, et dame il est connu tout &#224; fait. On l'appelle le p&#232;re &lt;i&gt;La Ruine&lt;/i&gt; ; il est propri&#233;taire, et ses magasins sont tellement remplis qu'il ne sait pas lui-m&#234;me ce qu'il y a dedans. Le dimanche matin, il prend les premiers objets venus, les charge sur une petite voiture, et oust ! en route pour la porte Clignancourt....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conna&#238;t tous les collectionneurs de Paris, m&#234;me ceux de la rue Laffitte, et il rit pleinement quand il lit quelquefois des comptes rendus de ventes &#224; gros chiffres. Telle pendule vendue trois mille francs, tel cornet d'ivoire sculpt&#233;, disput&#233; &#224; coups de banknotes, ont pass&#233; par sa guimbarde. Aussi comme il est malin et comme il sait flairer les bonnes affaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marchand de meubles, par exemple, est philosophe. Il use la marchandise. Cela ne lui arrive pas si souvent de s'asseoir sur un canap&#233; &#224; ressort ou de se coucher sur un sommier. Il se d&#233;lecte et prend des airs &lt;i&gt;chics&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Hein, Totor, dit le p&#232;re avec un gros rire, c'est toi qui me rends visite ; qu&#233;qu'tu me racontes ? As-tu donn&#233; ton bal masqu&#233; &#224; l'ambassade des Machab&#233;es ? Ta femme est-elle re&#231;ue dans le monde des minisses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tous se p&#226;ment en faisant grincer le vieux canap&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oh ! il est encore bon, vous savez, c'est pas la peine de faire le d&#233;go&#251;t&#233;. S'il laisse voir la laine du rembourrage et si la couverture aurait besoin d'&#234;tre refaite, cela prouve qu'il n'est pas neuf, voil&#224; tout. Allons, le patron, quel est votre dernier prix ?..... Dix francs ! oust, enlevez-le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &lt;i&gt;gosses&lt;/i&gt; en haillons crasseux, nu-pieds, ont aussi des &#233;talages qu'ils d&#233;fendent avec une &#226;pre &#233;nergie. Vieilles cafeti&#232;res, vieux boutons, colliers de chiens, moulins &#224; caf&#233; et autres objets disparates composent leurs marchandises, si l'on peut d&#233;corer ces horreurs du nom de marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1018 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/29.jpg' width='500' height='341' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;talages d&#233;bordent de toutes parts. empruntant les trottoirs des rues voisines. Rue des Rosiers, particuli&#232;rement, des figures inou&#239;es m'attirent. Deux femmes, deux sorci&#232;res plut&#244;t, sont accroupies le long de la palissade. L'une a d&#233;nich&#233; une vieille romance ; elle est blonde et rouge de teint, et chante d'une voix rauque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'air est pur, le ciel l&#233;ger, &lt;br class='manualbr' /&gt;Volez, douces hirondelles....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre, courb&#233;e sur sa marchandise minable, rit un rire &#233;norme, gras et &#233;pais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Moi, j'vole pas dans l'air, marmonne-t-elle, j'vole au tas..... Oh&#233;, l'patron, crie t-elle tout &#224; coup en levant le nez, quoi qu'tu m'ach&#232;tes, au jour d'aujourd'hui ? J'ai des &lt;i&gt;escapins&lt;/i&gt; de bal, des flacons de patchouli, des lampes dernier genre. Regarde-moi &#231;a, mon gros, hurle-t-elle en brandissant une paire de bottines presque &#233;cul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;patron&lt;/i&gt; s'est arr&#234;t&#233;. C'est un homme haut en couleur, v&#234;tu d'un bourgeron sordide. Il rit bruyamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; T'as pas de chaussures &#224; mon pied, que j'te dis.
&lt;br /&gt;&#8212; Si on peut dire. Et celles l&#224;, c'est pas &#224; ton pied, vieux colon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme attrape &#224; la vol&#233;e des &lt;i&gt;godillots&lt;/i&gt; capables d'enfermer plusieurs violoncelles, et caresse le cuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Combien que tu vends &#231;a, Marie ? &#199;a ne vaut pas mes savates de l'an dernier !
&lt;br /&gt;&#8212; Tiens, j'veux pas te voler, pauv'jeun' homme. Ce sera une &lt;i&gt;thune&lt;/i&gt; et tu me payeras la &lt;i&gt;bleue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune homme enjambe l'&#233;talage et va s'asseoir sur un d&#233;bris de caisse pour essayer les &lt;i&gt;escapins&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1019 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/30.jpg' width='500' height='295' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, c'est une autre histoire. Il y a l&#224; deux m&#232;res de famille qui crient comme des pies en essayant des panamas de deux sous &#224; leurs fillettes peu ob&#233;issantes. Le marchand se tord tout seul, je ne sais pas pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, une enseigne en grosses lettres d&#233;crit ces mots : &lt;i&gt;A la t&#232;te d'argent&lt;/i&gt;. Pour un chapelier en plein vent, c'est tout &#224; fait suggestif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les matrones ne s'en moquent pas mal ; elles ne peuvent trouver de chapeaux assez petits pour les t&#234;tes en chair et en os de leurs prog&#233;nitures. Celles-ci, d'ailleurs, ont d&#233;j&#224; de la coquetterie &#8212; &#224; leur &#226;ge ! &#8212; et se refusent en pleurnichant &#224; coiffer des panamas qui s'enfoncent jusqu'&#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu de bonneteau a ses adeptes fervents. A l'ombre des petites charrettes, car le soleil tape dur, sous les portes des guinguettes, le long des palissades, des groupes de jeunes gens sont accroupis, profond&#233;ment attentionn&#233;s. C'est l&#224; qu'ils jouent leur gain de la semaine, s'il en reste apr&#232;s les libations r&#233;p&#233;t&#233;es. Des exclamations s'entrecroisent, termes de jeu, injures de perdants, cris des gagnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois le groupe s'&#233;carte violemment, deux joueurs se dressent furibonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est pas moi qu'ai plac&#233; le six, c'pas ?
&lt;br /&gt;&#8212; Non, t'avais un sou dans ta paume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vlan et vlan ! Coups de poing, coups de pied, pugilat en r&#232;gle jusqu'&#224; ce que, des sous ayant roul&#233; &#224; terre, chacun se pr&#233;cipite pour avoir sa part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte cesse aussit&#244;t ; joueurs et spectateurs, lutteurs redevenus copains, se mettent &#224; plat ventre, fourragent parmi les vieilles chaussures, les ferrailles &#233;tal&#233;es sur le trottoir. La marchandise, le boniment ? Ah ! bien oui ! Le client ach&#232;tera bien quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re eux les badauds circulent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1020 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/31.jpg' width='337' height='326' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur l'avenue Michelet, la foule est compacte, le va et-vient incessant. Toutes les cat&#233;gories d'individus s'y coudoient : chineurs, brocanteurs, collectionneurs, rapins, ouvriers, m&#233;nag&#232;res &#233;conomes, jeunes filles &#224; corsages clairs, gar&#231;ons endimanch&#233;s, fur&#232;tent au long des trottoirs, se poussent, s'arr&#234;tent, se baissent, et souvent ach&#232;tent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle vari&#233;t&#233; d'attitudes, quelle th&#233;orie de silhouettes ! Une vie intense se d&#233;gage de l'ensemble. C'est un brouhaha de mille voix qui parlent ensemble. Dans les guinguettes ouvertes &#224; tout venant, des gens sont attabl&#233;s et mangent de la saucisse grill&#233;e ou des moules farcies en buvant un litre de &lt;i&gt;picolo&lt;/i&gt;. Des odeurs de graisses et de sardines grill&#233;es vous prennent &#224; la gorge : devant les fourneaux, sans cesse remplis, des femmes en camisoles, les bras nus jusqu'au coude, tournent des liquides fumants, lavent des assiettes, rincent des verres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Ouen, en ce jour, est le rendez-vous des populations faubouriennes. On y vient en famille prendre &#171; l'air de la campagne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'&#233;tale au soleil sur les bancs pour dormir ou &#233;baucher des conversations &#224; long terme. C'est la joie du jour sans travail, du repos bien gagn&#233;. Les &lt;i&gt;gosses&lt;/i&gt;, &#224; cheval sur les chevaux de bois ou sur les cochons rutilants, galopent &#233;perdument ; les jeunes filles, fra&#238;ches et rieuses, se prom&#232;nent par groupes, se faisant des confidences ; un peu partout des couples vont, bras dessus, bras dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est grande r&#233;ception en l'h&#244;tel des Princes du Ruisseau, sous le soleil royal et les arbres protecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUD.-GEORGES HAMON.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5807543k/f725.image.r=place%20maubert.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Mois litt&#233;raire et pittoresque - 1901&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le ramasseur de bouts de cigares et le pactole de l'oiseli&#232;re - 1891</title>
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		<dc:date>2014-10-29T10:22:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La Lanterne du 11 avril 1891&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/cigares.jpg' width='500' height='370' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75292709.image.r=+.f3.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Lanterne du 11 avril 1891&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Saint-Ouen-les-Puces - 1904</title>
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		<dc:date>2014-04-25T13:27:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quand'm&#234;m' que l'on soy' dans l'besoin, Nous aut' on n'a pas l'air arsouille, Car on s'nippe au march&#233; d'la pouille, Au march&#233; des puc' de Saint-Ouen. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dam', c'est pas la Bell'Jardini&#232;re, Et les costum' n'ont rien d'anglais, Quand on y d&#233;got' des complets, C'est rar' qu'y soy' d'la mod' derni&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour &#231;a qui n'est des ribouis, Bott' souliers ou bien bottines, On peut dir' qu'ces pair' de tartines, &#192; val' plut&#244;t quinz' ronds qu'un louis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est &#233;gal, on y d&#233;couvre Parfois (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand'm&#234;m' que l'on soy' dans l'besoin,&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous aut' on n'a pas l'air arsouille, &lt;br class='manualbr' /&gt;Car on s'nippe au march&#233; d'la pouille, &lt;br class='manualbr' /&gt;Au march&#233; des puc' de Saint-Ouen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dam', c'est pas la &lt;i&gt;Bell'Jardini&#232;re&lt;/i&gt;, &lt;br class='manualbr' /&gt;Et les costum' n'ont rien d'anglais, &lt;br class='manualbr' /&gt;Quand on y d&#233;got' des complets, &lt;br class='manualbr' /&gt;C'est rar' qu'y soy' d'la mod' derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour &#231;a qui n'est des ribouis, &lt;br class='manualbr' /&gt;Bott' souliers ou bien bottines, &lt;br class='manualbr' /&gt;On peut dir' qu'ces pair' de tartines, &lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; val' plut&#244;t quinz' ronds qu'un louis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/puces-3.jpg' width='500' height='643' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Puces de Clignancourt - 1923
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9023256v.r=puces.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#233;gal, on y d&#233;couvre&lt;br class='manualbr' /&gt;Parfois des pal'tots &#233;patants,&lt;br class='manualbr' /&gt;Des gilets et des culbutants,&lt;br class='manualbr' /&gt;A des prix bien moins chers qu'au &lt;i&gt;Louvre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'dimanche avec le m&#244;m' Tintin, &lt;br class='manualbr' /&gt;Moi, j'y vais ballader ma flemme, &lt;br class='manualbr' /&gt;Suivi d'la Lisa qu'est si bl&#234;me &lt;br class='manualbr' /&gt;Et d'l'Honorin' qu'a les ch'veux teints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'allum' l'oeil sur tout' les choses, &lt;br class='manualbr' /&gt;On chiffortonn' par ci, par l&#224;, &lt;br class='manualbr' /&gt;Au bout d'la matin&#233;e on a &lt;br class='manualbr' /&gt;Qu&#233;qu'fois d&#233;got&#233; du grandiose !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tiens, tu parl', mon pot', j'y'ai trouv&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'pardoss avec col en fourrure,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et d'vin' c'que j'ai pay&#233; c'te p'lure :&lt;br class='manualbr' /&gt;Un' pi&#232;c' de trois francs, trois linv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'm&#244;m' Tintin et l'Honorine &lt;br class='manualbr' /&gt;Se sont r'fringu&#233;s du bas en haut &lt;br class='manualbr' /&gt;Avec un' thune et dix p&#233;lots : &lt;br class='manualbr' /&gt;L'Honorine a m&#234;me un' p&#233;l'rine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#231;a c'est le plus drolichon, &lt;br class='manualbr' /&gt;La m&#244;m' Lisa, qu'est si coquette, &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour un louss&#233; y' a fait l'emplette &lt;br class='manualbr' /&gt;D'un cach' corset pour ses nichons !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;47&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/puces1.jpg' width='500' height='643' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Puces de Clignancourt - 1923
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9023256v.r=puces.langFR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, j'peux dev'nir millionnaire, &lt;br class='manualbr' /&gt;Figurer dans les grands seigneurs, &lt;br class='manualbr' /&gt;Moi, j'chang'rai jamais d'fournisseurs, &lt;br class='manualbr' /&gt;J'continuerai comm' d'ordinaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand m&#234;m' je n's'rai plus dans l'besoin, &lt;br class='manualbr' /&gt;Pour ne pas avoir l'air arsouille, &lt;br class='manualbr' /&gt;Je m'nipp'rai au march&#233; d'la pouille, &lt;br class='manualbr' /&gt;Au march&#233; des puc' de Saint-Ouen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Delphi (1877-1937) - &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5551014x&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Outre-fortifs : impressions de banlieue&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; - 1904&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La crotte de chien dans l'industrie - 1878</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=261</link>
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		<dc:date>2014-04-22T19:32:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;De la No&#235;l au jour de l'an, Paris n'a plus sa physionomie habituelle. Ses boulevards et ses principales art&#232;res sont encombr&#233;s de baraques d'o&#249; regorgent, comme de la corne d'Amalth&#233;e, toutes sortes d'objets d'&#233;trennes. Les magasins ont des &#233;talages splendides ; tout reluit derri&#232;re les vitrines : les bijoux &#233;tincellent, les couleurs &#233;clatent, les pantins empanach&#233;s et couverts de paillettes, tendent les bras aux enfants &#233;blouis. Sur la chauss&#233;e, les voitures roulent sans cesse : elles se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De la No&#235;l au jour de l'an, Paris n'a plus sa physionomie habituelle. Ses boulevards et ses principales art&#232;res sont encombr&#233;s de baraques d'o&#249; regorgent, comme de la corne d'Amalth&#233;e, toutes sortes d'objets d'&#233;trennes. Les magasins ont des &#233;talages splendides ; tout reluit derri&#232;re les vitrines : les bijoux &#233;tincellent, les couleurs &#233;clatent, les pantins empanach&#233;s et couverts de paillettes, tendent les bras aux enfants &#233;blouis. Sur la chauss&#233;e, les voitures roulent sans cesse : elles se touchent toutes et vont au petit trot, souvent au pas, pour &#233;viter les accidents. Sur le trottoir, la foule devient cohue ; la mer humaine entrechoque ses flots avec un grand murmure ; on se bouscule beaucoup plus qu'on ne marche entre la Madeleine et la Bastille ; on est dix dans un m&#232;tre cube d'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu ! que de jolis riens dans les bazars et les boutiques en plein vent ! que de futilit&#233;s originales et gracieuses ! que de merveilles lilliputiennes faites avec des mati&#232;res ramass&#233;es sur des tas d'ordures : bo&#238;tes &#224; sardines, copeaux, d&#233;chets de toute esp&#232;ce !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90113747.r=etrennes.langFR&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/etrennes.jpg' width='500' height='611' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les marchands se d&#233;m&#232;nent et s'&#233;gosillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Demandez le bonhomme pneumatique ! &#8212; Demandez la f&#233;e au papillon ! Voyez le tambour orchestre ! la sultane favorite ! le danseur de corde ! &#8212; Admirez les meubles de poup&#233;e : jardini&#232;res, armoires &#224; glace, tables &#224; rallonges taill&#233;es dans des caisses &#224; cigares !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bambins regardent, la face &#233;panouie, les yeux p&#233;tillants de convoitise, toutes ces d&#233;licates miniatures, toutes ces fantaisies charmantes ; et les personnes &#226;g&#233;es elles-m&#234;mes se prom&#232;nent avec plaisir dans cette Kermesse enfantine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s des babioles, voici les &#233;trennes utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! les mignonnes chaussures pos&#233;es sur des lames de cristal ! Que le pied de nos &#233;l&#233;gantes doit &#234;tre &#224; l'aise dans ce cuir fin et souple comme la peau d'un gant ! Quelle exquise cambrure ! quelle forme artistique ! Et dire que ces bijoux, quand ils foulent sans piti&#233;, font plus de mal que les souliers ferr&#233;s d'un porteur d'eau !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! la belle exposition de cuir de Russie ! Oh ! les superbes calepins, les magnifiques &#233;tuis &#224; cigarettes, les somptueux albums, les adorables carnets ! Quel bonheur de les mettre sur sa table ou dans sa poche ! Comme tout cela est coquet ! comme tout cela sent bon !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule s'extasie en circulant &#224; travers cette immense foire et s'&#233;coule, sans cesse renouvel&#233;e, toujours houleuse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_879 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/omnibus.jpg' width='453' height='588' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Omnibus, place Saint-Sulpice - 1898 - Eug&#232;ne Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b3100094c/f13.item.r=omnibus%20paris&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La nuit a pass&#233; sur cette f&#234;te des yeux ; le clinquant s'est &#233;teint avec les lampes et les becs de gaz, toutes les boutiques sont ferm&#233;es. Les premiers rayons du soleil dorent le sommet des toitures et des plus hauts arbres de l'avenue d'Orl&#233;ans. Les omnibus de Montrouge &#224; la gare de l'Est, et les tramways de Ch&#226;tillon &#224; la place Saint-Germain-des-Pr&#233;s commencent leur service. Des concierges endormis b&#226;illent en s'&#233;tirant sur le seuil de leur porte ; de rares personnes vaquent &#224; leurs affaires ; les vieillards de la maison de retraite ne sont pas encore all&#233;s chez le marchand de vin : s'ils ont pris la goutte, c'est qu'elle leur est tomb&#233;e du nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux individus se livrent, dans cette demi solitude, &#224; un travail d'apparence assez myst&#233;rieuse. L'un porte un seau en zinc &#224; couvercle, l'autre un panier ferm&#233;. Ils cherchent autour des arbres, se baissent tout &#224; coup et ramassent quelque chose qu'ils glissent dans leur r&#233;cipient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que recueillent-ils ainsi ? Des champignons, peut-&#234;tre ? Apr&#232;s les jours de pluie, il en pousse une quantit&#233; consid&#233;rable au pied des arbres, sur les ordures presque uniquement compos&#233;es de crottin qu'y jettent les balayeurs. Mais le temps sec des jours derniers rend cette r&#233;colte impossible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_876 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b103197764.r=chiffonnier.langFR&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/chiffe_dore.jpg' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#201;tudes de chiffonniers - Gustave Dor&#233; - 1849&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Approchons-nous, ou plut&#244;t laissez-moi m'avancer seul, car ces deux &#234;tres sont d&#233;go&#251;tants, et leur besogne est aussi d&#233;go&#251;tante que leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ramoneur barbouill&#233; de suie est plus noir, mais n'est pas plus sale qu'eux. Leur barbe et leur chevelure, que n'a jamais explor&#233;es le peigne, cachent une &#233;nigme de for&#234;t vierge : on ne sait tout ce qui pullule, tout ce qui grouille l&#224; dedans, leurs sourcils rec&#232;lent nombre de choses insolites, de m&#234;me que les narines et les l&#232;vres, ouvertes &#224; toutes les &#233;manations et bord&#233;es d'une ligne brune aussi nette, mais moins propre qu'un trait de plume. Du coin de leur bouche au menton s'&#233;tend, pareil &#224; la trace d'une b&#234;te visqueuse, un sillon de jus de br&#251;le-gueule. Leur visage est tatou&#233; de plaques jaun&#226;tres, qui ne sont pas des taches de rousseur. Quant &#224; leurs mains, elles sont indescriptibles : l'estomac le plus solide leur paye son tribut. J'avoue, pour mon compte, qu'elles ont produit sur mon organisme plus d'effet que les violentes temp&#234;tes de la Manche et de l'Oc&#233;an : elles m'ont mis le c&#339;ur sur la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlerai-je de leurs habits ? On les jurerait extraits d'un tas de fumier. Peut-&#234;tre avec raison ; la couche de ces gueux est si invraisemblable !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles figures attristent. On les regarde passer avec un serrement de c&#339;ur. Et pourtant, il en est peu qui soient dignes de la piti&#233; qu'elles inspirent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que font &#224; Paris ces d&#233;class&#233;s courb&#233;s sous la mis&#232;re, ces malingreux &#224; ventre affam&#233;, qui, pour la plupart, ont d&#233;sert&#233; l'agriculture et se refusent &#224; tout travail manuel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ils font, les marauds ? Eh t mon Dieu ! le plus souvent, des m&#233;tiers incroyables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenez, les deux individus que nous observons sur l'avenue d'Orl&#233;ans, ramassent, &#8212; bouchez vous le nez si votre nerf olfactif est trop sensible, &#8212; ramassent des... des crottes de chiens !...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/ramasseur_crottes.jpg' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fermez les yeux maintenant : ils les ramassent avec les doigts !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Horreur !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si pyramidale que soit votre stup&#233;faction, &#244; vous qui lisez ces lignes, elle reste au-dessous de notre contentement, car, de tous les &#233;cumeurs de pav&#233;s, celui que nous venons de d&#233;couvrir est un des plus originaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ramasseurs de crottes de chiens !... nous direz-vous ; certes, nous ne nous attendions pas &#224; cette surprise ; mais quel rapport &#233;tablissez vous entre ces mis&#233;rables et les objets d'&#233;trennes mentionn&#233;s au d&#233;but de ce chapitre ? Les uns sont faits de d&#233;chets, nous le savons ; et les autres, sont-ils p&#233;tris dans votre titre ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous allez voir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_877 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;76&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cparama.com/forum/tanneries-de-la-bievre-t19607.html&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/1391432162-Marchand-de-crottes-de-chiens.jpg' width='500' height='753' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Marchand de crottes de chiens&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.cparama.com/forum/tanneries-de-la-bievre-t19607.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cartes postales anciennes de France&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'industrie qui a pour base l'excr&#233;ment de chien, ne compte gu&#232;re qu'une dizaine d'ann&#233;es d'existence et r&#233;sulte de l'augmentation toujours croissante du prix des &#339;ufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cette mati&#232;re d&#233;j&#224; trop nomm&#233;e remplace l'&#339;uf ; &#8212; mais pas dans l'alimentation, heureusement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le remplace dans le corroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cuir le meilleur, le plus fin, le plus souple, avec lequel se confectionnent les plus &#233;l&#233;gantes chaussures de dames, doit ses qualit&#233;s &#224; son s&#233;jour dans la crotte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cuir de Russie, sur lequel chacun de nous aime &#224; frotter son nez, tire son parfum du m&#234;me milieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petites dames et les cocod&#232;s d&#233;sireux de v&#233;rifier l'exactitude de nos r&#233;v&#233;lations n'ont qu'&#224; se rendre chez certains corroyeurs du faubourg Saint-Marceau, qui, chaque jour, ach&#232;tent &#224; nos sales bonshommes le produit de leur r&#233;colte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette industrie n'est-elle pas all&#233;chante... pour les amateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_873 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/trappeurs.jpg' width='500' height='298' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le vin des chiffonniers - 1857</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=149</link>
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		<dc:date>2013-09-03T10:15:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Souvent, &#224; la clart&#233; rouge d'un r&#233;verb&#232;re Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre, Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux O&#249; l'humanit&#233; grouille en ferments orageux, &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit un chiffonnier qui vient, hochant la t&#234;te Butant, et se cognant aux murs comme un po&#232;te, Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets, &#201;panche tout son coeur en glorieux projets. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pr&#234;te des serments, dicte des lois sublimes, Terrasse les m&#233;chants, rel&#232;ve les victimes, Et sous le firmament (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Souvent, &#224; la clart&#233; rouge d'un r&#233;verb&#232;re&lt;br class='manualbr' /&gt;Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,&lt;br class='manualbr' /&gt;Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux&lt;br class='manualbr' /&gt;O&#249; l'humanit&#233; grouille en ferments orageux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit un chiffonnier qui vient, hochant la t&#234;te&lt;br class='manualbr' /&gt;Butant, et se cognant aux murs comme un po&#232;te,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets, &lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;panche tout son coeur en glorieux projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pr&#234;te des serments, dicte des lois sublimes,&lt;br class='manualbr' /&gt;Terrasse les m&#233;chants, rel&#232;ve les victimes,&lt;br class='manualbr' /&gt;Et sous le firmament comme un dais suspendu&lt;br class='manualbr' /&gt;S'enivre des splendeurs de sa propre vertu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/chiffon.jpg' width='479' height='652' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Oui, ces gens harcel&#233;s de chagrins de m&#233;nage, &lt;br class='manualbr' /&gt;Moulus par le travail et tourment&#233;s par l'&#226;ge,&lt;br class='manualbr' /&gt;&#201;reint&#233;s et pliant sous un tas de d&#233;bris, &lt;br class='manualbr' /&gt;Vomissement confus de l'&#233;norme Paris,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reviennent, parfum&#233;s d'une odeur de futailles,&lt;br class='manualbr' /&gt;Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles&lt;br class='manualbr' /&gt;Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux.&lt;br class='manualbr' /&gt;Les banni&#232;res, les fleurs et les arcs triomphaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dressent devant eux, solennelle magie !&lt;br class='manualbr' /&gt;Et dans l'&#233;tourdissante et lumineuse orgie&lt;br class='manualbr' /&gt;Des clairons, du soleil, des cris et du tambour,&lt;br class='manualbr' /&gt;Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'&#224; travers l'Humanit&#233; frivole&lt;br class='manualbr' /&gt;Le vin roule de l'or, &#233;blouissant Pactole ;&lt;br class='manualbr' /&gt;Par le gosier de l'homme il chante ses exploits&lt;br class='manualbr' /&gt;Et r&#232;gne par ses dons ainsi que les vrais rois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour noyer la rancoeur et bercer l'indolence&lt;br class='manualbr' /&gt;De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,&lt;br class='manualbr' /&gt;Dieu, touch&#233; de remords, avait fait le sommeil ;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'Homme ajouta le Vin, fils sacr&#233; du Soleil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Baudelaire - &lt;i&gt;Les Fleurs du mal&lt;/i&gt; - 1857&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au pays du chiffon - Sophie Foucault, La m&#232;re des chiffonniers - 1892</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=167</link>
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		<dc:date>2013-02-25T19:57:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La ville de Clichy poss&#232;de une dizaine de cit&#233;s de chiffonniers, &#233;chelonn&#233;es &#224; courte distance les unes des autres sur le boulevard Victor Hugo. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces cit&#233;s, aux noms &#233;tranges, typiques, abritent une population de cinq &#224; six cents individus qui ne vivent que de la vente du chiffon, des vieux papiers, des os, des cro&#251;tes s&#232;ches et des d&#233;tritus de tous genres. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;moi r&#232;gne en ce moment au sein de ce petit peuple, qui s'agite et en appelle au bureau de son Syndicat de l'arr&#234;t&#233; municipal (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La ville de Clichy poss&#232;de une dizaine de cit&#233;s de chiffonniers, &#233;chelonn&#233;es &#224; courte distance les unes des autres sur le boulevard Victor Hugo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cit&#233;s, aux noms &#233;tranges, typiques, abritent une population de cinq &#224; six cents individus qui ne vivent que de la vente du chiffon, des vieux papiers, des os, des cro&#251;tes s&#232;ches et des d&#233;tritus de tous genres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;moi r&#232;gne en ce moment au sein de ce petit peuple, qui s'agite et en appelle au bureau de son Syndicat de l'arr&#234;t&#233; municipal d&#233;cr&#233;tant &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;vacuation des cit&#233;s Dohet, du Soleil et de la Petite-Pologne, comme &#233;tant des foyers d'infection et d'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il est difficile de rien r&#234;ver de plus insalubre et de plus malpropre que ces cit&#233;s. Un &#233;troit couloir, empuanti, obscur, au pav&#233; visqueux, s'ouvrant sur une ruelle sombre, forme l'entr&#233;e de la cit&#233; Dohet, &#8212; une cinquantaine de masures crevass&#233;es, chancelantes, compos&#233;es d'une pi&#232;ce unique, avec une fen&#234;tre grande comme un judas, et souvent veuve de son carreau.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_585 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;46&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/der_weg_puits-bertin_clichy.jpg' width='300' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Passage du Puits-Bertin (Clichy) Paul Signac
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jamais l'air et le soleil ne p&#233;n&#232;trent dans cette sorte d'&#233;gout &#224; ciel d&#233;couvert o&#249; r&#232;gne un froid de caves humides, o&#249; tra&#238;nent des odeurs &#233;c&#339;urantes domin&#233;es par l'odeur de la malpropret&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de cet &#233;troit boyau se trouve un ruisseau o&#249; les eaux m&#233;nag&#232;res croupissent parfois des semaines avant que d'&#234;tre pouss&#233;es &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chacune de ces cabanes, lou&#233;es &#224; la semaine, habitent presque toujours sept, huit et dix personnes. Tout cela vit, grouille, dort &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#234;le-m&#234;le sur la terre battue ou sur un grabat de loques jug&#233;es impropres &#224; la vente et partage souvent encore l'&#233;troit coin avec des chiens, des chats, quelquefois m&#234;me un &#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la cit&#233; du Soleil, l'horreur est la m&#234;me, masures croulantes, manque d'air, malpropret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cit&#233;s frapp&#233;es, la Petite-Pologne, est situ&#233;e &#224; l'autre extr&#233;mit&#233; de Clichy ; ses habitants ne ressemblant en rien aux autres chiffonniers, ils font bande &#224; part. Leur cit&#233;, d'ailleurs, n'a rien de semblable non plus aux autres avec ses wagons d&#233;labr&#233;s, ces trois on quatre roulantes install&#233;es au milieu d'&#233;normes mat&#233;riaux de d&#233;molition, elle ressemble plut&#244;t &#224; des ruines de quelques vieux manoirs o&#249; serait venue s'installer une tribu de boh&#233;miens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le cadre est &#233;trange, bizarre, fantaisiste, la population ne l'est pas moins elle-m&#234;me. Et d'abord, d&#233;truisons une l&#233;gende qui repr&#233;sente les chiffonniers comme gagnant de dix &#224; vingt francs par jour, ce qui n'arrive qu'&#224; ceux qui, poss&#233;dant un cheval et une voiture, peuvent avoir une place &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_586 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;69&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/zoniers.jpg' width='400' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Eug&#232;ne Atget - Zoniers - Poterne des Peupliers (13e arrondissement)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On a racont&#233; &#224; propos des places une histoire des plus amusantes. Un chiffonnier qui visitait un quartier riche de Paris avait achet&#233; fort cher &lt;br class='autobr' /&gt;
sa place &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur ; mais il &#233;tait parvenu &#224; se faire admettre par les valets de chambre qui lui confiaient tous les matins les gros ouvrages et se d&#233;chargeaient sur lui du soin de balayer les cours, les escaliers, d'aller &lt;br class='autobr' /&gt;
chercher le lait ; en retour il recevait tous les restes de la veille. L'homme a fait une fortune colossale et poss&#232;de une magnifique propri&#233;t&#233; aux environs de Paris, continue le commerce en grand et donne souvent des f&#234;tes &#224; ses amis les valets de chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas &#224; cette cat&#233;gorie opulente de chiffonniers qu'appartiennent les habitants des cit&#233;s ; ils sont tous coureurs et chineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ceux que nous apercevons la nuit venue, une lourde hotte sur le dos, le crochet d'une main, la lanterne de l'autre, glissant comme des ombres de tas d'ordures en tas d'ordures, se disputant les os avec les chiens du voisinage, leurs seuls rivaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longues courses, apr&#232;s de p&#233;nibles tourn&#233;es nocturnes, un chiffonnier op&#232;re le tri de sa hotte et le lavage des chiffons, ce n'est qu'alors seulement que sa journ&#233;e est finie et qu'il a gagn&#233; de trente &#224; quarante sous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chineurs se divisent en deux cat&#233;gories, les chiffonniers d'origine et les d&#233;class&#233;s, roul&#233;s d'&#233;chelon en &#233;chelon jusqu'&#224; la boue des cit&#233;s. Une haine profonde existe entre les uns et les autres. Les premiers sont connus &#224; la police, &#224; la mairie, les seconds &#233;chappent &#224; toutes les obligations sociales, ils foulent aux pieds toutes les lois, n'envoient pas leurs enfants &#224; l'&#233;cole, ne font pas de d&#233;clarations de naissance, arrivent sans qu'on leur demande d'o&#249; ils viennent et partent sans qu'on sache o&#249; ils vont.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_584 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/barriere_clichy.jpg' width='321' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une cit&#233; qui n'est pas menac&#233;e par l'arr&#234;t&#233; d'&#233;vacuation, habitent un ancien notaire et un ex-d&#233;l&#233;gu&#233; de la Commune. Une rivalit&#233; sourde existe entre ces deux hommes qui n'ont pu abdiquer leurs pr&#233;tentions d'antan, qui tous deux se portent ombrage, parce que tous deux ils voudraient &#234;tre l'oracle &#233;cout&#233; des habitants de la cit&#233;. On m'a affirm&#233; que chaque semaine ils adressaient l'un contre l'autre de longues plaintes au procureur de la R&#233;publique. Les chineurs de naissance ne sont assur&#233;ment pas de petits saints, alcooliques et querelleurs, ils se battent fr&#233;quemment, mais toujours entre eux, ne m&#234;lant le public &#224; leurs querelles que s'il s'en m&#234;le lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;class&#233; qui fait bande &#224; part est volontiers &#171; chapardeur &#187;, cultive avec soin l'agression et l'attaque nocturne et joue du couteau avec une facilit&#233; d&#233;plorable : il est chiffonnier parce qu'il faut qu'il soit quelque chose, qu'il a besoin de masquer sa vie de paresse et de d&#233;bauche d'une profession imaginaire. La population chiffonni&#232;re de Clichy y &#233;tait, il y a quelques ann&#233;es, beaucoup plus &#233;lev&#233;e qu'aujourd'hui ; on comptait trois mille chiffonniers chineurs, habitant la localit&#233; et dans ce nombre, il y avait au moins seize cents d&#233;class&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'&#224; cette &#233;poque, gr&#226;ce &#224; de nombreuses cit&#233;s disparues aujourd'hui, il leur &#233;tait beaucoup plus facile de se cacher, de faire perdre leurs traces &#224; la police, ou de se faire oublier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus c&#233;l&#232;bre de ces cit&#233;s disparues &#233;tait le passage Saint-Pierre, plus connu sous le nom de cite de la Femme-en-Culotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cit&#233; s'&#233;levait &#224; l'endroit o&#249; se trouve aujourd'hui le groupe scolaire Victor-Hugo. Elle se composait de deux immenses corps de b&#226;timents parall&#232;les, divis&#233;e en vastes dortoirs, et &#233;tait tenue par Mlle Sophie Foucault, la femme &lt;br class='autobr' /&gt;
en culotte. On avait ainsi surnomm&#233; la propri&#233;taire, parce qu'elle avait obtenu l'autorisation de se v&#234;tir en homme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_583 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/36_chiffonnier03.jpg' width='482' height='374' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Charles Joseph Travies de Villers - Les chiffonniers - &#169; Roger-Viollet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il n'&#233;tait plus question de loger &#224; la semaine, on logeait &#224; la nuit. Les plus fortun&#233;s, ceux qui payaient cinq sous, avaient droit &#224; un peu de paille et &#224; une vieille couverture ; ils pouvaient m&#234;me se d&#233;v&#234;tir : une corde traversait la salle au-dessus des grabats et recevait les effets. Les pauvres, ceux qui ne pouvaient donner que trois sous couchaient sur la terre, &#224; l'abri de la pluie toutefois. Souvent de pauvres diables se pr&#233;sentaient sans un sou, pleurant un peu de paille pour &#233;tendre leurs membres fatigu&#233;s, et la compatissante propri&#233;taire fermait les yeux et pr&#234;tait &#224; cr&#233;dit sa paille et sa couverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvent entendu dire que les pauvres ainsi secourus mettaient un point d'honneur &#224; rembourser Mlle Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite, tr&#232;s fine, distingu&#233;e m&#234;me sous la casquette de soie et la blouse bleue, elle &#233;tait impitoyable pour les tapageurs et faisait respecter &lt;br class='autobr' /&gt;
rigoureusement les r&#232;gles de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quatre heures, tous les matins, elle chassait elle-m&#234;me ses locataires, et pas un n'aurait os&#233; manquer &#224; cette femme, qu'ils adoraient tous et surnommaient la &lt;i&gt;M&#232;re des Chiffonniers&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, un nouveau venu l'ayant injuri&#233;e, elle fut oblig&#233;e elle-m&#234;me de demander sa gr&#226;ce : la population de la cit&#233; voulait le pendre pour lui apprendre &#224; la respecter.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_587 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;71&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/porte_montmartre.jpg' width='237' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La zone, vue de la cr&#234;te des fortifications, &#224; la porte de Montmartre
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le passage Saint-Pierre &#233;tait bien connu des autorit&#233;s et souvent la nuit le sommeil des va-nu-pieds &#233;tait troubl&#233; par une descente de police cherchant un assassin qui &#233;tait venu demander asile &#224; la femme en culotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Sophie Foucault mourut, les chiffonniers voulurent porter sur leurs &#233;paules son cercueil jusqu'&#224; sa derni&#232;re demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la place de la cit&#233; de la petite-fille du g&#233;n&#233;ral Foucault, s'&#233;l&#232;ve un magnifique groupe scolaire d&#251; en partie &#224; sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, elle voulait que les enfants de ceux avec qui elle avait si longtemps v&#233;cu puissent profiter des bienfaits de l'instruction. La rue voisine porte son nom, et la m&#233;moire de la m&#232;re des chiffonniers, de la femme en culotte, est encore vivace dans le souvenir de la population des cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entendais hier un vieux biffin, de ceux qui l'ont connue, me dire en parlant de l'arr&#234;t&#233; municipal &#171; Ah ! allez, Monsieur, c'est pas la femme en culotte qui nous aurait fait un tour comme &#231;a ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Petit Parisien - 28 juillet 1892&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=166' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les cit&#233;s des chiffonniers : la rue Marcadet, la cit&#233; Maupit, la route de la R&#233;volte, la cit&#233; de la Femme-Culotte... - 1885&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Sophie Foucault se fit passer pour un homme&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.myvirtualpaper.com/doc/clichy/clichy-mag-180---mai-2010/2010052602/48.html#48&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Partie 1&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.myvirtualpaper.com/doc/clichy/clichy-mag-181---juin-juillet-2010/2010071602/58.html#58&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Partie 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cit&#233; Foucault&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&#034;http://stanislasguillot.wordpress.com/tag/foucault/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le journal de Tanis par Stanislas Guillot, ouvrier du Carbone Lorraine (Journal &#233;crit &#224; Clichy de 1921 &#224; 1939)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les cit&#233;s des chiffonniers : la rue Marcadet, la cit&#233; Maupit, la route de la R&#233;volte, la cit&#233; de la Femme-Culotte... - 1885</title>
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		<dc:date>2013-02-24T19:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le chiffonnier est un des types les plus populaires de la capitale ; on l'a souvent mis au th&#233;&#226;tre et dans le roman. Les uns ont fait du chiffonnier de Paris un h&#233;ros de m&#233;lodrame, grand redresseur de torts, protecteur de l'innocence, juge du coupable, philosophe planant sur son temps ; d'autres nous ont montr&#233; le chiffonnier - gai et enjou&#233;, chantant des rondes et dansant le cancan avec la m&#232;re Moscou ; je d&#233;sire montrer, non le h&#233;ros imaginaire de m&#233;lodrame, mais le pauvre travailleur, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le chiffonnier est un des types les plus populaires de la capitale ; on l'a souvent mis au th&#233;&#226;tre et dans le roman. Les uns ont fait du chiffonnier de Paris un h&#233;ros de m&#233;lodrame, grand redresseur de torts, protecteur de l'innocence, juge du coupable, philosophe planant sur son temps ; d'autres nous ont montr&#233; le chiffonnier - gai et enjou&#233;, chantant des rondes et dansant le cancan avec la m&#232;re Moscou ; je d&#233;sire montrer, non le h&#233;ros imaginaire de m&#233;lodrame, mais le pauvre travailleur, enfoui dans des cit&#233;s horribles, au milieu de ce beau Paris, qui ne sera r&#233;ellement le cerveau du monde que le jour o&#249; il sera parvenu &#224; adoucir les effroyables mis&#232;res qu'il renferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau que je vais mettre sous les yeux du lecteur n'est pas gai, je l'en pr&#233;viens. Ce n'est pas ma faute : je le retrace tel que je l'ai vu. Ces esquisses parisiennes n'ont d'autre m&#233;rite que d'&#234;tre d'une exactitude photographique. Si quelques-uns de ceux qui me lisent sont curieux de contr&#244;ler mon r&#233;cit, rien de plus facile : ils peuvent visiter sans crainte les cit&#233;s des chiffonniers, mais je les engage &#224; s'armer d'une forte dose de courage moral, pour pouvoir aller jusqu'au bout. Le spectacle est r&#233;pugnant autant que plein de d&#233;solations.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Cloys.jpg' width='358' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rue des Cloys - Grandes Carri&#232;res - 1876
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La rue Marcadet est une des plus longues de Paris ; elle part de la Chapelle et se termine &#224; Clichy ; &#224; mesure qu'on s'approche des fortifications, elle devient plus mis&#233;rable ; l'&#339;il vigilant du Conseil municipal ne semble pas voir si loin ; le pav&#233; est mauvais ; de ci de l&#224; un semblant de trottoir, o&#249; l'ivrogne tr&#233;buche sur des trous et se casse la t&#234;te sur les angles des dalles bris&#233;es ; plus on s'&#233;loigne du centre de Paris, plus les habitations deviennent pauvres et rares. A midi, heure &#224; laquelle le beau Paris a fait sa toilette, la rue Marcadet, &#224; la hauteur de Montmartre, est encore en tenue du matin ; des matelas, &#224; moiti&#233; pourris, couverts de taches naus&#233;abondes, pendent aux fen&#234;tres &#224; c&#244;t&#233; de loques de toutes sortes qui s&#232;chent au soleil. Derri&#232;re les murs d&#233;labr&#233;s des maisons, on devine l'habitation du pauvre, le logement aux dalles rouges, aux carreaux bris&#233;s et remplac&#233;s par du papier, aux plafonds qui menacent de s'&#233;crouler sur la t&#234;te des locataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au num&#233;ro 210 de la rue Marcadet est la cit&#233; des Cloys, habit&#233;e par des chiffonniers ; c'est le faubourg Saint-Germain de la corporation ; ici l'aristocratie dans une vingtaine de maisonnettes, b&#226;ties en contrebas, et o&#249;, les jours d'orage, les eaux descendant de Montmartre se r&#233;pandent &#224; l'aise. Il est onze heures du matin ; les chiffonniers sont rentr&#233;s ; ils ont vid&#233; la hotte dans la pi&#232;ce du rez-de-chauss&#233;e, qui est &#224; la fois le magasin, la salle &#224; manger et la chambre &#224; coucher d'une partie de la famille. Autour du tas d'ordures ramass&#233;es sur la voie publique sont assis le p&#232;re, la m&#232;re et les enfants, triant avec soin le butin et le classant selon son genre particulier ; il y a de tout dans le tas : du papier, des chiffons, du verre, du fer-blanc, des cro&#251;tes de pain, des trognons de choux, des oiseaux morts, des chats crev&#233;s, un polichinelle au ventre ouvert, une poup&#233;e &#224; laquelle manque la t&#234;te, des clous, des fioles de pharmaciens, que sais-je encore ! Le chef de la famille dirige les op&#233;rations ; il a le teint jaune de l'homme qui a pass&#233; la nuit, et sur ses traits se peint l'abrutissement de la b&#234;te de somme surmen&#233;e par un travail excessif. Les enfants, livides, couverts de haillons immondes, se grattent de la t&#234;te aux pieds, essayant de chasser la vermine qui les d&#233;vore ; toute la cit&#233; est envahie par une odeur &#233;pouvantable provenant des pourritures que les hommes rapportent au logis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ainsi que je l'ai dit, ce sont les heureux parmi cette population mis&#233;rable : ils travaillent pour leur compte ; ils trient eux-m&#234;mes la marchandise. Si dans le sac il y a des objets ayant une valeur plus grande que d'autres, ce sont eux qui en profiteront ; ils ne vendent pas le butin &#224; la livre, au plus bas prix, pour s'en d&#233;barrasser et afin que la m&#233;nag&#232;re puisse pr&#233;parer le d&#233;jeuner ; ils peuvent attendre ; ils ont vingt ou trente francs devant eux ; tant&#244;t, apr&#232;s avoir mang&#233; la soupe et dormi quelques heures, ils porteront aux marchands sp&#233;ciaux les divers objets et en tireront le meilleur parti possible. Ils ont des jours o&#249; ils gagnent jusqu'&#224; quatre francs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/Corbis-F10341.jpg' width='330' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cit&#233; Maupy - 1890
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus haut, dans la m&#234;me rue Marcadet, commence la v&#233;ritable mis&#232;re des chiffonniers, exploit&#233;e par le commer&#231;ant en gros, qui s'est install&#233; au milieu d'eux, qui leur loue la baraque dans laquelle ils v&#233;g&#232;tent, &#224; qui ils vendent &#224; la livre tout ce qu'ils ont ramass&#233; sur la voie publique, et qui, peu &#224; peu, s'enrichit par le travail de ces pauvres gens, tandis qu'ils restent, eux, dans la mis&#232;re jusqu'&#224; la fin. La cit&#233; Maupit est au num&#233;ro 221 de la rue Marcadet : c'est un vaste terrain, sans grande valeur dans ce quartier d&#233;sert ; il appartient &#224; plusieurs d&#233;put&#233;s. M. Maupit est le principal locataire ; quatorze cents francs de loyer le rendent ma&#238;tre absolu du terrain. M. Maupit y a fait construire les baraques ; pour cinquante sous par semaine, le locataire a une chambre au rez-de-chauss&#233;e - il n'y a pas de premier &#233;tage.&lt;br class='autobr' /&gt;
La solidit&#233; de ces constructions est telle qu'il y a quatre ans, un ouragan a enlev&#233; huit maisons pour en jeter les d&#233;bris &#224; cent m&#232;tres plus loin. Maintenant le principal locataire a pris ses pr&#233;cautions : d'&#233;normes pav&#233;s ont &#233;t&#233; hiss&#233;s sur la toiture en zinc, comme fait le montagnard du Tyrol pour que son chalet puisse r&#233;sister &#224; la tourmente. La maisonnette du principal locataire n'a qu'un rez-de-chauss&#233;e comme les autres, mais l'aisance y r&#232;gne, en m&#234;me temps qu'un luxe relatif ; un tapis compos&#233; de cent morceaux cousus les uns apr&#232;s les autres couvre le sol ; les murs sont garnis de lithographies trouv&#233;es dans les ordures et encadr&#233;es modestement ; la demeure de M. Maupit est un petit mus&#233;e r&#233;colt&#233; sur la voie publique ; il y a des oiseaux empaill&#233;s, un fragment de tableau &#224; l'huile repr&#233;sentant un clair de lune, des moiti&#233;s d'assiettes en fa&#239;ence, un buste de Louis-Philippe auquel manque la m&#226;choire, un autre buste plus petit de Pleyel, le fabricant de pianos, &#224; qui manque le nez ; une V&#233;nus de Milo sans t&#234;te ; un portrait du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, crev&#233; en vingt endroits ; une grossi&#232;re image de la Vierge au Rideau, de Rapha&#235;l, &#224; cot&#233; de d&#233;bris de caricatures de 1830 ; le tout garnissent deux pi&#232;ces, tenues proprement par la m&#233;nag&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la porte du n&#233;gociant, des tas de marchandises apport&#233;es l&#224; par les chiffonniers, tri&#233;es par lui avec soin et qu'il envoie &#224; ses correspondants ; les chiffons en ballots attendent qu'on les exp&#233;die : des montagnes de cro&#251;tes de pain jet&#233;es sur la voie publique ramass&#233;es une &#224; une, et qui sont vendues &#224; des paysans pour leurs bestiaux. Sous un hangar sp&#233;cial est entass&#233;e la ferblanterie : bo&#238;tes de conserves, bo&#238;tes de sinapismes Rigollot, bo&#238;tes &#224; sardines ; tout cela repasse &#224; la fabrique, est nettoy&#233;, r&#233;par&#233;, et sert une autre fois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_582 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/privat.jpg' width='356' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut en prendre notre parti. La bo&#238;te &#224; sardines, pimpante et luisante sur notre table de d&#233;jeuner, a peut-&#234;tre d&#233;j&#224; travers&#233; deux ou trois fois la cit&#233; Maupit pour y retourner probablement un jour ou l'autre. Dans le tas de la verrerie, les flacons de pharmacie sont en majorit&#233; : rinc&#233;s, lav&#233;s et orn&#233;s d'&#233;tiquettes fra&#238;ches, ils nous reviendront la semaine prochaine, apr&#232;s nous avoir quitt&#233;s la semaine derni&#232;re. Cent-cinquante ou deux cents paniers de chaussures &#233;cul&#233;es, trou&#233;es, sans semelles, souliers &#224; lacets, bottines, bottes, brodequins et chaussures de femmes, avec haut talon, forment un autre tas ; rien n'est perdu ; tout revient sur le march&#233;, retap&#233;, mis &#224; neuf, dans le meilleur &#233;tat possible, pour &#234;tre revendu aux pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quartier g&#233;n&#233;ral du ma&#238;tre chiffonnier est s&#233;par&#233; des baraques o&#249; grouille la population la plus mis&#233;rable qu'il soit possible de voir, par une boutique de marchand de vin, exploit&#233;e par le neveu du principal locataire. Une partie du salaire encaiss&#233; chez M. Maupit passe sur le comptoir de son neveu ; le reste va aux enfants qui ont faim et &#224; la femme qui attend le retour du mari, pour jeter quelques carottes, navets et pommes de terre dans de l'eau ; la soupe des pauvres, qui satisfait l'estomac sans fortifier le corps, une nourriture abjecte qu'on d&#233;vore avec d&#233;lices, malgr&#233; la puanteur qui r&#232;gne dans cet enclos ; dans les habitations et dehors, une odeur pestilentielle, d'o&#249; na&#238;t la fi&#232;vre mieux que par les marais les plus malsains... Dans un instant nous verrons cette mis&#233;rable population de plus pr&#232;s encore. Passons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons maintenant visiter la plus curieuse cit&#233; de Paris : elle se trouve avenue de la R&#233;volte, &#224; la hauteur du passage Trouillet. Ce passage aboutit a un de ces terrains vagues aux environs des fortifications, o&#249;, en &#233;t&#233;, les tapissiers font battre nos tapis. La partie droite de ce terrain appartient &#224; la femme Foucault ; c'est elle qui a fait construire, et qui a exploit&#233; la cit&#233; ; c'est une longue ruelle, bord&#233;e de baraquements. Un logement, soit au rez-de-chauss&#233;e, soit au premier &#233;tage, o&#249; l'on circule par une galerie ext&#233;rieure, se compose d'une sorte de cellule plus ou moins sale et crasseuse ; pour tout meuble, un matelas jet&#233; par terre ou dans un lit de fer boiteux ; un homme de taille moyenne ne peut pas entrer dans ces logements sans se baisser, tant la porte est basse ; une fen&#234;tre carr&#233;e de cinquante centim&#232;tres de diam&#232;tre &#233;claire ces r&#233;duits. Nous les visiterons tant&#244;t, apr&#232;s avoir salu&#233; la propri&#233;taire de cette cit&#233;, dite la cit&#233; de la Femme-Culotte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_578 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;192&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/routeRevolte.jpg' width='464' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chemin qui deviendra en 1750 la route de la R&#233;volte, sur la carte des environs de Paris, dress&#233;e par le Sr Roussel et le Sr Le Rouge en 1730 (Gallica) - Source : &lt;a href=&#034;http://www.nicolaslefloch.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.nicolaslefloch.fr&lt;/a&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;nomination vient de la propri&#233;taire qui r&#232;gne en souveraine sur cette population de mis&#233;rables de toute esp&#232;ce : chiffonniers, ouvriers sans ouvrage, d&#233;class&#233;s de toute sorte, au nombre de quatre cents. La maison de madame Foucault est au bout de la cit&#233;, &#224; gauche ; cette femme, qui est fort riche et qui se prom&#232;ne dans son pha&#233;ton attel&#233; d'un joli cheval, est d&#233;guis&#233;e en homme ; elle peut avoir soixante ans ; ses cheveux gris sont coup&#233;s courts comme les cheveux des hommes ; elle est v&#234;tue d'un pantalon (de l&#224; le nom de la cit&#233;), d'un gilet, d'une blouse bleue et de souliers &#224; lacets. Depuis vingt ans qu'elle porte le costume masculin, elle s'est appropri&#233; la d&#233;marche d'un homme et les gestes &#233;nergiques du sexe fort. La Femme-Culotte n'est pas b&#234;te ; dans son jeune temps, elle doit avoir fr&#233;quent&#233; des hommes intelligents ; elle affirme notamment avoir beaucoup connu Dumas le p&#232;re ; elle cause fort agr&#233;ablement et effleure la litt&#233;rature d'une main l&#233;g&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Femme-Culotte, le jour o&#249; j'eus l'honneur de lui &#234;tre pr&#233;sent&#233;, avait deux amies &#224; d&#233;jeuner : j'arrivai &#224; la fin du repas ; on venait de prendre le caf&#233; et ces dames fumaient des cigarettes, en se versant de temps en temps un petit verre de cognac. La Femme-Culotte &#233;tait renvers&#233;e sur sa chaise, les jambes crois&#233;es, et faisait de jolis ronds en lan&#231;ant en l'air la fum&#233;e de sa cigarette. Pr&#233;cis&#233;ment, ces trois convives discutaient avec passion. &#201;mile Zola &#233;tait sur la sellette. La Femme-Culotte &#233;tait d'avis que l'Assommoir, qui pr&#233;tend &#234;tre le roman du peuple, n'est qu'une peinture de l'une des faces de la mis&#232;re parisienne, et qu'au cas o&#249; Zola se f&#251;t adress&#233; &#224; elle, la Femme-Culotte, il en e&#251;t appris bien d'autres sur la d&#233;pravation populaire. L'une des amies de madame Foucault partit de l&#224; pour nous raconter que, depuis deux jours quelle se trouvait en visite chez la Femme-Culotte, elle avait vu des choses horribles ; que les locataires de la Cit&#233; n'avaient aucune esp&#232;ce de m&#339;urs ; que les parents et les enfants, les hommes et les femmes, couchent dans une m&#234;me pi&#232;ce, et que, dans cette agglom&#233;ration de pauvres gens, il n'y avait pour le vice ni &#226;ge, ni sexe. Cette conversation fut de temps en temps interrompue par la venue d'un pauvre diable qui se pr&#233;sentait au guichet pour apporter &#224; la Femme-Culotte un &#224;-compte sur le loyer, variant de cinq &#224; dix sous ; la propri&#233;taire fourra toute cette monnaie dans les poches de son pantalon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas que dans un coin de Paris la mis&#232;re soit plus exploit&#233;e que dans ces cit&#233;s de pauvres gens. Jugez donc. Quatre cents locataires payent en moyenne quarante sous de loyer par semaine, ce qui donne un total de quarante mille francs par an pour une baraque qui, terrain compris, ne doit pas avoir co&#251;t&#233; plus de trente mille francs &#224; &#233;tablir. Il n'est donc pas surprenant que la Femme-Culotte soit fort riche. Cependant il faut compter qu'un bon tiers des loyers ne rentre pas ; on paye d'avance la premi&#232;re semaine ; la seconde, on donne un &#224;-compte ; la troisi&#232;me, on promet pour la semaine suivante. Quand la Femme-Culotte se f&#226;che, la bataille &#233;clate ; elle nous a montr&#233; sur sa t&#234;te grise de nombreuses cicatrices, souvenirs des combats pass&#233;s. Toutefois, pour ne pas m'&#233;carter de la v&#233;rit&#233;, je dois rendre cette justice &#224; la Femme-Culotte : qu'elle administre son immeuble avec quelque humanit&#233; et m&#234;me avec une certaine coquetterie. Le jour o&#249; j'eus l'honneur de causer avec elle, on &#233;tait en train de reb&#226;tir toute une aile de sa cit&#233;, et ce coin pimpant et frais se d&#233;tachait entre les Vieilles mesures comme un palais somptueux ; les locataires appellent ce coin le &#171; Palais-Royal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_580 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;61&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/zone_porte_clignancourt.jpg' width='399' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La zone &#224; la Porte de Clignancourt - Agence Meurisse - 1928
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Conduits par la Femme-Culotte en personne, que ses locataires saluaient comme une souveraine, nous f&#238;mes le tour de la Cit&#233; ; partout le m&#234;me spectacle de la plus navrante mis&#232;re ; des familles enti&#232;res entass&#233;es dans des r&#233;duits o&#249; un seul individu aurait &#224; peine de la place ; dans un de ces bouges une femme accouch&#233;e r&#233;cemment gisait sur un matelas, tandis que la fille a&#238;n&#233;e, &#226;g&#233;e de douze ans et v&#234;tue d'horribles loques, faisait la cuisine sur un petit fourneau, et que l'odeur du charbon se m&#234;lait aux &#233;manations pestilentielles des ordures que le mari avait apport&#233;es au logis et qu'il triait avec soin avant de les porter au marchand ; des gar&#231;ons en bas &#226;ge et qui avaient chiffonn&#233; dans les rues de Paris, succombent sous la fatigue, dormaient sur la terre au pied du matelas, &#224; c&#244;t&#233; de l'accouch&#233;e et du nouveau-n&#233;. La mis&#232;re se transmet dans ces familles de pauvres gens avec la profession. Quelques-uns sont de braves p&#232;res de famille qui, depuis vingt ans, habitent la cit&#233;, travaillent comme des chiens, payent r&#233;guli&#232;rement leur loyer et n'ont jamais pu amasser dix sous pour le lendemain ; d'autres, des vauriens, d&#233;pensent aussit&#244;t au cabaret le salaire de la journ&#233;e et se nourrissent d'un morceau de pain, peu leur importe, pourvu qu'ils aient de quoi boire le plus d'eau-de-vie possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants qui naissent dans ces cit&#233;s sont &#233;lev&#233;s au milieu du spectacle le plus d&#233;gradant qu'il soit possible &#224; l'homme de contempler ; bient&#244;t pour la petite fille, couchant dans la m&#234;me pi&#232;ce que le mari et la femme ou l'amant et la ma&#238;tresse, il n'y a plus de secret ; la pudeur est pour ces malheureuses un mot qu'elles ignorent et une sensation qu'elles n'&#233;prouvent jamais. De temps en temps, cette population de mis&#233;rables s'accro&#238;t d'un mauvais ouvrier qui, chass&#233; de l'atelier, puis de son garni, vient s'installer dans la cit&#233; et y reste. La vie du chiffonnier lui convient bien mieux que le travail dans l'atelier. Ici, il est son ma&#238;tre ; il n'a pas de patron ; il part pour l'ouvrage quand cela lui pla&#238;t et il revient quand il en a envie il ne doit compte &#224; personne de l'emploi de son temps ; nul n'a le droit de lui imposer les heures de travail c'est la libert&#233; dans la mis&#232;re. La mort a fauch&#233; la Femme-Culotte en 1882, mais son &#233;tablissement fonctionne toujours avec succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/un_aspect_de_la_zone_aux_portes_de_Paris.jpg' width='333' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ann&#233;es 1930 : un aspect de la &#034;zone&#034; aux portes de Paris
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais, si mis&#233;rable que soit la population de la cit&#233; Culotte, on peut descendre plus bas encore dans la mis&#232;re parisienne ; un peu plus haut que le passage Trouillet, se trouve, de l'autre c&#244;t&#233; de la route de la R&#233;volte, une agglom&#233;ration de malheureux enfouis dans des cabanes &#233;pouvantables. C'est le Petit-Mazas. L&#224;, dans un terrain vague, o&#249; les eaux sales ne s'&#233;coulent jamais, o&#249; la pluie p&#233;n&#232;tre ais&#233;ment dans les cellules, et en fait des r&#233;duits humides, o&#249; r&#232;gne une odeur naus&#233;abonde venant des eaux stagnantes et des tas d'ordures jamais enlev&#233;s par la voirie, l&#224; grouille une population dont la vue soul&#232;ve le c&#339;ur, en m&#234;me temps qu'elle &#233;veille la piti&#233;. Les cabanes sont construites avec un peu de boue, pas plus ; pour se faire illusion sur leur mis&#232;re, ces malheureux embellissent leurs niches avec tout ce qu'ils trouvent sur la voie publique : un morceau de buste en pl&#226;tre, une vieille gravure d&#233;chir&#233;e, une cage &#224; serin &#224; moiti&#233; d&#233;molie, une fleur artificielle ramass&#233;e dans la boue, tous les d&#233;bris que l'opulence parisienne jette d&#233;daigneusement sur la voie publique et avec lesquels les d&#233;sh&#233;rit&#233;s se fabriquent un certain luxe qui serre le c&#339;ur. Le Petit-Mazas est le dernier mot de la mis&#232;re &#224; Paris. On y voit passer des vieillards au dos courb&#233;, dont la vie s'est &#233;coul&#233;e dans cette fange, enfouis sous les ordures, couverts de vermine ; on voit dans ces cabanes des petits &#234;tres qui y naissent et qui y mourront sans avoir entrevu un seul instant ce qui fait la joie de la vie. Et alors on ne s'&#233;tonne plus que, dans une grande ville comme celle-ci, bien des r&#233;voltes indompt&#233;es agitent les hommes et qu'il existe r&#233;ellement une question sociale, difficile &#224; r&#233;soudre, je le veux bien, mais qui, t&#244;t ou tard, se d&#233;nouera parla violence si le dix-neuvi&#232;me si&#232;cle ne l'&#233;teint pas par le progr&#232;s et la bienfaisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Albert Wolff - &lt;i&gt;M&#233;moires d'un Parisien - L'&#233;cume de Paris&lt;/i&gt; - 1885&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Sophie Foucault se fit passer pour un homme&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.myvirtualpaper.com/doc/clichy/clichy-mag-180---mai-2010/2010052602/48.html#48&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Partie 1&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.myvirtualpaper.com/doc/clichy/clichy-mag-181---juin-juillet-2010/2010071602/58.html#58&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Partie 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cit&#233; Foucault&lt;/strong&gt; - &lt;a href=&#034;http://stanislasguillot.wordpress.com/tag/foucault/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le journal de Tanis par Stanislas Guillot, ouvrier du Carbone Lorraine (Journal &#233;crit &#224; Clichy de 1921 &#224; 1939)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=167' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Au pays du chiffon - Sophie Foucault, La m&#232;re des chiffoniers - 1892&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#226;ne aux sabots d'airain ou aliboron enlev&#233; par un cheval (Histoire des embarras de Paris) - 1922</title>
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		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Un humble chiffonnier parisien, M. Charles Fontaine, avait achet&#233; &#224; l'un de ses confr&#232;res son fonds de commerce (c'est-&#224;-dire le droit de fouiller dans les poubelles du quartier du Sentier) et son mat&#233;riel constitu&#233; par un petit &#226;ne gris, attel&#233; &#224; une voiture. Le mardi 4 avril 1922, pour la premi&#232;re fois, le ch&#238;ffonnier et son baudet rendirent, ensemble, visite &#224; toutes les bo&#238;tes &#224; ordures des rues d'Uz&#232;s, de Cl&#233;ry et Poissonni&#232;re. Soudain l'&#226;ne refusa d'avancer. Son maitre le caressa, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/aliboron.jpg' width='214' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un humble chiffonnier parisien, M. Charles Fontaine, avait achet&#233; &#224; l'un de &lt;br class='autobr' /&gt;
ses confr&#232;res son fonds de commerce (c'est-&#224;-dire le droit de fouiller dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
poubelles du quartier du Sentier) et son mat&#233;riel constitu&#233; par un petit &#226;ne gris, attel&#233; &#224; une voiture. Le mardi 4 avril 1922, pour la premi&#232;re fois, le ch&#238;ffonnier et son baudet rendirent, ensemble, visite &#224; toutes les bo&#238;tes &#224; ordures des rues d'Uz&#232;s, de Cl&#233;ry et Poissonni&#232;re. Soudain l'&#226;ne refusa d'avancer. Son maitre le caressa, puis l'excita de la voix et du geste et enfin le d&#233;tela. L'animal consentit alors &#224; parcourir encore quelques m&#232;tres, mais redevenu subitement ent&#234;t&#233; comme un &#226;ne qu'il &#233;tait, il ne voulut plus bouger du tout et cela malgr&#233; l'intervention de plusieurs sergents de &lt;br class='autobr' /&gt;
ville accourus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horloge pneumatique voisine marquait 9 heures. La circulation &#233;tait tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
intense. L'aliboron, regrettant son ancien ma&#238;tre ou peut-&#234;tre fig&#233; de peur &#224; la pens&#233;e de traverser &#224; quatre pattes le boulevard sillonn&#233; de rapides automobiles et de bruyants autobus, conserva son immobilit&#233; intempestive, en d&#233;pit des objurgations r&#233;it&#233;r&#233;es, d'un inspecteur principal de police. Les badauds s'amass&#232;rent ; les cochers, les chauffeurs de taxi cri&#232;rent : &#171; Haro sur le baudet ! &#187; Un service d 'ordre ne put r&#233;tablir la libre circulation. Bien mieux, l'&#226;ne indocile arr&#234;ta une automobile. C'&#233;tait trop. Un agent verbalisa et l'inspecteur de police ordonna d'arr&#234;ter l'animal et de l'emmener &#224; la fourri&#232;re. Chose qui &#233;tait plus facile &#224; dire qu'&#224; ex&#233;cuter et qui fit pousser les hauts cris au chiffonnier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/aliboron2.jpg' width='265' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; 17 heures, l'&#226;ne aux sabots d'airain for&#231;a l'admiration des curieux en r&#233;sistant aux efforts r&#233;p&#233;t&#233;s des escouades d'agents tirant sur les brides ou sur ses longues oreilles pour le faire circuler. Le ma&#238;tre de la t&#234;tue b&#234;te eut alors une id&#233;e : hisser son &#226;ne dans une voiture &#224; cheval. Une carriole fut requise. La voiture de Me Aliboron &#233;tant avanc&#233;e, celui-ci s'y laissa &#171; monter &#187;, tel un veau ou un mouton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chiffonnier pleura de joie quand les sergents de ville, au lieu d'emmener le r&#233;calcitrant &#224; la fourri&#232;re autoris&#232;rent &#224; ce qu'il regagn&#226;t son... domicile-&#233;curie, o&#249; l'attendait un abondant picotin d'avoine. Le dos couvert pr&#233;cautionneusement d'une chaude couverture &#8212; il pleuvait et ventait &#8212; l'&#226;ne partit en voiture, salu&#233;, acclam&#233; par la foule. Et voil&#224; comment, apr&#232;s huit heures d'attente, un aliboron fut enlev&#233; par un cheval, la plus noble conqu&#234;te que l'homme ait jamais faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Matin - Mercredi 5 avril 1922&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un coup d'&#339;il sur le chiffonnier - 1900</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=151</link>
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		<dc:date>2013-01-27T16:20:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si depuis quelques dizaines d'ann&#233;es seulement l'industrie s'est avis&#233;e de tirer parti, de transformer et de relancer dans la circulation les marchandises recueillies dans les bo&#238;tes &#224; ordures et sur le pav&#233;, le chiffonnier en lui-m&#234;me existe depuis des temps imm&#233;moriaux. Sa trace est difficile, sinon impossible &#224; retrouver aux &#233;poques &#233;loign&#233;es des Grecs et des Romains. N&#233;anmoins, il existait certainement sous d'autres formes, sous d'autres aspects et les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es ont sans nul (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_536 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/la_collation_du_chiffonnier-2.jpg' width='326' height='250' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Collation du chiffonnier
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si depuis quelques dizaines d'ann&#233;es seulement l'industrie s'est avis&#233;e de tirer parti, de transformer et de relancer dans la circulation les marchandises recueillies dans les bo&#238;tes &#224; ordures et sur le pav&#233;, le chiffonnier en lui-m&#234;me existe depuis des temps imm&#233;moriaux. Sa trace est difficile, sinon impossible &#224; retrouver aux &#233;poques &#233;loign&#233;es des Grecs et des Romains. N&#233;anmoins, il existait certainement sous d'autres formes, sous d'autres aspects et les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es ont sans nul doute connu le chiffonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie du chiffon, du d&#233;tritus, jet&#233; &#224; la rue, si elle a fait vivre de tout temps une nombreuse cat&#233;gorie d'individus, si actuellement elle fournit rien qu'&#224; Paris du travail &#224; plus de trente mille personnes, n'a jamais, croyons-nous, valu &#224; ceux qui l'ont exerc&#233;e l'estime et le respect de leurs concitoyens. La liste serait longue des &#233;dits, ordonnances, arr&#234;t&#233;s et mesures de police pris contre les chiffonniers. Ces modestes et utiles travailleurs, sans lesquels chaque ann&#233;e des millions de marchandises seraient enti&#232;rement perdus pour l'industrie ont toujours vu s'exercer contre eux les rigueurs de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que pendant de longues ann&#233;es, on n'e&#251;t jamais voulu croire qu'il leur &#233;tait possible de gagner leur vie rien qu'en ramassant sur la voie publique les d&#233;bris de toutes sortes provenant de la consommation journali&#232;re des grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, en 1701, l'ordonnance du lieutenant de police d'Argenson est pleine de sous-entendus &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle concerne les chiffonniers qui infectent l'air par les immondices de leur profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur le rapport fait &#224; l'audience de police au Chastelet par maistre Pierre Dumesnil, conseiller du Roy, commissaire au Chastelet de Paris, ancien pr&#233;pos&#233; pour le fait de la police au quartier Saint Martin ; qu'il a re&#231;u plusieurs plaintes tant des bourgeois et des propri&#233;taires, que des locataires de la Rue Neuve Saint-Martin ; de ce que plusieurs particuliers chiffonniers et autres demeurants en ladite rue, Cul-de-sac d'icelle et &#233;s environ se mettent de trafiquer de chiens, pour la nourriture desquels ils font provision de chair de chevaux qui infectent le quartier, lesquels chiens au nombre de plus de deux cents, ils laschent la nuit et le jour dans la rue, en sorte que des passans en ont est&#233; mordus ; et lorsque ces chiens sont renfermez, ils troublent par leurs hurlements le repos des habitans pendant la nuit... comme aussi... nonobstant les d&#233;fenses qui leur furent par Nous r&#233;it&#233;r&#233;es l'ann&#233;e derni&#232;re de sortir de leurs maisons &#224; minuit et de marcher dans les rues sous pr&#233;texte d'amasser des chiffons, ce qui peut donner lieu &#224; la plus grande partie des vols que se font tant des auvents que des grilles et des enseignes, m&#234;me causer et favoriser les ouvertures des boutiques, salles et cuisines qui sont au rez-de-chauss&#233;e, estant facile auxdits chiffonniers d'en tirer avec les crocs dont ils se servent, les linges et la plupart des choses qu'on a coutume d'y laisser ; &#224; quoy &#233;tant n&#233;cessaire de pourvoir. ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ordonnons que les arrests, statuts et r&#233;glemens de police seront ex&#233;cutez selon leur forme et teneur ; et en cons&#233;quence avons fait d&#233;fenses &#224; tous chiffonniers, chiffonni&#232;res et autres, de vaquer par les rues ny d'amasser des chiffons avant la pointe du jour, &#224; peine de trois cents livres d'amende et de punition corporelle&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_531 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;87&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/la_viollette_chiffonnier.jpg' width='285' height='388' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Violette Chiffonnier cherchant sa couronne dans les ordures des faubourgs de Paris
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus d'un si&#232;cle, les chiffonniers ont beau protester contre la m&#233;fiance dont ils sont l'objet, assurer qu'ils vivent uniquement de leur travail, on ne cesse de les tenir en suspicion. N&#233;anmoins leur nombre s'accro&#238;t sans cesse et l'autorit&#233; suit cet accroissement d'un &#339;il inquiet. Dans les cit&#233;s qu'ils se sont b&#226;ties, les chiffonniers vivent librement et n'acceptent gu&#232;re en leur compagnie ceux qui ne sont pas des professionnels du crochet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur nombre devient tel qu'en 1828, M. de Belleyme, un pr&#233;fet de police d'alors, ordonnan&#231;a lui aussi contre eux et les contraignit de porter la m&#233;daille. Cette m&#233;daille &#233;tait en cuivre, de forme ovale, et mentionnait les nom, pr&#233;noms, l'&#226;ge et signalement du titulaire, ainsi qu'un num&#233;ro d'ordre. Le sobriquet devait aussi y &#234;tre indiqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus le num&#233;ro devait &#234;tre inscrit sur la face ext&#233;rieure de la hotte en chiffres perc&#233;s &#224; jour de &#171; 54 millim&#232;tres de hauteur &#187;. Ce m&#234;me num&#233;ro devait encore &#234;tre reproduit &#171; en couleur noire &#187; sur une des vitres de la lanterne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; De cette fa&#231;on, pensait sans doute M. de Belleyme, nous saurons au moins exactement le nombre des chiffonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illusion dura peu. La tentative d'embrigadement &#233;choua. On se repassait les m&#233;dailles. Les &#171; vieux &#187; les donnaient &#224; leurs enfants. Pour &#234;tre en r&#232;gle avec le sergent de ville on changeait de sobriquet, et tout &#233;tait dit. Cela donnait m&#234;me lieu &#224; des sc&#232;nes amusantes qu'ont vues les vieux Parisiens. Un sergent de ville s'avan&#231;ait au milieu d'un groupe de chiffonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comment vous appelez-vous ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Moi ! l'Hareng-Saur ! &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Et vous ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Boule-de-Suif, m'sieur l'agent. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Et vous ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Attendez, j'm'en rappel' plus, disait avec aplomb un gamin. Voil&#224;. Tromp'-la-Mort !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;44&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/brocanteur_egard_quinet.jpg' width='381' height='461' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Brocanteur Bld Edgar Quinet - 1898 - Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et, en effet, les m&#233;dailles portaient bien les sobriquets indiqu&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement l'Hareng-Saur &#233;tait une grosse matrone aux chairs flasques d&#233;bordant du caraco. Boule-de-Suif, au contraire, &#233;tait un grand gaillard maigre et d&#233;gingand&#233;. Quant &#224; Trompe-la-Mort, son extr&#234;me jeunesse ne justifiait pas le moins du monde son sobriquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Voyons un peu, disait l'agent, qui s'&#233;tait empar&#233; des m&#233;dailles. Boule-de-Suif, cette m&#233;daille n'est pas &#224; vous ! Votre signalement ne correspond pas du tout &#224; celui-ci. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Comment, c'est pas moi Boule-de-Suif, s'exclamait l'homme en se croisant les bras. Eh ! bien alors. c'est trop fort ! Dis toi. l'Hareng-Saur, comment que j'm'appelle ? &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Boule-de-Suif ! &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Et toi, Tromp'-la-mort. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Boule-de-Suif, r&#233;p&#233;tait comme un &#233;cho le gamin qui se tenait les c&#244;tes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Vous voyez bien, m'sieur l'agent, reprenait triomphalement l'incrimin&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me sc&#232;ne se renouvelait si l'agent s'attaquait aux deux autres biffins. Evidemment les m&#233;dailles ne leur appartenaient pas. Mais que faire ? Les arr&#234;ter parce qu'ils ramassaient des chiffons ? L'agent s'&#233;loignait sans mot dire pendant que les trois comp&#232;res reprenaient en toute h&#226;te le crochet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses rest&#232;rent donc en l'&#233;tat pendant de longues ann&#233;es. L'autorit&#233; ne pouvant faire autrement fermait les yeux. L'indulgence dont elle usait &#224; l'&#233;gard des chiffonniers se justifiait, il est vrai, par d'autres consid&#233;rations. Passant une partie de la nuit dans les rues, fr&#233;quentant les bouges et les tavernes, les chiffonniers &#233;taient tout indiqu&#233;s pour servir d'indicateurs &#224; la police. Aussi avait-on conc&#233;d&#233; des m&#233;dailles &#224; un certain nombre de for&#231;ats lib&#233;r&#233;s. Pendant longtemps, le mot chiffonnier fut presque synonyme de &#171; mouchard &#187; et nous croyons que cela est surtout la cause du m&#233;pris que, m&#234;me parmi le peuple, les chiffonniers se sont toujours vu t&#233;moigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en ait &#233;t&#233;, cet &#233;tat de choses ne dure plus depuis qu'une nouvelle r&#233;glementation a prescrit l'usage des bo&#238;tes &#224; ordures. En tant qu'indicateurs de police, les biffins ne peuvent plus rendre de services, ne passant plus comme autrefois la majeure partie de leurs nuits dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_534 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/chiffonnier_joseph.jpg' width='453' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le chiffonnier Joseph
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque que b&#233;nissent les &#171; vieux du crochet &#187;, qui se la rappellent, les d&#233;molitions n'avaient pas encore chass&#233; vers les fortifications la population chiffonni&#232;re. Elle occupait le Faubourg-Saint-Marcel, la Montagne-Sainte-Genevi&#232;ve, la rue Sainte-Marguerite. Ob&#233;issant &#224; une police sp&#233;ciale, &#224; des coutumes particuli&#232;res, elle formait dans la capitale une autre cit&#233;, dont le continuel accroissement ne laissait pas que d'inqui&#233;ter l'autorit&#233;. Les lazzaroni parisiens n'avaient pas encore devant eux le spectre de la concession. Heureux dans leur mis&#233;rable condition, n'ayant et ne voulant avoir d'autre souci que celui de r&#233;colter chaque nuit de quoi boire le lendemain, ils vivaient alors les beaux jours de leur histoire. Davantage qu'aujourd'hui, le fumier des rues leur procurait leur subsistance. On connaissait moins la valeur des objets, les caisses d'&#233;pargne n'existant pas encore, les cuisini&#232;res, les bonnes, &#233;taient moins rapaces, et les tas renfermaient souvent des aubaines pour les chiffonniers. Ils avaient leurs cabarets, leurs auberges sp&#233;ciales, tel cet &#233;tablissement : &#171; A l'hazard de la Fourchaite &#187;, situ&#233; dans les environs de la place Maubert et o&#249; l'on d&#238;nait pour un sou. Voici comment l'on proc&#233;dait dans cette philanthropique institution. Plusieurs kilos de rogatons, &#171; d'arlequins &#187; innommables, &#233;taient mis p&#234;le-m&#234;le dans une vaste marmite, et sans doute, pour emp&#234;cher les clients de choisir d'avance leur morceau, on recouvrait le tout d'eau chaude, &#224; la surface de laquelle les graisses les plus diverses venaient former une couche protectrice. Lorsqu'il avait donn&#233; d'avance son sou, le client &#233;tait autoris&#233; &#224; &#171; piquer &#187; dans la marmite avec une grande fourchette. Malheur au malchanceux. Il risquait de ne ramener qu'une couenne de lard &#224; peine ramollie par l'eau chaude, qu'une patte de canard &#224; demi d&#233;pouill&#233;e. Heureux celui qui harponnait une moiti&#233; de t&#234;te de mouton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tablissement analogue fonctionna plus tard dans la rue de la Gaiet&#233;, pr&#232;s de la Chauss&#233;e-du-Maine, o&#249; se trouvaient des cabarets fr&#233;quent&#233;s aussi par les chiffonniers des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marceau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cabaret, barri&#232;re du Maine, &lt;br class='manualbr' /&gt;Au temps o&#249; le vin se vendait six sous, &lt;br class='manualbr' /&gt;Lorsque pour six blancs on avait sans peine &lt;br class='manualbr' /&gt;Un plat de goujons et de lard aux choux, &lt;br class='manualbr' /&gt;Un vieux chiffonnier &#224; la mine alti&#232;re &lt;br class='manualbr' /&gt;Casquette lev&#233;e et le croc au poing &lt;br class='manualbr' /&gt;S'en vient demander si sa personni&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hotte&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;N'est pas par hasard rest&#233;e dans un coin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chanson date de 1825.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/les_chiffonniers_de_paris-2.jpg' width='367' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une des cours de la Californie donnait aussi acc&#232;s sur la Chauss&#233;e-du-Maine. La &#171; Californie &#187; nom pompeux et s&#233;duisant ! Toute une g&#233;n&#233;ration de biffins, d'ouvriers, de boh&#233;miens des lettres et des arts y a pris ses repas. La d&#233;pense se soldait toujours avec 40 ou 50 centimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour des Halles surtout, la maison de Paul-Niquet fut pendant longtemps c&#233;l&#232;bre. Exploit&#233;s sans vergogne et m&#234;me souvent maltrait&#233;s dans ces cabarets qui leur &#233;taient sp&#233;ciaux, les chiffonniers, chaque nuit, de minuit &#224; cinq heures du matin, n'y en allaient pas moins boire le &#171; camphre &#187; ou le casse-poitrine. Pour &#233;viter l'encombrement, il n'y avait parfois, ni bancs, ni chaises, mais seulement &#224; l'usage des consommateurs des cordes pendant du plafond jusqu'&#224; hauteur de moiti&#233; d'homme. Assomm&#233; par l'alcool, l'un d'eux roulait-il sur le sol, il &#233;tait emport&#233; par le tavernier, jet&#233; plut&#244;t dans une sorte de cachot &#224; peine garni de paille. Bien loin de se plaindre, il faut dire que si, &#224; moiti&#233; d&#233;gris&#233;, l'ivrogne retrouvait sur lui quelques centimes, il revenait les &#233;changer contre de nouveaux verres de &#171; fil-en-quatre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rue des Marmousets, existait une maison de ce genre, que, par mesure de pr&#233;caution la police faisait fermer le lundi et le dimanche &#224; trois heures de l'apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Nouveau Paris de Lab&#233;dolli&#232;re nous trouvons, magistralement esquiss&#233;e, la physionomie de ces chiffonniers dont plusieurs, les Liard, les g&#233;n&#233;ral Bertrand sont rest&#233;s c&#233;l&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230;C'est dans le XIIIe et dans une partie du Ve, dit l'auteur, que sont cantonn&#233;s les chiffonniers parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un homme est sans ressources, et qu'il peut en trouver en fouillant dans les tas d'ordures, il faudrait qu'il n'e&#251;t pas sept francs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La hotte peut &#234;tre estim&#233;e &#224; cinq francs, lorsque &#8212; c'est assez rare, &#8212; elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans sa poche pour se priver d'une hotte et d'un crochet. D&#232;s qu'il est arm&#233; chiffonnier, d&#232;s qu'il s'est familiaris&#233; &#224; l'ignominie de ce sale m&#233;tier, apr&#232;s l'avoir adopt&#233; par n&#233;cessit&#233;, il le continue par inclination. Il se compla&#238;t dans sa vie nomade, dans ses promenades sans fin, dans son ind&#233;pendance de lazzarone. Il regarde avec un profond m&#233;pris les esclaves qui s'enferment du matin au soir dans un atelier, derri&#232;re un &#233;tabli. Que d'autres m&#233;caniques vivantes r&#232;glent l'emploi de leur temps sur la marche des horloges, lui, le chiffonnier philosophe, travaille quand il veut, se repose quand il veut, sans souvenirs de la veille, sans soucis du lendemain. Si la brise le glace, il se r&#233;chauffe avec des verres de &#171; camphre &#187; ; si la chaleur l'incommode, il &#244;te ses guenilles, s'allonge &#224; l'ombre et s'endort. A-t-il faim ? Il se h&#226;te de gagner quelques sous et fait un repas de Lucullus avec du pain et du fromage d'Italie. Est-il malade que lui importe ? &#8212; L'h&#244;pital, dit-il, n'a pas &#233;t&#233; invent&#233; pour les chiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diog&#232;ne jeta sa coupe ; le chiffonnier n'a pas moins de d&#233;dain pour les biens de ce monde. C'est un chiffonnier ivre et titubant, qui, d&#233;coiff&#233; par son propre roulis, adressa &#224; son chapeau bossel&#233; qui gisait sur le sol cette apostrophe pleine de logique : Si je te ramasse, je tombe ; si je tombe, tu ne me ramasseras pas : je te laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soumis &#224; toutes les privations, le chiffonnier est fier parce qu'il se croit libre. Il traite avec hauteur le marchand de chiffons m&#234;me, auquel il porte la r&#233;colte du jour, et dont il re&#231;oit de temps en temps de l&#233;g&#232;res avances sur celle du lendemain. &#8212; Si tu ne veux pas m'acheter, j'm'en fiche pas mal, j'irai ailleurs, dit-il, et il fait mine de s'&#233;loigner. On aper&#231;oit son orgueil &#224; travers les trous multipli&#233;s de sa veste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/cite_doree.jpg' width='471' height='368' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cit&#233; Dor&#233;, Bd de la Gare - Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vers 1853, la gent que fait vivre la poubelle &#233;tait encore en possession de la rue Mouffetard, du faubourg Saint-Marcel, de la rue Sainte-Marguerite. Il y avait &#224; Paris 28 sp&#233;culateurs qui achetaient aux chiffonniers leurs hott&#233;es pour trier, laver les marchandises, et les revendre aux industriels. Le chiffre d'affaires &#233;tait &#233;valu&#233; &#224; plus de 1.600.000 francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs de nuit, les &#171; coureurs &#187; &#233;taient au nombre de 1.400 environ, puisqu'il n'a jamais &#233;t&#233; possible d'&#233;tablir leur nombre d'une fa&#231;on exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De M. Victor Fournel, qui en 1858, sous le titre : Ce qu'on voit dans les rues de Paris, a fait une int&#233;ressante &#233;tude sur les habitants des cit&#233;s, nous reproduisons cette page qui traite de leurs m&#339;urs et de leur moralit&#233;. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; Les chiffonniers sont plac&#233;s &#224; un degr&#233; plus haut &#224; les en croire que les balayeurs, un degr&#233; plus bas, &#224; en croire les balayeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, je suis assez de l'avis des chiffonniers. II y a dans leur profession quelque chose de plus original, qui sourit &#224; une imagination vagabonde, quelque chose aussi de plus ind&#233;pendant qui semble mieux d'accord avec la dignit&#233; d'un homme libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;J'ai rencontr&#233; des chiffonniers qui se drapaient dans leurs guenilles comme Diog&#232;ne dans son manteau trou&#233;. Un autre point de ressemblance avec Diog&#232;ne, c'est que, comme le c&#233;l&#232;bre cynique, le chiffonnier porte une lanterne, non toutefois pour chercher un homme, il se soucie bien d'une pareille mis&#232;re - mais pour chercher le pain et le litre de chaque jour au coin des bornes. Tout lui est bon. Il ramasse non seulement les morceaux de papier qu'il pique d'un coup sec et s&#251;r dont j'admire chaque fois la prestesse, mais les vieux os et les vieilles ferrailles, les clous, les boutons, les fragments de ficelle, de fil et de ruban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffonniers sont d&#233;daigneux &#224; l'&#233;gard du bourgeois ; ils ne frayent qu'entre eux ; ils forment une soci&#233;t&#233; &#224; part qui a des m&#339;urs &#224; elle, un langage &#224; elle, un quartier &#224; elle, auquel on peut &#224; peine comparer les rues hideuses et m&#233;ph&#233;tiques o&#249; &#233;tait accul&#233;e, grouillante et sinistre, la population juive du moyen &#226;ge. Ils sont form&#233;s en associations r&#233;gies par de vrais statuts. Ils honorent leurs anciens et les alimentent pieusement de tabac et d'eau de vie aux frais du Tr&#233;sor public. Ils ont leurs restaurants, leurs h&#244;tels, leurs caf&#233;s, leurs marchands de vins, leurs bals et leurs guinguettes, certains d'avance que personne ne tentera de leur en disputer la possession exclusive. C'est un peuple de Grugaris en campement dans Paris, peuple sombre et d&#233;guenill&#233;, ayant l'ivresse bruyante et terrible, le regard fauve sous un sourcil &#233;pais, la barbe sale et la voix avin&#233;e. Ils inspirent une peur instinctive au digne citadin qui les regarde comme une famille de r&#233;- prouv&#233;s et de maudits.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_538 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/poterne_des_peupliers.jpg' width='350' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Poterne des Peupliers : zoniers, 13&#232;me arr - 1913 - Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose difficile &#224; &#233;claircir que la moralit&#233; des chiffonniers. J'ai lu jadis dans la Gazette des Tribunaux qu'ils se recrutent presque toujours parmi les voleurs &#233;m&#233;rites et les for&#231;ats lib&#233;r&#233;s, et que bon nombre d'entre eux tirent m&#234;me la jambe droite en marchant comme s'ils y portaient encore riv&#233; le boulet du bagne. D'un autre c&#244;t&#233;, je viens de voir dans un article compos&#233; par un &#233;crivain qui a fait sa patrie litt&#233;raire du quartier Mouffetard qu'en d&#233;pit des calomnies ce sont les plus honn&#234;tes gens du monde, et qu'il est bien rare que la Cour d'assises ait quelque chose &#224; d&#233;m&#234;ler avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans la hi&#233;rarchie des chiffonniers, comme partout, les patriciens et la populace. Les premiers qui se d&#233;signent eux-m&#234;mes sous le nom de Chambre des pairs portent une large hotte qui s'arrondit orgueilleusement sur leur dos, ils ont un croc long et solide, une lanterne intacte et qui projette un &#233;clat suffisant pour prot&#233;ger leurs recherches. Les autres, des d&#233;butants ou des anciens, victimes d'un revers de fortune sont r&#233;duits &#224; un simple panier presque toujours sans anse ou bien &#224; un sac ; la lanterne &#233;br&#233;ch&#233;e ne donne qu'une lumi&#232;re sombre et fumeuse ; le croc est fabriqu&#233; dans les proportions les plus exig&#252;es, quelquefois il manque tout &#224; fait, et le chiffonnier fouille avec ses ongles les ordures banales de la voie publique. Chacun a son domaine &#224; parcourir, celui qui empi&#233;terait sur la propri&#233;t&#233; d&#233;volue au voisin courrait grand risque de p&#233;rir sous les crochets de ses confr&#232;res indign&#233;s, tout au moins serait-il rou&#233; de coups de poing, not&#233; d'infamie, et perdu d'honneur dans toute l'&#233;tendue de la montagne Sainte-Genevi&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne pourrait plus se montrer sans soulever des col&#232;res formidables dans les principaux centres de r&#233;union du quartier &#171; au Bon Coing &#187;, par exemple, ou au &#171; Pot tricolore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces empi&#232;tements sont rares ; les chiffonniers ont leur mani&#232;re &#224; eux de comprendre le devoir et la moralit&#233;, et de faire la police de leur r&#233;publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons qu'&#224; cette &#233;poque le point central de r&#233;union de la corporation &#233;tait &#224; la barri&#232;re Poissonni&#232;re et se nommait la &#171; Chambre des d&#233;put&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; plusieurs reprises, la Ville de Paris avait re&#231;u des propositions &#233;manant d'industriels et de financiers. Il ne s'agissait de rien moins que de conc&#233;der &#224; une Soci&#233;t&#233; constitu&#233;e &#224; cet effet le monopole de l'enl&#232;vement des ordures m&#233;nag&#232;res. En 1861 surtout, la combinaison faillit aboutir. Un nomm&#233; Drevet entama des pourparlers avec l'Administration. Il s'engageait &#224; prendre &#224; son service tous les chiffonniers m&#233;daill&#233;s, qui, du coup, allaient &#234;tre priv&#233;s de leur gagne-pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec beaucoup de bon sens, le pr&#233;fet de police s'&#233;leva contre ces projets, qui tendaient &#224; asservir les chiffonniers, &#224; les rendre tributaires d'une Soci&#233;t&#233;. Il fit voir le danger qu'il y avait &#224; s'attaquer aux sentiments d'ind&#233;pendance si fortement ancr&#233;s chez eux, et finalement, la proposition fut repouss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1870, nouvel &#233;moi dans le clan des biffins. Le 11 septembre, le gouvernement de la D&#233;fense nationale interdit les d&#233;p&#244;ts d'ordures sur la voie publique. Mais d'autres soucis d&#233;tourn&#232;rent l'attention des gouvernants et l'arr&#234;t&#233; ne fut &#224; peu pr&#232;s pas mis en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;42&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/chiffonnier_porte_d_ivry.jpg' width='352' height='450' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Porte Montreuil - Zoniers - 1913 - Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait cependant comme un signe avant-coureur de la r&#233;forme qui allait &#234;tre effectu&#233;e par M. Poubelle en 1834. On enjoignait aux propri&#233;taires d'avoir &#224; munir leurs immeubles de boites sp&#233;ciales dans lesquelles les locataires devraient d&#233;poser leurs ordures. Dans les quartiers ais&#233;s seulement, on se conforma aux prescriptions. Il y eut des boites &#171; ad hoc &#187; et, dans beaucoup d'endroits, trop grands personnages pour remplir ces humbles fonctions, les concierges charg&#232;rent des chiffonniers d'aller chaque matin vider les nouveaux r&#233;cipients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffonniers privil&#233;gi&#233;s qui, bient&#244;t eurent leurs maisons attitr&#233;es se virent, du coup, &#224; peu pr&#232;s assur&#233;s de faire chaque jour une bonne r&#233;colte. Les coureurs, ceux qui continuaient &#224; explorer les rues, la hotte sur le dos, les envi&#232;rent. On les appela des placiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc de cette &#233;poque surtout que date la division des chiffonniers en deux cat&#233;gories : les titulaires de places et les aventuriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, M. L&#233;on Renault, pr&#233;fet de police, s'avisa qu'il fallait mettre un terme &#224; la tranquillit&#233; dont jouissaient les habitants des cit&#233;s. L'Administration, dans un esprit fort louable d'ordre et de r&#233;gularit&#233;, fit proc&#233;der &#224; un recensement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous les chiffonniers possesseurs et titulaires d'anciennes m&#233;dailles, et aussi, le cas &#233;ch&#233;ant, les individus, qui, bien que ne s'&#233;tant pas jusqu'&#224; pr&#233;sent conform&#233;s aux dispositions de l'ordonnance de 1828, ne se livrent pas moins depuis un certain temps et d'une mani&#232;re soutenue au chiffonnage, et y trouvent des moyens d'existence suffisants, recevront une m&#233;daille de forme nouvelle contenant les indications suffisantes pour permettre de contr&#244;ler l'identit&#233; du porteur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On enleva donc aux chiffonniers ces fameuses m&#233;dailles qu'on leur avait d&#233;j&#224; fait payer, et on les informa qu'ils avaient un d&#233;lai de deux mois pour se faire inscrire aux bureaux de l'Administration. Ceux qui se pr&#233;sent&#232;rent re&#231;urent une nouvelle m&#233;daille l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e et. qu'ils durent payer &#224; nouveau comme s'ils n'en avaient jamais poss&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais beaucoup de biffins, se rappelant sans doute le sort qu'avaient eu les pr&#233;c&#233;dentes ordonnances, tirent les sourds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#199;a fera une de plus qui ira rejoindre les autres, disaient-ils sans s'&#233;mouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur voulut que cette fois, M. Renault veill&#226;t &#224; l'ex&#233;cution de son arr&#234;t&#233;. Lorsque les deux mois de d&#233;lai furent r&#233;volus, apr&#232;s une prolongation de quelques semaines, on refusa impitoyablement de d&#233;livrer des m&#233;dailles aux retardataires. Vieillards infirmes, femmes, gamins eurent beau supplier. Ce fut en vain. Alors, il arriva ce qui devait arriver. La fraude commen&#231;a, si toutefois on peut appeler ainsi l'action de ramasser sur le pav&#233; des d&#233;tritus perdus pour tout le monde. Allez donc emp&#234;cher une chiffonni&#232;re d'emplir sa hotte ! Convaincue une fois de plus de son impuissance &#224; embrigader les chiffonniers, l'Administration dut fermer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pouvait sembler aux tenaces &#171; biffins &#187; qu'apr&#232;s toutes ces alertes, ils allaient enfin conna&#238;tre de longues ann&#233;es de calme, qu'on ne s'occuperait plus d'eux. Erreur ! En 1875, le Conseil municipal remet sur le tapis la question des ordures m&#233;nag&#232;res. Une commission est nomm&#233;e pour r&#233;soudre le probl&#232;me, et M. le docteur Bouchardat, rapporteur, propose des r&#233;formes que tout le monde juge excellentes, mais qui n'en sont pas moins oubli&#233;es pendant une dizaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Sera-ce cette fois la fin de nos tourments, se demandent les chiffonniers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas. Les beaux jours, ou plut&#244;t les belles nuits de votre industrie sont compt&#233;s. Allez librement de bas en bas, la hotte sur le dos, le crochet d'une main et la lanterne de l'autre. Les ordures sont encore &#224; vous. Profitez-en. Pendant les longues soir&#233;es d'hiver, sans souci du froid, du vent ou de la neige, vous pouvez, en ne perdant pas une minute, remplir plusieurs fois votre cachemire d'osier . Jusqu'&#224; minuit vous avez le droit de &#171; vaquer par les rues &#187;, &#224; la recherche des os et des chiffons. Ce bon temps ne durera pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;53&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/chiffonniers_amiral_mouchy.jpg' width='359' height='454' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Chiffonniers, rue de l'Amiral Mouchy - 1912 - Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici venir M. Poubelle, qui, comme l'a spirituellement &#233;crit un chroniqueur, se dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Nous ne pouvons arracher le chiffonnier au tas d'ordures, eh ! bien, arrachons le tas d'ordures au chiffonnier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 mars 1884, date que vous avez tous maudite. &#244; biffins ! un arr&#234;t&#233; enjoint aux propri&#233;taires des maisons de rapport d'avoir &#224; faire usage de bo&#238;tes en m&#233;tal dans lesquelles les locataires devront d&#233;poser les immondices dont ils veulent se d&#233;barrasser. Nous ne saurions faire autrement que de reproduire cet arr&#234;t&#233; qui d&#233;cha&#238;na tant de col&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ARTICLE PREMIER. &#8212; Il est compl&#232;tement interdit de projeter sur la voie publique, &#224; n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, les r&#233;sidus quelconques de m&#233;nage ou les produits de balayage provenant de l'int&#233;rieur des propri&#233;t&#233;s priv&#233;es ou des &#233;tablissements publics. &lt;br class='manualbr' /&gt;ART. 2. &#8212; A partir du 15 janvier 1884, le propri&#233;taire de tout immeuble habit&#233; sera tenu de faire d&#233;poser chaque matin, soit ext&#233;rieurement sur le trottoir, le long de la fa&#231;ade, soit int&#233;rieurement pr&#232;s de la porte d'entr&#233;e, en un point parfaitement visible et accessible, un ou plusieurs r&#233;cipients communs de la capacit&#233; suffisante pour contenir les r&#233;sidus de m&#233;nage de tous les locataires ou habitants. Le d&#233;p&#244;t de ces r&#233;cipients devra &#234;tre effectu&#233; avant le passage du tombereau d'enl&#232;vement des ordures m&#233;nag&#232;res, enl&#232;vement qui doit commencer &#224; six heures et demie du matin pour &#234;tre termin&#233; &#224; huit heures, en &#233;t&#233;, et commencer &#224; sept heures pour &#234;tre termin&#233; &#224; neuf heures, en hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cipients doivent &#234;tre remis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de l'immeuble, un quart d'heure au plus apr&#232;s le passage du tombereau d'enl&#232;vement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ART. 3.&#8211; &#8230;&#8230;Les r&#233;cipients seront munis de deux anses ou poign&#233;es &#224; leur partie sup&#233;rieure. Ils devront &#234;tre peints ou galvanis&#233;s et porter, sur une de leurs faces lat&#233;rales, l'indication du nom de la rue et le num&#233;ro de l'immeuble en caract&#232;res apparents. Ils devront &#234;tre constamment maintenus en bon &#233;tat d'entretien et de propret&#233;, tant int&#233;rieurement qu'ext&#233;rieurement, de mani&#232;re &#224; ne r&#233;pandre aucune odeur &#224; vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ART. 7. &#8212; Il est interdit aux chiffonniers de vider les r&#233;cipients sur la voie publique ou de faire tomber &#224; l'ext&#233;rieur une partie de leur contenu pour y chercher ce qui peut convenir &#224; leur industrie. &lt;br class='manualbr' /&gt;Fait &#224; Paris, le 24 novembre 1883. &lt;br class='manualbr' /&gt;Sign&#233; : E. POUBELLE.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/cite_doree1.jpg' width='379' height='478' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cit&#233; Dor&#233; : Bd de la gare et Place Pinel - Atget
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet arr&#234;t&#233; venait &#224; la suite de l'&#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra. Pendant un mois, on ne parla pas d'autre chose. Pensez donc quelles protestations dans le clan des chiffonniers ! Les journalistes s'empar&#232;rent du sujet, les uns prenant parti pour le pr&#233;fet de police au nom de l'hygi&#232;ne et de la salubrit&#233; publiques, les autres, au nom de la salubrit&#233; publique aussi, r&#233;clamant le retour &#224; l'ancien &#233;tat de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il n'est pas &#233;tonnant que des &#233;pid&#233;mies se d&#233;clarent, disaient les premiers. Ces amas d'immondices qui s&#233;journent toute une nuit dans les rues infectent l'atmosph&#232;re. La mortalit&#233; va diminuer avec le nouveau syst&#232;me. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; Erreur absolue, r&#233;pondaient les autres. Ces milliers de bo&#238;tes &#224; ordures vont &#234;tre des foyers de pestilence. N'est-il pas plus facile de nettoyer le pav&#233; &#224; grande eau, lorsque les tas ont &#233;t&#233; enlev&#233;s. Attendez quelque temps, vous allez pouvoir juger des effets de votre nouvelle r&#233;glementation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux chiffonniers, ils ne trouvaient pas d'expression pour gratifier la mesure qui les frappait. Soutenus par un grand nombre de journaux, ils organis&#232;rent des meetings et envoy&#232;rent &#224; la Chambre une d&#233;l&#233;gation compos&#233;e de trois ouvriers et d'un ma&#238;tre chiffonnier. La d&#233;position de l'ouvrier Fran&#231;ois, dit Bijou, fit surtout sensation. Les chiffres qu'il portait &#224; la connaissance de la Commission sont assez &#233;loquents par eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'ai dress&#233;, disait-il, une liste qui comprend trois cent neuf familles de chiffonniers prises au hasard et deux cent quarante-quatre enfants. Avant l'arr&#234;t&#233;, les signataires de cette liste gagnaient ensemble 660 fr. 05, ce qui repr&#233;sente une moyenne de 2 fr. 25 par personne. Depuis l'arr&#234;t&#233;, avec le m&#234;me travail, ils ne gagnent plus que 1 fr. 05. Il est bien entendu que les enfants ne sont pas compris dans le nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre d&#233;l&#233;gu&#233;, M. Aniel, fait une d&#233;position qui nous indique exactement comment s'est form&#233;e cette cat&#233;gorie des placiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1851, il n'y avait presque pas de placiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait alors vingt-cinq mille chiffonniers, sur lesquels vingt mille n'avaient pas de m&#233;daille. La rue &#233;tait meilleure qu'aujourd'hui. Le commerce &#233;tait florissant. Alors, qu'arrivait-il ? S'il se trouvait parmi nous un homme infirme, on lui disait : &#171; Dans cette rue, il y a une dizaine, une quinzaine de mannes, o&#249; vous trouverez &#224; faire votre affaire sans avoir besoin de courir toute la matin&#233;e la hotte sur le dos. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment se sont form&#233;s les placiers. Mais il y a toujours une certaine jalousie dans tous les m&#233;tiers. Il s'est rencontr&#233; des jeunes gens qui, par paresse, se sont dit : &#171; Pourquoi aurions-nous plus de mal qu'un autre ?... Voil&#224; une rue qui est bonne, nous allons nous en emparer. Mais dans cette sorte de privil&#232;ge des places, il n'y a qu'une tol&#233;rance ; la m&#233;daille qu'on nous d&#233;livre nous permet d'aller chiffonner partout. J'ai le droit d'aller chiffonner &#224; Passy, &#224; Saint-Denis, &#224; Vincennes. Quand la matin&#233;e n'a pas &#233;t&#233; bonne, je prends ma petite voiture &#224; bras que je me suis fabriqu&#233;e moi-m&#234;me, et je m'en vais ramasser du verre cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_544 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.mheu.org/fr/chiffonniers/zone.aspx&#034; class=&#034;spip_out spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/la_zone.jpg' width='278' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La situation du placier est meilleure que celle du coureur, parce que, &#224; force d'aller toujours dans le m&#234;me quartier, il se fait conna&#238;tre des concierges, des boutiquiers, il acquiert une certaine confiance. Le concierge, qui a une certaine tendance &#224; la paresse, qui aime bien rester couch&#233; jusqu'&#224; neuf heures, habitu&#233; &#224; le voir tous les jours, lui dit : &#171; Vous viderez ma bo&#238;te &#187; ; puis, peu &#224; peu, on lui permet de monter &#224; tous les &#233;tages, jusqu'au quatri&#232;me ou au cinqui&#232;me ; il va chercher les bo&#238;tes du haut en bas de la maison : il a soin d'en enlever tout ce qui peut &#234;tre utilisable, c'est son int&#233;r&#234;t, et moi, coureur, quand j'arrive, lorsque j'use de la permission que le pr&#233;fet nous accorde, de vider la bo&#238;te sur une toile, je travaille dix ou quinze minutes et je ne trouve rien. Je vais ailleurs, et c'est le m&#234;me truc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;fet, avec la boite, a donc cr&#233;&#233; un monopole pour les placiers aux d&#233;pens du coureur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Renault - &lt;i&gt;Les rois du ruisseau&lt;/i&gt; - 1900&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mheu.org/fr/chiffonniers/zone.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au pays des chiffonniers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1928, Georges Lacombe, alors assistant de Ren&#233; Clair, filme les chiffonniers qui occupent la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa cam&#233;ra &#233;tant fixe, il soigne particuli&#232;rement les cadres et livre au spectateur un document p&#233;tri de r&#233;alisme et de po&#233;sie m&#234;l&#233;es. On y voit notamment la danseuse La Goulue, tomb&#233;e dans la mouise, &#224; la fin de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mheu.org/fr/chiffonniers/zone.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C'est ici...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hotte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La hotte peut &#234;tre estim&#233;e &#224; cinq francs, lorsque &#8212; c'est assez rare, &#8212; elle est en bon &#233;tat, la lanterne neuve co&#251;te deux francs, mais d'occasion on peut l'avoir pour dix-huit sous. Quant au crochet, il ne vaut pas plus de deux sous. On voit que l'auteur fait largement la part des choses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La moisson des ruisseaux - 1900</title>
		<link>http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=article&amp;id_article=150</link>
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		<dc:date>2013-01-20T10:25:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;on la Lune</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; un jour &#224; Saint-Ouen, un certain vieux bonhomme qui n'avait pas tout &#224; fait la mine d'un chiffonnier et &#224; qui nous avons demand&#233; sa profession. Je suis marchand de tripes pour les chiens, nous a-t-il r&#233;pondu. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous ne nous serions jamais imagin&#233; qu'une pareille profession p&#251;t exister et surtout nourrir son homme. Il para&#238;t que si. Le p&#232;re Dout&#233; nous a donn&#233; son adresse : 2, rue Marceau. Il poss&#232;de une v&#233;ritable client&#232;le qu'il fournit r&#233;guli&#232;rement. Chaque matin, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://parisanecdote.usebynet.com/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=9" rel="directory"&gt;La chiffe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons rencontr&#233; un jour &#224; Saint-Ouen, un certain vieux bonhomme qui n'avait pas tout &#224; fait la mine d'un chiffonnier et &#224; qui nous avons demand&#233; sa profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je suis marchand de tripes pour les chiens, nous a-t-il r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous ne nous serions jamais imagin&#233; qu'une pareille profession p&#251;t exister et surtout nourrir son homme. Il para&#238;t que si. Le p&#232;re Dout&#233; nous a donn&#233; son adresse : 2, rue Marceau. Il poss&#232;de une v&#233;ritable client&#232;le qu'il fournit r&#233;guli&#232;rement. Chaque matin, il fait sa tourn&#233;e avec sa voiture attel&#233;e d'un petit &#226;ne. Quant &#224; savoir o&#249; il ach&#232;te ou d&#233;couvre sa marchandise, peut-&#234;tre craint-il la concurrence&#8211; il n'a pas voulu nous renseigner.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/puces.jpg' width='389' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Foire aux Puces de la Porte de Clignancourt - 1923
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A ce commerce qui lui laisse des loisirs, le bonhomme en joint un autre au moins aussi bizarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passe dans plusieurs cit&#233;s de Saint-Ouen et de Clichy, et il y ach&#232;te les coquilles d'escargots. Il a quelques biffins qui le fournissent, de m&#234;me qu'il sait o&#249; revendre sa marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Alors, lui disons-nous, c'est donc r&#233;el qu'on fabrique des escargots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Ben, pourquoi pas ! On fabrique bien plus &#233;tonnant que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et avec quoi ? du mou, des poumons de b&#339;uf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pas du tout, il faut de la marchandise soign&#233;e, du mou de veau, du foie de cochon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous apprenons que le marchand de tripes pour chiens vend en moyenne pendant la bonne saison deux &#224; trois mille coquilles par jour, et qu'il n'est pas le seul &#224; exercer ce commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre type encore que celui qui ramasse les crottes de chiens. Tout le monde sait que ce&#8230; que cette&#8230; substance est tr&#232;s recherch&#233;e pour peausser les gants de Su&#233;de, pour leur donner cette souplesse incomparable qu'ils poss&#232;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout le matin que la r&#233;colte est fructueuse, et, selon notre homme, il faut encore conna&#238;tre les bons endroits. Tout comme les hommes, les chiens ont leurs habitudes, et de m&#234;me que le ramasseur de bouts de cigares sait que devant tel caf&#233;, &#224; telle heure, il remplira sa poche, de m&#234;me le ramasseur de&#8230; parfaitement&#8230; sait o&#249; il lui faut aller pour trouver de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_528 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;79&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/clichy.jpg' width='418' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Rue Marcadet n&#176; 351, le coin du bd.Bessi&#232;res &#224; la porte de Clichy - 1879
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que ne ramasse-t-on pas sur le pav&#233; de Paris ? Dans les quartiers excentriques, il n'est pas rare de voir ramasser le crottin de cheval. Les petits bourgeois qui ont un coin de jardin derri&#232;re leur maison ach&#232;tent encore un bon prix la brouett&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ramasse les &#233;corces d'orange qui, s&#233;ch&#233;es, sont employ&#233;es en herboristerie et par les liquoristes pour faire du cura&#231;ao&#8230;.. am&#232;re &#233;nigme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#234;tes de faisans font aussi l'objet d'un trafic sp&#233;cial. On les ramasse &#224; la porte des r&#244;tisseries et lorsqu'on en trouve dans les bo&#238;tes, pendant la p&#233;riode de la chasse. Le chiffonnier qui en a trouv&#233; une, plut&#244;t que de l'ajouter &#224; son fricot, la conserve et la vend &#224; un nouveau type d'industriel : l'empailleur pour charcutier. La t&#234;te du volatile est vid&#233;e, nettoy&#233;e, empaill&#233;e, on lui met des yeux de verre, on la &#171; monte &#187; en un mot, et le charcutier l'ach&#232;tera pour en couronner son &#233;talage savant, dans sa vitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'en tenait &#224; cela, le charcutier ne serait gu&#232;re r&#233;pr&#233;hensible. Nous avons vu d&#233;j&#224; qu'il nous faisait manger comme chapelure les vieilles cro&#251;tes de pain ramass&#233;es dans le ruisseau. Nous avons oubli&#233; de mentionner le commerce des os de jambonneau. Car, il faut le savoir, le charcutier-moderne est doubl&#233; d'un anatomiste. Il se consomme &#224; Paris deux ou trois fois plus de jambonneaux que n'en peuvent fournir les porcs qui y entrent. Il faut donc ruser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me os peut servir presque ind&#233;finiment, sortir chaque soir, savamment garni de la boutique et y rentrer chaque matin rapport&#233; par le biffin. Que dire &#224; cela dans une &#233;poque o&#249; la falsification fait du caf&#233; avec des glands de ch&#234;ne, du vin sans raisin, du beurre sans lait, et bient&#244;t de l'alcool avec des b&#226;tons de chaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_529 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;72&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://parisanecdote.usebynet.com/IMG/jpg/boucher.jpg' width='395' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Concours du meilleur ouvrier boucher aux abattoirs de Vaugirard - 1932
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ce que nous en avons dit, le nombre et la vari&#233;t&#233; de substances qu'il contient, on peut se faire une id&#233;e de ce que sont les magasins du chiffonnier en gros. Qu'on juge de la minutie, du soin qui doivent &#234;tre apport&#233;s au classement lorsqu'on saura que, rien que pour les chiffons, il n'y a pas moins de quatre cents esp&#232;ces diff&#233;rentes - toutes ou &#224; peu pr&#232;s employ&#233;es diversement par l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines maisons de chiffonnage occupent plusieurs centaines d'ouvriers et de femmes pour le triage et le nettoiement des marchandises. Les magasins sont immenses, am&#233;nag&#233;s par quartiers sp&#233;ciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#233;toffes, certaines ont une destination plut&#244;t bizarre. Qui se serait dout&#233;, par exemple, que les pantalons rouges de nos soldats servaient &#224; faire des bonnets qu'on exp&#233;diait en Asie-Mineure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a mati&#232;re &#224; r&#233;flexion, &#224; raillerie, &#224; attendrissement dans ce qu'on apprend en une simple visite &#224; travers ces mus&#233;es des produits de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Georges Renault - &lt;i&gt;Les rois du ruisseau&lt;/i&gt; - 1900&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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